Automatique

Publié le par Bidou

 

Un mot aux sens multiples, mais qui peuvent tous nous offrir un aperçu du développement durable. Partons de la voiture automatique. Peu développée en France, contrairement aux Etats-Unis, par exemple. Au banc d'essai, c'est une gourmande, elle consomme plus que sa soeur munie d'un changement de vitesse. Ce serait donc un mauvais choix ! Mais à la pratique, c'est le contraire que l'on observe. Où est l'erreur ? C'est qu'il faut prendre en compte le comportement du conducteur. Une variable qui change tout. La voiture automatique est apaisante, elle entraîne une conduite douce. Ou du moins elle ne pousse pas à la recherche de sensations que le changement de vitesse inspire. La technique sans le comportement, ou l'inverse, deux approches réductrices, qui ne traduisent pas la complexité de la vie et conduisent à des contre sens, des erreurs d'analyse. Le développement durable nous invite à croiser ces dimensions, et à étudier leurs combinaisons, leurs interactions.


Autre sens du mot « automatique », ou plutôt « automatismes ». On pense alors aux régulations. Tout système doit être régulé, pour faire des économies, comme pour le chauffage, par exemple, ou tout simplement pour ne pas exploser, pour éviter des dérives. On a vu la bourse s'emballer faute de régulation des ordinateurs qui donnaient des ordres « automatiques », en réponse aveugle à certaines informations : c'est alors la fuite en avant, avec tous les risques qu'il comporte. Les vertus de l'automatisme doivent être sous surveillance, et ne peuvent s'affranchir d'un contrôle humain. Dans le même ordre d 'idée, tout ce qui est l'application automatique d'un ratio ou d'un pourcentage mérite une attention : le mérite de la simplicité ne doit pas faire oublier ses limites. La rémunération au pourcentage illustre bien le défaut de ce système : pourquoi faire des efforts d'économies en consommations ou en travaux, si c'est au détriment de ceux qui les prescrivent ? L'économie comme l'écologie peuvent être victimes de ces automatismes, fondés non pas sur la qualité des prestations et du travail, mais sur la quantité de matières dépensées. Les ressources de la planète sont victimes de ces automatismes.

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Yves Lenoir 23/02/2006 10:21

Concernant les véhicules automatiques, et leur supposée plus forte consommation, je veux apporter une expérience d'ingénieur-utilisateur. Chacun sait que les consommations standards annoncées par les constructeeurs pèchent par optimisme. Quand j'ai acquis d'occasion en 1989 une Honda Acoord automatique, je me suis dit que j'allais en payer le confort, la fiabilité et le prix d'achat intéressant par un passage fréquent à la pompe. En effet, la consommation normalisée moyenne annoncée était de 9,5 litres/10 km.

Après avoir identifié le fonctionnement du système et compris, notamment, comment réduire au maximum les phases de glissement du convertisseur de couple, j'ai conduit cette voiture pendant plus de 220 000 km en consommant 7,5 litres/100 km en moyenne. C'est en ville que la consommation était la plus basse car, grâce au convertisseur de couple, on peut rouler à 40 km/h en 4ème sans que ça cogne…

Automatique ne veut donc pas dire suppression de l'interface homme-machine. On peut conduire automatique intelligent ou automatique idiot. Malheureusement, la plupart des conducteurs utilisent les véhicules automatiques en mode idiot car aucune information n'est disponible qui explique de façon convaincante comment faire des économies avec cette technologie.

Plus généralement, l'Automatique est une branche des mathématiques appliquées. Les algorithmes qui réalisent cette fonction d'amélioration (généralement une optimisation sous contraintes)sont hors de portée d'une surveillance intuitive ou des capacités physiologiques humaines (on peut penser au contrôle de trajectoire d'une automobile ou au pilotage d'un avion instable). Il faut l'admettre : au delà d'un certain niveau de performance, l'homme n'est plus qu'un prescripteur et cesse d'être un opérateur. L'inconvénient de cette évolution saute aux yeux : la connaissance du fonctionnement des choses est de moins en moins répartie dans le corps social. Les implications de cette concentration des savoirs techniques sont potentiellement redoutables puisque la dépendance de chacun à des processus qu'il ne comprend pas s'accroît sans cesse.