Eau chaude

Publié le par Bidou

Réinventer l’eau chaude. Souvent, on s’imagine que le développement durable impose le recours effréné à l’innovation, avec les risques que cela comporte. Il est arrivé, dans ce blog[1], que cet aspect des choses soit mis en valeur, car il est bien vrai que les défis qui nous attendent ne pourront être relevés sans une bonne dose de créativité. Les progrès du développement durable ne seront à la mesure des enjeux que quand le plus grand nombre d’acteurs de la société s’engageront, et avec eux l’ensemble des secteurs de l’économie, de la vie locale, de la culture, de la vie sociale au sens large. N’y a-t-il pas là une contradiction, entre ce besoin de prendre des risques d’un côté, et le frein que le risque représente pour beaucoup, animés légitimement par des réflexes de prudence et de précaution[2]. Comment sortir de cette contradiction, par le haut bien entendu pour faire honneur au développement durable ?

Il faut tout d’abord rappeler que le développement durable comporte une attaque, avec sa dose de prise de risques, mais aussi une défense, comme les équipes de football. Avant de relever des défis et d’entrer dans le champ de l’inconnu, de la découverte, il faut sécuriser les bases, éliminer les risques qui mineraient les fondements de la société, que celle-ci soit commerciale ou qu’elle représente une communauté humaine, d’un village à la planète. Il faut identifier les risques de vulnérabilité et les combattre, c’est le premier acte du développement durable, quelques soit la forme de cette vulnérabilité, hyperspécialisation, tensions internes croissantes, dépendance exclusive à une ressource dont on ne maîtrise pas la production, risque de catastrophe technologique ou naturelle,  etc.

Et en suite, il faut bien marquer des buts, progresser, ne serait-ce que pour donner du piment à la vie, mais aussi parce que la défense ne suffit jamais, elle est inévitablement prise en défaut un jour, et qu’il faut dégager des alternatives. Le désert des Tartares n’a jamais provoqué d’enthousiasme, si ce n’est en littérature.

On retrouve alors notre contradiction, celle du besoin de sortir de la citadelle et d’abandonner sa sécurité pour aller explorer de nouvelles voies. Et là, il s’agit de ne pas réinventer l’eau chaude. Souvent, l’innovation existe déjà, si l’on ose dire, mais il faut s’en emparer et l’exploiter. Il faut l’adapter à son propre contexte, l’intégrer dans son univers. Le développement durable commence par l’observation et la capitalisation, pour ne pas recommencer ce que les autres ont fait, et ainsi réduire les risques, et rentabiliser les innovations déjà existantes. Mais attention, il ne s’agit pas sans les reprendre telles quelles, mais de la analyser en détail, d’en tirer tous les enseignements. L’innovation consiste alors à faire évoluer, à modifier à la marge, les innovations des autres pour les tirer un peu plus loin, pour rendre de nouveaux services. Ce n’est pas la révolution, mais juste une progression continue. Il y aura quelques échecs, des obligations de revenir en arrière, mais pas de revenir à zéro, de repartie de la copie blanche. C’est un processus cumulatif qui est le plus souvent à l’œuvre. C’est le plagiat érigé en système. Cela n’empêche nullement ceux qui le souhaitent de tenter des aventures plus périlleuses, mais offre au plus grand nombre une voie de progrès dont le risque est réduit, sans être nul pour autant, bien sûr.

 

Il faut toutefois que chacun reste à l’affut des innovations, et ait envie de les reprendre à son profit, c’est un état d’esprit, celui de l’ouverture et de la curiosité, qui s’oppose à celui des certitudes et du je sais tout. Il faut aussi des dispositions juridiques qui permettent et même favorisent cette construction commune du progrès, où chacun apporte sa pierre.

L’eau chaude, c’est aussi le confort à tous les étages, plus simplement. Marque d’un progrès social formidable à ne époque encore récente, elle fait aujourd’hui sourire. L’eau chaude représente cependant un enjeu important pour l’effet de serre. On peut isoler les maisons et réduire leur besoin de chauffage et de refroidissement, pour tendre vers les maisons passives, comme disent nos   amis allemands, mais on imagine mal de vivre au 21e siècle sans eau chaude, pour l’hygiène et le confort. Et l’eau chaude sanitaire va ainsi devenir un poids lourd dans les consommations d’énergie des bâtiments, au fur et à mesure que les autres postes de consommation vont s’alléger. Peu sensible dans les bureaux et de nombreux bâtiments d’activité, la consommation d’énergie pour l’eau chaude des logements restera significative, et le recours aux énergies renouvelables, notamment le solaire thermique, sera alors une réponse incontournable. Un effort de technicité s’impose dans ce domaine, car il faut allier une bonne conception du bâtiment à l’installation des bonnes sources d’énergie. Il y a un enjeu d’efficacité thermique, mais aussi de santé publique, avec la légionelle qui guette les occasions de se développer. Une bonne conception des réseaux est une des clés de cette performance à rendre quotidienne. L’eau chaude est quand même à inventer chaque jour !

Prochaine chronique : Balise

 



[1] Voir notamment sur ce point la chronique Risque, du 26 juin2006 , et n°64 dans Coup de shampoing sur le développement durable (IbisPress, www.ibispress.com)

[2] Précaution, chronique 27 février 2006, et n°57 dans Coup de shampoing…

Publié dans developpement-durable

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olivier 10/08/2007 22:06

J'ai essayé de réinventer l'eau chaude et j'y suis arrivé ; mes cuiseurs solaires m'ont rendu aussi émerveillé qu'un enfant de 10 ans devant une devanture de confiserie . En effet voir bouillir 1 litre d'eau ( vers 97°C ) dans un récipient posé sur un cuiseur à panneaux  fait de carton et de papier d'alu ( de cuisine ) reste un moment quasi magique . La tentation a été grande d'expérimenter bien plus et de faire cuire tant d'aliments jusqu'au couscous .( http://cuisson-solaire.over-blog.fr/ )Olivier