Apprenti

Publié le par Bidou

Nous sommes tous des apprentis du développement durable.

Le développement durable fait facilement consensus sur le principe. Malgré la confiance dans les sciences et les techniques pour résoudre tous nos problèmes de demain, chacun prend conscience les limites de la planète, et l'idée d'une croissance d'un autre type fait son chemin. La difficulté vient du passage à l'acte. Le développement durable nous conduit à traiter une multiplicité d'enjeux, et d'échelles de temps et d'espaces. Il faut répondre aux besoins immédiats et à ceux des générations futures,  il faut équilibrer des comptes financiers et des « bilans matière », il faut viser la qualité et la performance sans exclure une partie de la population. L'approche développement durable mobilise par ailleurs de nombreux acteurs, élus, professionnels, citoyens, consommateurs, chacun avec sa culture, ses origines, ses échéances, ses objectifs, ses fantasmes, ses connaissances techniques. Le développement durable n'est donc pas une méthode toute faite, il se construit chaque jour et nous sommes tous en apprentissage de ces nouvelles pratiques, de ces nouveaux modes de penser et de travailler.

Cela signifie qu’il ne faut pas se considérer comme des spécialistes. Le péché d’orgueil guette les uns pour peu qu’ils aient un peu avancé, et pour d’autres, ce n’est jamais assez, car le réchauffement climatique nous pourchasse, il faut faire vite. Oui, il faut faire vite, et oui, il est bons de valoriser ses efforts, mais en gardons la raison. Griller les étapes[1] ne fait souvent que retarder les choses, come les raccourcis qui finissent toujours par rallonger, c’est bien connu. Le développement durable résulte de la mobilisation de tous, et l’apprentissage de tous prend du temps. Il faut accepter de suivre ce qu’on appelle une courbe d’apprentissage, qui souvent a du mal à décoller, et qui traduit une progression, fruit de l’expérience acquise, des corrections apportées au fur et à mesure que l’on avance, de la baisse des coûts liée à la généralisation et à l’effet de masse.

On a vu que de nouveaux instruments se mettent en place pour le développement durable, de nouveaux modes de gouvernance, de nouvelles procédures financières, de nouveaux produits, de nouvelles méthodes de travail. Ne nous faisons pas d’illusions : il y aura des ratés, des échecs, des revirements. On le voit, par exemple, avec le marché du CO2 instauré en Europe. Une erreur de réglage au départ, sur la quantité de quotas à mettre dans le circuit, a entraîné une forte baisse du prix de la tonne de CO2, alors que tout le monde sait bien qu’il faut donner un sacré coup de collier pour « décarboniser » l’économie. Un échec ? Pas du tout, si l’on constate que les opérateurs, les grandes entreprises, sont bien entrées dans le système, et que sur plus de 10 000 installations concernées, 380 seulement, et parmi les plus petites, n’ont pas respecté leur obligation de restitution des quotas d’émission. Cette défaillance ne représente au total que 1% seulement de ces allocations, quantité qui a été réduite à 0,2% après rappels et régularisations. Le système se met en place, il fonctionne, même si le niveau d’exigence s’avère trop faible. Ce premier tour de chauffe, si on ose dire, permet de préparer la deuxième phase du dispositif, et de resserre les boulons pour une deuxième période qui va commencer en 2008.

Cette erreur de positionnement au démarrage n’a pas empêché de progresser en 2006. Pendant que le PIB de l’Union européenne s’accroissait de 3%, les émissions des activités soumises au système de quotas n’ont augmenté que de 0,8%. Le découplage est manifeste. Il est insuffisant, puisqu’il faudrait réduire la quantité de carbone envoyée dans l’atmosphère, mais il s’amorce, et traduit une étape dans l’apprentissage de nouveaux mécanismes de marché.

On peut tenir un raisonnement analogue sur les énergies renouvelables, encore chères, globalement, et qui manquent de bras, c'est-à-dire d’entreprises capables de les mettre en œuvre et de les entretenir dans de bonnes conditions. Mais les prix baissent régulièrement, de nouveaux produits, plus performants, arrivent chaque jour sur le marché, les entreprises se forment, des garanties de résultat, des labels de qualité, se mettent en place pour assurer la qualité de ces techniques.

Prenez les certificats d’économies d’énergie. Une révolution. Les commerciaux des grands distributeurs d’énergie ont passé toute leur vie à vendre le plus de produit possible, gaz, électricité, pétrole, charbon. Aujourd’hui, on leur demande de vendre des économies de leurs produits. C’est une tout autre démarche, il faut en comprendre les mécanismes, et abandonner toutes sortes de certitudes. Ca ne se fait pas en un jour, il faut apprendre ce nouveau métier.

Bien sûr, le temps presse, mais ce serait une erreur de sous estimer le temps nécessaire à l’apprentissage, à la formation des formateurs, au retour d’expérience. Il faut apprendre à conjuguer enthousiasme et patience.

Prochaine chronique : maître

 

 



[1] Chronique du 6 novembre 2006

Publié dans developpement-durable

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