Festival

Publié le par Bidou

L’été est une époque privilégiée pour les festivals. Il s’agit de rencontres dans des domaines faisant avant tout appel à la sensibilité, comme la musique, le cinéma, le livre, la photo et les arts plastiques, ou le théâtre. Disons-le tout de suite, les festivals sont une excellente chose pour le développement durable.

Tout d’abord, l’objectif est bien l’exploitation de valeurs culturelles, immatérielles, juste des constructions humaines, à partir d’une intelligence des comportements, d’une mobilisation de tous nos sens, de nos émotions.

Le développement durable consiste justement à promouvoir des consommations immatérielles, pour les substituer progressivement à celles qui provoquent des prélèvements importants de ressources et des rejets en conséquence sur l’environnement. C’est une croissance des aménités et du bonheur de vivre disjointe de celle des prélèvements de matières premières et d’énergie, des produits que la planète ne peut fournir indéfiniment. C’est remplacer la matière par du talent.

On ne parviendra pas à corriger les tendances actuelles du développement par la contrainte. Les populations qui présentent le plus gros impact sur l’environnement ne réduiront pas spontanément la pression qu’elles exercent, même si on leur met sous les yeux la démonstration de l’impasse où cela nous conduit, même en argumentant avec toutes les empreintes écologiques du monde. Elles résisteront toujours, elles reporteront les échéances, et elles en ont les moyens. Seule une crise profonde et violente comme un conflit généralisé pourrait entraîner cette remise en cause de leur statut de champion du PIB. Si on veut éviter ce type de drame à l’échelle de la planète et dont nul ne sait comment l’humanité en sortirait, il faut autre chose.

 C’est plutôt en proposant un nouveau modèle de développement, encore plus attractif que le modèle actuel, que l’on modifiera ces comportements dangereux pour la planète. Défi bien ambitieux, avec des composantes culturelles fortes, aussi bien que technologique et d’organisation sociale. Il faudra bien des expériences, bien des initiatives, bien des échecs[1] aussi, pour faire émerger ces nouveaux modèles, assez puissants pour mobiliser les forces économiques et sociales, et les détourner des actuelles tendances vers les consommations matérielles. Tous les lieux, toutes les occasions de renforcer les activités immatérielles sont bienvenues pour le développement durable. Les festivals font donc partie des marmites où se concoctent les consommations de demain. Beaucoup de ces préparations seront sans lendemain, ne nous faisons pas d’illusions, mais il faut multiplier les expériences pour que de nouvelles pistes, viables, voient le jour. Cela comporte des exigences, il ne faut pas que les festivals soient de simples vitrines, passives et sans confrontations d’approches, ils doivent au contraire provoquer l’effort nécessaire au dépassement recherché. Un vrai festival doit susciter le débat, permettre des rapprochements et des contrastes productifs, rendre possible l’imprévu, mettre l’inconnu à portée de main. C’est la vertu de l’organisation des festivals que de favoriser le foisonnement et la créativité.

Le festival, c’est aussi une occasion d’échanges, et de mieux valoriser ce qui existe. La bonne exploitation d’une œuvre est une marque d’efficacité, la connaissance de la ressource par les utilisateurs potentiels et celle des attentes pour les producteurs et les auteurs, tout cela concoure à une meilleure productivité dans les domaines de ces festivals. Le mot productivité[2] peut faire frémir, notamment dans le champ culturel, mais on  ne voit pas pourquoi il faudrait que la création artistique échappe à cette recherche du meilleur rendement, de la meilleure audience possible pour des œuvres qui orientent vers d’autres besoins, vers d’autres idéaux que la consommation matérielle. Plus une œuvre sera diffusée, le moins elle aura besoin de financements complémentaires, lesquels pourraient instrumentaliser la création au profit d’autres intérêts.

De nouveaux modèles, et plus d’efficacité, plus d’influence. Les festivals ont donc une mission très importante. On leur reprochera toutefois de provoquer de nombreux déplacements, avec les émissions correspondantes de gaz à effet de serre.  Il y a bien une solution technique, que l’on voit de plus en plus : celle de la compensation carbone. Chaque déplacement est traduit en équivalent tonnes de carbone, et provoque un versement dans un fonds spécialisé qui finance des plantations ou toute autre action pour capter du carbone en même quantité[3]. Cette démarche conduit d’ailleurs à optimiser les choix de modes de déplacements, en intégrant toutes les autres contraintes des participants. En se développant, elle exerce une pression sur les modes de transports, et oriente les progrès. Au-delà de cette manière de s’affranchir de cette difficulté, il faut accepter que la production de gaz à effet de serre par les déplacements soit la part incompressible de certaines activités. Ce qui compte, c’est l’efficacité, le rendement de la tonne de gaz carbonique émis. Celle-ci ne semble pas perdue si elle est investie pour favoriser des consommations immatérielles.

Prochaine chronique : Ile

 

 



[1] Voir la chronique Risque, du 26 juin 2006, et n° 64 dans Coup de shampoing sur le développement durable, (www.ibispress.com)

 

[2] Productivité, chronique du 9 juillet 2006 et n° 58 dans Coup de shampoing sur le développement durable, (www.ibispress.com)

[3] Voir à ce sujet la chronique Avion, du 28 mai 2007

Publié dans developpement-durable

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Emmanuel CRIVAT 01/09/2007 16:05

Les arènes de Verona (Italia) avec le splendide décor des roses pour le Barbier de Séville de Giacomo Rossini... un festival...

Stella Kyvelou 31/08/2007 11:04

je m'excuse, energivore.."energovoros" c'est en grec...

Stella Kyvelou 31/08/2007 10:53

C'est ironique mais les outils de l'intelligence par excellence sont bien energovores : un ordinateur allumé, même en mode « veille », ça consomme de l’énergie… Je lis dans un article récent : " ....En Grande-Bretagne, la Fondation nationale de l’énergie et la société 1E ont fait le calcul. Les entreprises du pays représentent un parc informatique de quelque 10 millions de PC en service… et un ordinateur sur six n’est jamais éteint sur le lieu de travail. Il reste donc allumé toute la nuit et le week-end, même quand le bureau est vide… Surtout que la mise en réseau de différents postes empêche bien souvent l’« hibernation » (veille prolongée) de s’activer, quand cette fonction existe. Résultat, sur une année, c’est le grand gaspillage : une consommation de 1,5 milliard de kWh, un coût de 115 millions de livres (171 millions d’euros), et des émissions de 700 000 tonnes de CO2.  Tout cela peut être évité en un clique....  " A voir touts ces sujets lors de SB08MED : www.sd-med.com n'est-ce pas ?