Démontage

Publié le par Bidou

 


Dans la suite logique du pneu, parlons de démontage. Un mot bien concret, qui désigne une étape importante dans la vie d’un matériel : il faut le réparer, ou bien changer un pièce pour le moderniser ou accroître ses capacités. En l’occurrence, le mot est employé dans les médias au sujet du Clemenceau, orgueil de la France qui se serait bien passé de la publicité que sa fin de vie provoque.


J’emploie le mot « fin de vie », terme qui désigne l’aboutissement d’un cycle, le cycle de la vie d’un matériel ou d’un ouvrage. Il est peut-être déjà codé, car c’est un terme fréquemment utilisé par les spécialistes de l’Environnement quand ils tentent d’établir un bilan écologique. L’objectif est de décrire toutes les phases de la vie du bien considéré, et d’analyser les impacts environnementaux de chacune de ces phases. Cette manière de faire semble un peu lourde, mais que signifie le bilan écologique d’une voiture si on n’y intègre pas son fonctionnement et le sort de son épave? le bilan « sortie usine » n’aurait guère de sens, pris isolément. On a donc pris l’habitude de réaliser des bilans environnementaux sur le « cycle de vie ». On intègre ainsi les composants nécessaires pour créer l’objet, avec leur poids écologique propre, l’impact de sa fabrication, et celui de son usage, y compris des transports nécessaires pour le mettre à la disposition de ses utilisateurs ; et on y ajoute bien sûr la fin de vie : que faire de l’objet quand il ne sert plus à rien, peut-on le transformer, en recycler les matériaux, ou au contraire, va-t-on être obligé de stocker avec beaucoup de précautions certains de ses composants considérés comme dangereux ?


Ce calcul est important pour une bonne analyse environnementale, il l’est aussi pour les finances. Le traitement et le confinement de produits toxiques coûte cher, et le prix à payer doit être prévu dès la conception. Le débat avait été vif, sur ce point, au moment des grands programmes nucléaires en France lancés par Pierre Messmer : le kWh nucléaire n’est pas cher, disait-on, mais comment avait-on intégré dans le prix le coût du démantèlement des centrales nucléaires, et du confinement des déchets radio actifs qui en résultent pendant une période très longue ?


Aujourd’hui, la question se pose pour le Clémenceau, mélange d’un produit intéressant à recycler, l’acier, et d’un produit dangereux, l’amiante. Il est probable qu’en 1957, date de son lancement, la notion de cycle de vie n’était pas encore à l’honneur, et en plus, les priorités de défense nationale écrasent souvent toute autre considération. Près de 50 années ont passé, et le problème se révèle. La leçon qu’il faut en tirer, et cela vaut pour tous types de produits, est bien que le démontage, la fin de vie, de la « déconstruction » comme on dit dans le jargon, doit être prévue dès la conception et la fabrication.


Par ailleurs, les bateaux pleins d’amiante et démontés dans les chantiers asiatiques sont nombreux. On peut s’interroger sur la manière dont le "Clem" est mis en vedette, le contexte de l’opération médiatique dont il est l’objet, qui tend plus à dénoncer qu’à proposer des solutions constructives, pour le France comme pour les Indiens. Mais c’est une autre histoire !

Publié dans developpement-durable

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