Unique

Publié le par Bidou

Un mot aux consonances multiples, religieuses, démographiques, mais nous ne traiterons pas ici ni du dieu unique, que plusieurs religions revendiquent, ni de l’enfant unique, obligatoire en Chine par exemple. Des sujets riches, que nous gardons pour une autre occasion. Concentrons-nous pour le moment sur les solutions uniques filles de la pensée unique. Moi ou le chaos, c’est ça et pas autrement, on ne peut pas faire autrement, vous connaissez bien ces expressions, qui n’ont d’autre signification que de dire qu’il n’y a pas de choix, qu’il n’y a qu’un seul chemin vers un avenir radieux.

Cette affirmation provoque bien des turbulences, et le vieil adage Tous les chemins mènent à Rome  en est une première contestation. C’est avant tout l’expression d’une certitude bien présomptueuse, comme si l’avenir était déjà écrit. Le développement durable est la recherche d’une nouvelle organisation de la société, c’est un cheminement dans un univers qui se construit au fur et à mesure, et il n’est pas bon d’enfermer l’imagination et la créativité dans des solutions toutes faites, quand l’heure est à l’innovation.

Les solutions uniques apparaissent trop comme la manière retenue par un petit groupe pour imposer leur vues à l’ensemble. Que ce soit des technocrates ou la classe politique qui les proposent, elles sont marquées au départ par ce péché originel, véritable présomption de culpabilité, qui leur donne un sérieux handicap.

Pour les questions courantes auxquelles chacun est confronté de temps en temps, comme le choix d’un mode de chauffage, ou d’un matériel technique, la réponse est à chaque fois un cas d’espèce. Elle dépend du contexte, du besoin précis qu’il convient de bien analyser, et de l’environnement technique, professionnel culturel. Les questions peuvent être largement prévues à l’avance, avec des ajustements inévitables, mais les réponses sont contingentes, et l’unicité est a priori suspecte. La démarche HQE[1] illustre bien cette approche, avec une grille de questionnement pour aller chercher dans l’immense gamme des solutions celles qui conviennent le mieux aux plans techniques, humains et organisationnels. La diversité des situations interdit d’imposer telle ou telle solution : on peut imposer de se poser certaines questions, mais la réponse est de la responsabilité des acteurs, et ne peut être aussi imposée, même si telle ou telle d’entre elles apparaît sympathique a priori.

Pour les décisions lourdes, qui engagent toute une collectivité, comme de nouveaux cadres juridiques, éthiques, sociaux ou financiers, la solution unique est toujours mal vécue. L’exemple des retraites illustre la difficulté de l’exercice. Même si une solution finit par s’imposer en force, elle laisse des amertumes, des rancœurs, qui viendront inévitablement encombrer d’autres débats. Sur le berceau des négociations futures, évitons d’inviter la fée Méfiance, qui pourrait bien détruire tous ce que les bonnes fées apporteraient.

Il faut toutefois trouver une solution, qui, une fois retenue, sera bien unique. C’est dans le processus d’élaboration de la décision que tout se joue. Le génie de quelques sachant, qui auraient tout compris et qui apportent La réponse, suscite toujours des rejets, du simple fait qu’elle est imposée. Ce rejet est souvent justifié, dans la mesure où ce qui tombe du ciel ignore souvent ce qui se passe sur terre. C’est le génie collectif qu’il faut mobiliser, celui d’une société toute entière, d’une ville, d’une entreprise selon la nature de la décision à prendre. Dans certains cas, comme la lutte contre le réchauffement climatique, c’est la génie de l’humanité, celui des peuples qui partagent notre belle planète. Pas facile, et la difficulté de simplement se comprendre dans les grandes négociations internationales en témoigne.

La solution ne peut être unique au départ. Elle le devient, à la suite d’une convergence des intelligences. Au-delà de l’intelligence personnelle, c’est l’intelligence à plusieurs qui permettra de relever les défis qui nous attendent. C’est cette confrontation qui nous aidera à sortir des idées reçues, à transposer des méthodes de travail, à croiser des regards, à enrichir nos expériences.

L’intelligence à plusieurs ne s’improvise pas. Ce n’est pas chose aisée que d’organiser cette confrontation, pour qu’elle soit riche, fructueuse, féconde. Le syndrome de la tour de Babel n’est pas loin, non pas en termes de langue, mais de culture, de références implicites qui parsèment les échanges de nombreux pièges, comme Edward T. Hall l’a si bien montré[2]. Il faut instaurer la confiance entre les acteurs, alors que leurs intérêts peuvent sembler divergents, que des conflits traditionnels ne sont pas encore totalement apaisés.

La mobilisation de toutes les intelligences, et leur mise en œuvre collective constitue ce que l’on appelle la bonne gouvernance. Objectif : Le consensus sur les orientations à retenir, non pas un consensus mou de compromis, mais un consensus dur de projet partagé. Pas de solution unique qui ne soit le fruit d’un processus de construction collective, portée par l’essentiel des personnes concernées.

Le développement durable se construit chaque jour. Gardons-nous des experts qui nous le vendent clé en main, come la solution à tous nos problèmes. Le développement durable est une obligation pour tous, mais il y a bien des solutions pour y répondre : à chacun de trouver celle qui lui convient le mieux !

Prochaine chronique : Offre

 

 

 



[1] Voir la chronique HQE du 08/11/2007

[2] Edward T. Hall, La dimension cachée, Editions du Seuil, Paris, 1971 pour l’édition française.

Publié dans developpement-durable

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