Moustique

Publié le par Bidou

Salle bête, que ce moustique dont on parle aujourd’hui, pour cause de chikungunya. Il va quand même nous servir dans notre propos sur le développement durable.

La polémique enfle, aujourd’hui, sur l’incapacité des pouvoirs publics à enrayer un mal, que l’on a pas su anticiper. Le mot est lâché : anticipation. Le moustique n’a pas été éliminé pendant la saison sèche, il se développe formidablement en saison humide. Première marque d’anticipation manquée. Deuxième curiosité, l’absence de travaux scientifique sur le virus, qui s’avère mortel, et il serait bien surprenant qu’il le soit juste devenu aujourd’hui. C’est donc que la connaissance du virus était bien faible, voire inexistante. On disait hier qu’il n’était pas mortel, qu’une première crise immunisait pour toujours : autant d’affirmations qui volent aujourd’hui en éclat. Bien des certitudes infondées, en tous cas, qui ont entraîné des fautes en série. Le développement durable nous conduit à s’intéresser aux cycles, aux enchaînements entre les évènements. Cela permet d’agir au meilleur moment, le plus efficace, et de faire ainsi des économies de moyens, à la fois économiques et écologiques.

Autre mot clé de cette affaire : impact. On traite partout avec force produits chimiques pour tenter d’éliminer le moustique. Et c’est bien normal de le faire. Mais en répandant ces produits, ne tue-t-on pas d’autres insectes, qui participent à un équilibre d’ensemble, qui constituent par exemple la nourriture de certains oiseaux, eux-même maillons d’une chaîne alimentaire ? et que dire des produits entraînés par la pluie loin des lieux de prolifération de la bête ?

L’éradication du moustique est nécessaire, mais le prix écologique à payer est parfois lourd, et la manière de procéder est de ce point de vue déterminante. En s’y prenant tôt, on peut essayer de s’attaquer aux larves, et d’empêcher qu’elles se développent en éliminant les milieux favorables à leur croissance. La précipitation et l’absence, apparente en tous cas, d’études sérieuses sur le développement du moustique incriminé – car il s’agit d’une variété précise de moustique, pas de tous les moustiques – résultent de l’absence d’anticipation et de prise en considération des premières alertes, en un temps où les marges de manœuvre semblaient plus grandes qu’aujourd’hui, la saison sèche.

L’absence d’anticipation que l’on observe se manifeste donc de plusieurs manières : large ignorance d’un virus endémique et de ses effets sur la santé, défaut de lutte contre la prolifération du moustique porteur. Résultat : une désastre « durable » au sens que ses manifestations sont multiples : sociales, par les drames humains provoqués par l’épidémie, économiques par suite des nombreux arrêts de travail et de la baisse de fréquentation touristique, et écologiques du fait du déversement massif d’insecticides, dont une grande partie, en ces temps de pluie, se retrouvent emportés par les eaux…

Publié dans developpement-durable

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Lenoir 07/03/2006 14:16

Le tableau de l'incurie des responsables est peut-être encore plus sombre : j'ai cru entendre un biologiste affirmer que le réservoir du virus, c'est l'homme infecté ; le moustique ne serait que le vecteur.

Au lieu de tenter de tuer tous les vecteurs en empoisonnant tous ses biotopes, on aurait dû, selon ce spécialiste, non pas éradiquer les réservoirs, évidemment, mais empêcher que le vecteur s'en approchât à l'aide de moustiquaires et de répulsifs puissants.

Comme persévérer dans l'erreur reste la démarche de fond d'un Etat qui se croit infaillible, on a dépêché l'Armée, rien de moins, pour déverser encore plus de poisons dans tous les recoins de l'île. Car nos militaires, désormais de carrière (pour une fois désormais n'est pas employé à contre sens à la place de maintenant ou de pour l'instant), s'y connaissent forcément en guerre chimique. Et on les voit dans leurs tenues NBC (les fameux shadoks du nucléaire civil) vaporiser à qui mieux mieux entourés de badeaux (j'espère que c'est comme ça qu'on écrit ce mot) en chemisette et short. Et comme nos braves paysans pollueurs consciencieux, ils forcent la dose car "en mettre un peu plus, ça ne peut pas faire de mal".

Conclusion : les tenues NBC étaient prêtent, comme le dernier bouton de guêtre en 70. C'était une bonne occase pour s'y habituer sous un climat tropical humide. Et puis , de toutes façons, on n'avait pas de ligne budgétaire prévue pour acquérir des répulsifs et des moustiquaires…