Saucisson

Publié le par Bidou

Dans le cochon, tout est bon. Cette maxime illustre bien un des volets du développement durable, la recherche de la valorisation maximum d’une ressource, avec en perspective le zéro déchets. Mais le saucisson ne se fabrique pas qu’avec du porc, il y en a bien d’autres types. Nous ferions mieux de nous intéresser à la manière de le consommer, ce qui nous ramène, par une autre voie, au développement durable. On le coupe en rondelles. L’expression  « rondelles de saucisson » s’est ainsi échappée de l’univers de la charcuterie, elle a pris son indépendance. Arrêtons-nous sur la signification de cette fameuse rondelle de saucisson.

Sorti du domaine de la gastronomie, le découpage du saucisson en rondelles, appelé parfois saucissonnage, n’a pas bonne presse. Il constitue souvent une manière de contourner des contraintes, du type volume maximum autorisé, ou budget plafond au dessus duquel les contrôles sont exigés, etc. Ce n’est pas bien, mais c’est bien pire encore quand les rondelles masquent le saucisson et empêchent de se faire une idée claire d’un problème. C’est ainsi qu’un quotidien[1] titrait récemment sur les 207,9 euros « que les Français déboursent déjà par an pour leur santé », alors que l’article et le tableau qui l’accompagne annoncent 2 326,7 € de dépenses au total. Les 207,9 euros ne sont qu’une rondelle, bien petite, et il est bien hasardeux de la mettre en vedette, comme si ce n’était pas les Français qui cotisaient aux caisses qui assurent les dépenses de santé, sécurité sociale et assurances complémentaires.

Il arrive aussi que le saucissonnage apporte des complications dont on n’a pas besoin.  Restons dans le domaine social et les cotisations. Le débat est ouvert sur le financement des caisses et le type de prélèvement à effectuer pour cela. Et on distingue savamment la part « employeur » de la part « salarié », que l’on pourrait traiter séparément. Tout ça apparaît surréaliste, car on sait bien que ce qui compte, pour le salarié, c’est la dernière case en bas à droite, c'est-à-dire son salaire net, l’argent qu’il touche, et pour l’employeur, c’est ce que lui coûte l’emploi. Tout le reste, à prestation égale bien sûr, n’est que le vestige de tractations anciennes, des buttes témoin qui n’ont d’autre intérêt que de nourrir l’histoire tumultueuse des relations sociales. Il ne s’agit en définitive que d’un artifice de calcul qui complique la compréhension des phénomènes, et accentue les risques de mauvaise interprétation.

Posons clairement la question de l’équilibre des caisses sociales, à assurer conjointement à d’autres objectifs, tels que le maintien (ou l’amélioration) du pouvoir d’achat des salaires et l’allègement du coût du travail pour les entreprises. On voit bien aujourd’hui que de mauvaises spirales sont à l’œuvre : le chômage accentue la charge sur les actifs restants, alourdit ainsi le coût du travail, amenant les entreprises à des « efforts de productivité » et à une diminution de leurs effectifs. La machine infernale est lancée, et il faut l’enrayer en cassant, ou au moins en réduisant, le lien direct entre les cotisations et l’emploi.

Le découpage en rondelles de saucisson traduit une vision en simples juxtaposition de phénomènes, en niant de fait les interactions entre eux, alors que le développement durable se fonde justement par une bonne compréhension du système. Bien sûr, il faut traduire les approches trop globalisantes[2] et introduire des séparations, mais sans oublier les interfaces. Comment traiter des retraites, par exemple, sans parler du chômage ? La question est bien de redistribuer à des personnes inactives[3] un pouvoir d’achat pour qu’ils contribuent à l’économie et disposent d’un niveau de vie convenable. Il n’y a d’ailleurs aucune raison pour ne faire peser les prélèvements que sur un facteur de production, qui serait le travail, alors que tous les autres profitent de cet apport à l’économie.

Plus on découpe en tranches ou en rondelles, plus on perd de visibilité, et par suite de marge de manœuvre. On est loin du développement durable qui, à l’inverse, tend à élargir le champ du possible à partir d’une vision d’ensemble des systèmes. Le saucissonnage ferme le jeu, au lieu d’ouvrir de nouvelles perspectives, et d’offrir le maximum de chances de pouvoir s’adapter sans douleur au monde qui change, et même d’en tirer de réelles satisfactions.

Prochaine chronique : Mayonnaise



[1] 20 minutes, du mardi 20 mai 2007

[2] Voir la chronique Global, du 26 avril 2007

[3] Inactif, chronique du 7 juin 2007

Publié dans developpement-durable

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Emmanuel CRIVAT 26/07/2007 18:08

et les legumes...