Jeu

Publié le par Bidou

S’il pleut pendant les vacances – avec le réchauffement climatique, on n’est plus sûr de rien – il y a les jeux de société. De nombreux jeux traditionnels ont fait des petits par croisement avec l’environnement, parmi lesquels le jeu des 7 familles, souvent décliné. Les acteurs de la promotion immobilière adhérents de la Fédération française du bâtiment (UCI-FFB) a ainsi publié au printemps dernier un jeu des 7 familles pour la protection de l’environnement, bien entendu orienté vers les thèmes de l’habitat, avec les familles eau, chauffage, jardin, transports, travaux, électricité et poubelle. Bonnes vacances éducatives !

Le sens du mot jeu est multiple. C’est d’abord la détente. Il faut s’amuser, c’est important, mais ce n’est pas contradictoire avec l’apprentissage, c’en est même un des mécanismes incontournable. Il faut répéter cent fois les mêmes gestes, il faut prendre conscience de ses propres possibilités, pour les entraîner et les améliorer sans cesse. Le jeu s’associe alors à défi à relever, chalenge, et il justifie que l’on répète à l’infini certains exercices, que l’on apprenne les éléments de base dans les moindres détails, que l’on cherche l’excellence sans ménager ses efforts. Le jeu conduit à se dépasser[1], et c’est bien  car les défis du monde moderne nous imposent de nouvelles formes de dépassement, auxquelles il faut se préparer.

Le jeu renvoie aussi sur l’incertitude. Celle du sport, toujours glorieuse, mais aussi celle des paris, avec toute l’émotion qui s’y attache. Il y a toutefois des paris qui semblent trop risqués, aussi bien à titre individuel que pour la société. Les risques doivent être calculés, maîtrisés, et parfois il faut savoir y renoncer quand ils paraissent trop lourds de conséquence en cas d’échec. Le principe de précaution[2] donne la marche à suivre pour la société, il dit comment faire pour voir si le jeu en vaut la chandelle, ou bien s’il faut y renoncer tant que l’on n’a pas élucidé quelques points essentiels. Mais si on veut gagner, il faut bien miser, et le développement durable, qui promet du gagnant-gagnant, ne peut l’ignorer. Il n’y a pas de développement durable sans innovation, donc de risque : il faut savoir vivre dans l’incertitude, et même apprendre à jouer avec.

Car le jeu est aussi la marge de manœuvre, la souplesse nécessaire pour contourner certaines difficultés. Quand une machine a du jeu, il y a en général un problème, mais il faut aussi savoir se donner du jeu, pour prendre du recul, et pour mieux le reprendre plus tard, une fois l’obstacle contourné. Entre défaut et qualité, le jeu oscille en permanence, il y a donc un bon usage du jeu à trouver.

Plus qu’une simple marge de manœuvre, le jeu est aussi une marge d’erreur qui est admise dans certaines circonstances. On parle aussi de tolérance[3], ce que l’on peut supporter sans dommage. Et c’est bien de disposer d’un peu de jeu, car le développement durable est forcément un apprentissage collectif et permanent, une démarche de progrès avec ses errements inévitables, pas grave s’ils sont détectés à temps et corrigés, et si on a su prendre les précautions au bon moment.  La rigueur de ces démarches doit conduire à limiter le jeu nécessaire, mais il serait bien présomptueux que prétendre ne pas en avoir besoin.

Quand on vous tire les cartes, pour voir votre avenir, la diseuse (ou le diseur) de bonne aventure commence par constituer votre jeu, chaque carte sélectionnée ayant un sens, tout comme la manière dont elles sont agencées, leurs voisinage entre elles. L’une de ces cartes vous représente, vous êtes placé dans le jeu, et tout l’art consiste à interpréter le sens de ces cartes, leur influence sur celle qui vous symbolise. Un des points délicats est votre position dans le jeu, êtes-vous au centre ou à la périphérie, parfois il faut même vous ajouter aux cartes de votre propre jeu. Le dominez-vous ou bien n’êtes-vous que spectateur de votre vie ? Comparaison n’est pas raison, et il serait abusif de prendre ces prédictions pour argent comptant, mais cette question d’être ou non au centre de son propre jeu, de le dominer ou d’en être le simple produit, mérite une réflexion. L’attitude offensive qu’exige le développement durable, d’anticipation, de compréhension profonde des phénomènes qui nous entourent pour en tirer le meilleur parti, apporte une réponse claire.

 

prochaine chronique : condition

[1] Dépasser, chronique du 18 juin 2006, n° 19 dans Coup de shampoing sur le développement durable (IbisPress)

[2] Précaution, chronique du 27 février 2006, n°57 dans Coup de shampoing…

[3] Tolérance, chronique du 27 septembre 2006, n° 75 dans Coup de shampoing…

 

Publié dans developpement-durable

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Stella Kyvelou 02/08/2007 14:29

les jeux des pinguins peuvent être dangereux !  il y a d'autres manières à faire..voir www.sd-med.com

Stella Kyvelou 26/07/2007 23:53

pour approcher à la "philosophie de l'action" ce qui est, sans doute le développement durable- j'utilise toujours vos propres concepts-, il fallait mieux prendre une distance par rapport à sa vie, être plutôt spectateur ( dans le sens du philosophe) que dominant...être spectateur n'est pas forcement mauvais et dominer le jeu n'est pas forcement bien...il contient le risque de l'isolement, de l'attitude négative, du recul sans raison, de la retraite par rapport de ce jeu splendide, participatif, sociable, amusant, qui est la vie et pourquoi pas le paradigme du développement durable...