Balise

Publié le par Bidou

On est vite passé de la balise Argos au GPS. Une technique de l’extrême, que l’on a vu pour suivre des navires d’exception dans des courses d’exception, et dans des conditions de navigation exceptionnelles, et qui s’est répandue à grande vitesse. Après une brève étape où ce type de guidage a pu être réservé aux véhicules d’urgence et de sécurité, la balise a vu ses usages se démultiplier dans la circulation, du suivi des véhicules, notamment ceux qui viennent d’être volés, à l’assistance à l’orientation, tournez à droite, attention au radar, vous êtes arrivés. Un véritable progrès pour une meilleure exploitation des routes. C’est important du point de vue du développement durable, mais pas sans dangers. Il est bon, en effet, de chercher la meilleure efficacité pour un ouvrage donné, qui existe déjà. Cela vaut mille fois mieux que de constater des bouchons persistants, et de décider de les faire sauter en créant de nouveaux axes de circulation. La valorisation de l’existant, plutôt que la fuite en avant, nous sommes bien dans le développement durable. Mais attention, car la balise et le système de guidage ne doivent pas être confondus avec une baguette magique. Telle rue conçue pour la desserte locale, et qui peut constituer une solution astucieuse pour éviter un bouchon, n’en garde pas moins son caractère, sa largeur, sa capacité, ses habitués, etc. Le report sur des voies secondaires du trafic des grands axes quand ils sont encombrés, est peut-être une bonne solution pour l’automobiliste, mais pas pour le riverain. Il faut donc imaginer des solutions bien compliquées, comme le découpage de ces rues en morceaux, dotés de sens uniques contradictoires, pour endiguer la marée des voitures en simple transit. Le guidage ne peut se suffire à lui-même, la balise ne fait pas la voie.

Il arrive aussi que le couple de haute technologie satellites et balise nous aide à mieux observer la nature, au plus profond de son intimité. Combien d’animaux sont ainsi suivis au jour le jour, ce qui permet d’en reconstituer les parcours, les modes de vie, les lieux de reproduction, en un mot l’écologie de l’espèce ? C’est quand même mieux que le renseignement au sens militaire du terme, et surtout policier, en référence à big brother, mais il y a gros à parier que ces petites merveilles de la précision n’auraient jamais été conçues et développées pour la protection de la nature. Et pourtant, les enjeux de la diversité biologique ne sont pas minces, et méritent eux aussi, des programmes ambitieux. Mais ne boudons pas notre plaisir à voir les sciences de l’espace et de la communication au service de notre patrimoine naturel.

Redescendons sur terre, ou plutôt sur mer. Pour ceux qui y passent leurs vacances, et pour tous ceux qui font du bateau, le terme balise est familier. Il en existe de multiples formes, avec des codes de couleur ou de forme, et même d’ondes pour les balises électroniques, mais elles ont toutes le même objectif, guider le marin, lui indiquer les dangers, l’aider dans son exercice toujours délicat et parfois vital d’orientation. Les fameux naufrageurs d’un autre temps n’allumaient-ils pas des signaux trompeurs pour provoquer les catastrophes dont ils tiraient profit ? La balise et son grand cousin le phare sont donc des instruments bien utiles, et qu’il convient de décliner dans tous les domaines où l’on navigue, et ce n’est pas que sur la mer. On remarquera que les balises, sur la mer, marquent leur territoire, mais c’est bien le marin qui pilote le navire. C’est bien lui qui en a la responsabilité, qui cumule la connaissance des nombreuses données qu’il doit incorporer, les caractéristiques techniques de son bâtiment, son équipage, la nature de  ses passagers ou de sa cargaison, sa destination, ses réserves en vivres et carburant, et les consignes de son armateur.

Le développement durable, comme la navigation, reste l’apanage de chacun, capitaine de son propre bateau dans le monde. Il peut y avoir des balises et même des pilotes pour entrer et sortir des ports, mais pour l’essentiel, c’est à chacun de naviguer et de trouver sa voie vers le développement durable. Les spécialistes ont une tendance naturelle à donner des leçons, c’est bien normal, mais ils ne peuvent se substituer à chacun d’entre nous, du simple citoyen au responsable d’une grande entreprise ou d’une collectivité, qui connaissons bien mieux qu’eux nos envies, nos capacités, nos contraintes. En revanche, ces spécialistes peuvent baliser le territoire, donner des indications, signaler les dangers, aider à s’y retrouver dans un monde complexe, plein de paradoxes et de faux amis.

 

Prochaine chronique : Bascule

 

Publié dans developpement-durable

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