Maître

Publié le par Bidou

Un mot aux nombreux sens. Maître ressortit à l’excellence, à la maîtrise des éléments ; c’est aussi la reconnaissance d’un statut social et professionnel, celui du chef, du patron ; à mi chemin entre l’excellence et l’autorité, maître nous renvoie aussi au professeur qui nous instruit et auquel il convient d’obéir. Maître-charpentier, maître-chien, maître d’école. Oublions pour l’instant le maître-chanteur.

Tout d’abord, le gout de l’excellence, l’aboutissement d’une progression, ou plutôt un haut niveau atteint, au lieu d’un aboutissement car la progression ne finit jamais. L’objectif est la qualité, le chef d’œuvre. On y parvient par le compagnonnage, la modestie et l’apprentissage permanent. Il s’agit de maîtriser de nombreux phénomènes à la fois. Il faut bien connaître sa technique propre, celle de son domaine de prédilection, mais aussi savoir en déborder. Sans les maîtriser totalement, il est bon de connaître les techniques à l’œuvre dans les champs connexes, ceux qui présentent des interférences avec le sien. Il faut pouvoir sentir la présence toute proche d’effets secondaires, que nous dirions aujourd’hui collatéraux, pour les éviter ou les exploiter selon les cas. Il faut bien sûr aussi s’insérer dans un système, comme un cycle de vie, et l’intégrer dans sa pratique. L’ébéniste n’est pas sylviculteur, mais il connaît l’origine des bois qu’il utilise, les techniques de coupe et de vieillissement de la matière qu’il travaillera le moment venu. Maîtrise du contexte, choix du moment favorable, connaissance des enchaînements des phases de production, art d’utiliser le temps qui passe, de la pluie et du soleil. Des valeurs durables.

Le titre de maître, c’est la reconnaissance sociale. C’est qu’on est bon, et même très bon, dans un domaine particulier. Nous aspirons tous à cette forme de reconnaissance, pas forcément à la reconnaissance publique, pour passer à la télévision, mais une reconnaissance dans sa communauté, parmi ses proches, ceux avec qui on vit tous les jours. Le motif de la reconnaissance sera varié, peu importe. Il peut être professionnel, pour celui qui a gravi tous les échelons de la hiérarchie, mais aussi d’ordre privé, le bricoleur de génie, le jardinier aux mains vertes, voire le spécialiste du tiercé. Il y a plusieurs manières d’être une vedette pour sa famille et ses amis. L’exploit ou la qualité qui fait de vous un maître peut être personnel ou collectif, comme l’appartenance à une association qui fait parler d’elle. La maîtrise revêt des formes multiples, et c’est tant mieux pour que chacun puisse trouver, dans ce large panorama, le type d’excellence qu’il peut revendiquer pour affirmer son statut dans son groupe. Au-delà du travail, citons pêle-mêle le sport, le jardin, la chanson, la cuisine, l’érudition, la mécanique, le dévouement, le calcul mental, le scrabble. La liste est sans fin. Soyons donc tous maîtres dans un de ces domaines.

Maître de son destin. Le courant nous emporte, les évènements s’enchaînent, les solutions d’aujourd’hui deviennent des problèmes le lendemain, les outils asservissent ceux au profit desquels ils étaient destinés, ou leur posent des problèmes insurmontables, comme ceux que le docteur Frankenstein a du affronter. Reprendre la maîtrise du cours des choses, anticiper pour ne pas se laisser entraîner dans une spirale infernale, prévoir des points d’arrêt, de manière à pouvoir, en cas de besoin, revenir en arrière ou réorienter sa progression. Le développement durable est bien là.

Le développement durable ne se parachute pas. Le discours général est bien gentil, mais il ne suffit pas pour faire avancer concrètement le développement durable. Il faut l’accompagner au plus près des acteurs. Le développement durable a besoin de prosélytes, de relais, de gens qui expliquent, écoutent, observent, donnent des conseils pratiques,  et nourrissent la dynamique. Les grandes campagnes de communication, le prestige de vedettes du petit écran, l’information sur les étiquettes des produits que l’on achète, tout cela est indispensable. Mais tous ces efforts resteront lettre morte sans une présence auprès de chacun de nous. Une campagne de publicité, même pour une grande cause,  est comme une couverture aérienne ou un tir d’artillerie. Ca prépare le terrain, mais il faut ensuite l’occuper. Pour cela, il faut des fantassins qui avancent et consolident les acquis. En publicité commerciale, toute campagne est précédée d’une action auprès de la force de vente, formée pour prolonger le discours répandu par les grands medias, et de pressions sur les relais pour que le produit tant vanté soit exposé en tête de gondole. Il faut l’équivalent pour faire progresser les causes d’intérêt général, surtout si l’objectif est de transformer en profondeur les systèmes de valeur et les comportements. Le développement durable a besoin de ses fantassins, tout comme la République de Jules Ferry a eu besoin des instituteurs et de l’instruction publique pour s’enraciner dans l’opinion. Les voilà, nos maîtres d’école, les hussards de la République. Qui seront, aujourd’hui, les hussards du développement durable ?

 
Prochaine chronique : Saucisson

Publié dans developpement-durable

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