Combine

Publié le par Bidou

Vous l’avez compris, le développement durable est un défi à relever. La grosse cavalerie ne fonctionne pas bien pour ce genre d’exploit, il faut faire preuve de vertus plus subtiles : Le développement durable, c’est l’intelligence, c’est la finesse, mais pas à l’échelle d’une niche[1], mais pour le plus grand nombre. Du sur mesure de masse. Il faut être malin, savoir sortir des entiers battus, pousser des pointes dans des terrains inexplorés. La combine, le fameux système D, est une manière de faire, un appel à l’imagination et la débrouillardise, qui s’avèrent ainsi être deux vertus cardinales pour le développement durable.

 

A l’opposé, le développement durable, c’est aussi la rigueur, la méthode de travail élaborée, l’effort de traçabilité, d’analyse, c’est faire les choses dans l’ordre logique, c’est respecter des procédures. Tout le contraire ? Certainement pas, car l’un n’empêche pas l’autre, ils sont complémentaires[2]. On peut allier rigueur de raisonnement et imagination, l’ouverture d’esprit et la curiosité sont même indispensables si on ne veut pas retomber éternellement sur les mêmes solutions, avec des réponses répétitives qui conduisent vite à l’abandon des procédures, jugées alors inutiles. Bien sûr, elles le sont si on ne les assortit pas de curiosité ou même de fantaisie, puisque dans ces cas-là on n’en profite pas, on reste enfermé dans des schémas tout faits. Les procédures sont là pour ouvrir les yeux, pour aider à tout voir, à écouter, à pondérer, à confronter, et à faire s’exprimer l’intelligence. Si on réduit le champ du possible à quelques solutions connues, quand ce n’est pas la solution unique, il faut des combines, dans le mauvais sens du terme, pour les faire avaler. Si l’imagination est activée, avec la volonté de ne rien exclure a priori, alors la combine est le symbole de solutions inconcevables avec des modes de pensée rigides et réducteurs. Combine, c’est savoir combiner des approches, des énergies, des modes de pensée complémentaires qui ne se seraient pas retrouvées spontanément. La créativité est le fruit naturel de ces combines.

Combine est le nom choisi par Robert Rauschenberg pour désigner des œuvres réalisées en 1953-54, qualifiées alors de « néo-dadaïstes ». On y trouve assemblés toutes sortes d’objets, d’images de la vie quotidienne, ou de peintures abstraites. Il nous livre une clé pour comprendre sa démarche, clé qui fonctionne bien aussi pour ouvrir une porte vers le développement durable : « Il n’y a pas de raison de ne pas considérer que le monde entier est une gigantesque peinture ». Et bien dans le monde, tout est richesse, alors que nous n’en sélectionnons qu’une infime partie, à laquelle nous donnons une valeur exagérée. Cette concentration des valeurs sur un petit nombre de biens se traduit par une formidable pression sur ces biens, provoquant des conflits, des crises aigues, humaines ou écologiques, des inégalités insupportables, des frustrations. Cette pression conduit inexorablement vers un monde de compétition[3]. C’est en donnant de la valeur à tous les objets, à toutes les formes de vie, que l’on diminue la pression sur l’environnement, sur les ressources dont on exploite la diversité. Cette ouverture constitue une bonne combine pour aller vers l’abondance[4] à laquelle chacun aspire pour vivre en toute sécurité.

Avec sa formidable capacité à tout intégrer dans ces œuvres, Robert Rauschenberg nous  confirme avec éclat que dans le cochon tout est bon, et que ce sont nos besoins d’adopter des canons, de suivre des modes, qui réduisent artificiellement notre richesse. La combine est l’art d’accommoder les restes[5], et alors tout devient ressource, le rejet est intégralement recyclé. La combine au service du développement durable, voilà de quoi donner un peu de fantaisie et d’imprévu dans la recherche de la vertu, et un peu de piment à cette dernière.

Prochaine chronique : Mètre

 

 



[1] Niche, chronique du 11 juin 2007

[2] Complément, chronique du 22 août 2006

[3] Compétition, chronique du 3 mai 2007

[4] Abondance, chronique du 19 mars 2007

[5] Restes, chronique du 8 janvier 2007

Publié dans developpement-durable

Commenter cet article