Condition

Publié le par Bidou

C'est la condition humaine qui vient immédiatement à l'esprit, quand on rapproche les deux termes développement durable et condition. La condition humaine, immortalisée par André Malraux dans un contexte bien différent, illustre bien l'enjeu du développement durable. L'essentiel n'est-il pas l'épanouissement de l'homme, comme le déclare solennellement le premier des 27 principes de Rio[1] : « Les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable ». C'est donc leur sort qui est la première préoccupation du développement durable, leur sort d'aujourd'hui et de demain. La question des ressources et des rejets dans l’environnement ne se pose qu’en relation avec les productions nécessaires pour améliorer la condition humaine. On a tenté de mesurer la qualité de cette condition, notamment avec l’indice de développement humain (IDH), ou le happy planet index[2] (HPI), mais je reste attaché à l'expression chère à Bertrand de Jouvenel et remise récemment en circulation, de bonheur national brut, qui devrait être le véritable objectif de toute société. La difficulté vient de ce que c'est une notion toute relative, que ça ne se mesure pas aisément, ce qui a favorisé la domination du PIB, purement quantitatif, et qui permet de faire des comparaisons. Comparaisons entre hier et aujourd'hui, et entre ici et ailleurs. La diversité des modes de vie n'est pas traduite dans cet indice, ce qui conduit à se référer implicitement au mode de vie dominant, qui devient ainsi le modèle. Cette dérive est dangereuse, elle met en péril des valeurs de diversité culturelle, dont on a voulu faire un quatrième « pilier » du développement durable. Surtout, elle érige en idéal le mode de vie le plus prestigieux, justement fondé par construction sur la consommation la plus forte, donc sur le PIB maximum et la plus lourde « empreinte écologique[3] ». Face à cette hyper consommation de ressources, la condition humaine pourrait se référer à la dignité, qui est loin d'être acquise dans les pays développés comme dans les autres, notamment du fait de l'impérialisme de modèles dominants et des phénomènes d’exclusion qui en résultent. On peut vivre avec une parfaite dignité dans une hutte, et dans la misère dans un immeuble en dur, avec tous les ingrédients du « confort moderne ». Les référents culturels sont aussi importants que les éléments matériels, mais le PIB ne le traduit pas. La condition humaine ne se réduit pas à un PIB par tête.

La condition féminine figure également en bonne place parmi les principes de Rio, où il est rappelé  le « rôle vital des femmes dans la gestion de l'environnement et le développement durable[4] ». Leur dignité provient notamment de leur participation aux processus de développement. On pense aux pays du Sud, mais le Nord n'est pas exempt de reproches, quand on voit les écarts de salaires et pour l'accès aux responsabilités en France et dans la plupart des pays industrialisés. La participation des femmes au développement, c'est à la fois une amélioration de leur statut, et  un enrichissement pour toute la collectivité. Un double dividende caractéristique du développement durable.

Il est délicat, dans la foulée, de parler de la condition animale, et pourtant c'est aussi un vrai sujet, associé au traitement dont les animaux font l'objet, et à leur souffrance. Celle-ci n'est pas moindre que dans la nature, où la lutte pour la vie est toujours violente, mais les mauvais traitements infligés par les humains sont le plus souvent évitables,  ce qui les rend insupportables, pour ne pas dire insoutenables, pour employer un mot aux sens multiples.

Condition, c'est aussi le terme employé depuis pour définir les termes d'une négociation[5]. Les conditions d'un accord reprennent les engagements des parties, ou bien fixent un prix à payer. Tu auras un bonbon à condition que tu sois sage. Le même mot peut d'ailleurs être utilisé pour exercer un chantage.

Depuis quelques années, on fait précéder le terme de trois lettres magiques ECO. Il s'agit d'écologie, ne vous trompez pas dans l'interprétation de ce sigle, ce n'est pas la touche économie de votre lave-linge. Il s'agit alors de fixer des conditions de nature écologique pour accorder une aide ou une autorisation.  On parle d'éco conditionnalité, mot bien savant pour signaler que l'accès à certains avantages n'est pas acquis sans avoir à satisfaire à des exigences environnementales, de type économie d’énergie, ou respect de la biodiversité. Rien de bien nouveau, si ce n'est que la nature des exigences en question s'enrichit. Elle passe de la simple bonne gestion financière, du respect de règles de comptabilité, de l'assurance du bon déroulement d'une opération, à des données moins formelles, sur le fond des choses et leurs conséquences. Ce type de condition provoque une analyse des impacts d'un projet pour lequel une aide serait demandée. Les effets secondaires, collatéraux pourrait-on dire, entrent ainsi dans le débat pour mieux évaluer l'objet de l'aide. Le côté système[6] des choses, leur complexité, est pris en compte, à la mesure des conditions posées.

Condition a toute sa place dans le vocabulaire du développement durable, avec sa double signification d’une part du sort des êtres humains et d’autre part de la manière d’exprimer la nature des relations entre des décisions.

Pour conclure cette chronique, sachez que l’acquisition et la lecture de Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com) n’est pas une condition pour suivre les chroniques de ce blog, c’est juste une suggestion.

Prochaine chronique : Les autres



[1]    Principes adoptés par la conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement, Rio de Janeiro, juin 1992

[2]    Voir la chronique Bonheur, du 28 juillet 2006

[3]   Voir la chronique Hectare, du 28 juin 2006

[4]   Principe n°20

[5]   Négociation, chronique du 18 septembre 2006

[6]   Chronique du  2 avril 2007

Publié dans developpement-durable

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