Emploi

Publié le par Bidou

La question de l'emploi a déjà été maintes fois abordée dans ce blog, à partir des mots travail,  productivité, papys[1], et de manière plus diffuse dans beaucoup d'autres chroniques. Profitons-en pour aborder la question de l'emploi dans un domaine particulier, l'environnement, ce qui donnera l'occasion de mieux cerner les relations complexes entre environnement et développement durable.

On peu comptabiliser les emplois concernant l'environnement. Dans l'eau et les déchets, on en trouve beaucoup, tant pour construire des installations de traitement que pour les faire tourner, ramasser les ordures, laver par terre dans les rues. Il y a des budgets pour cela, on paye des factures ou des taxes affectées à ces dépenses. Attention, ce ne sont pas des professionnels de l'environnement, l'entreprise qui pose des tuyaux n'est pas forcément spécialisée dans l'environnement, mais dans les travaux publics, le génie civil. Mais c'est au titre de l'environnement que les travaux sont réalisés, sur les budgets de l'assainissement par exemple. Ajoutons les emplois liés à l'embellissement des villes, espaces verts, aménagements de voirie, les emplois de garde ou d'animateur nature, quelques spécialistes du bruit, des paysages, de l'écologie appliquée, sans oublier quelques scientifiques et universitaires, et on arrive à un chiffre calculé sur la base de ratios appliqués à des dépenses. Une commission des comptes et de l'économie de l'environnement publie chaque année un rapport : en 2005, on estime les emplois de l'environnement à 374 000 équivalents temps plein, chiffre en progression de 2,5% par rapport à 2004.

Ces emplois se situent pour l'essentiel dans le secteur public. Il ne faut pas s'en étonner, puisqu'il s'agit de construire et de faire tourner des équipements spécifiques, marqués du sceaux de l’environnement, alors que dans le secteur privé, la prise en compte de l'environnement est beaucoup plus intégrée, et intervient souvent à l'occasion de modernisation, comme on a pu le voir pour les avions. Le simple renouvellement de la flotte contribue à une amélioration des performances environnementales, sans pour autant que l'on attribue à l'environnement les investissements engagés. La modernisation de nombreuses unités industrielles a pour effet de réduire les rejets et les nuisances, et elles sont parfois motivées essentiellement par l'environnement. Elles n'en sont pas moins imputées à la production et pas à l'environnement. Il reste toutefois des emplois et des budgets strictement environnement dans l'industrie et les services, mais ce n'est que la partie émergée d'un iceberg. Les emplois visibles et aisément imputables à l'environnement se trouvent ainsi préférentiellement dans le secteur public ou ses concessionnaires.

Quoi qu'il en soit, ce chiffre ne représente pas grand chose. Ce serait une grave erreur que de limiter la réflexion sur l'emploi et l'environnement à cette recherche. Chaque emploi présente une interface avec l'environnement, le plombier comme le chauffeur routier, l'architecte comme le banquier ou l'assureur. Chacun n'en a pas forcément conscience, mais la prise en compte de l'environnement s'étend à tous les métiers, et elle conditionne leur développement. C'est le cas pour l'agriculture, fortement conditionnée par des lois et directives environnementales, mais la plupart des industries le sont également du fait des réglementations qu'elles doivent appliquer, ou des  impacts globaux de leur activité. L’agence de notation environnementale et sociale Centre Info, à Fribourg et la banque Pictet ont élaboré ne méthode de calcul des émissions de dioxyde de carbone pour les productions industrielles. On peut ainsi connaître le poids de CO² émis par euro de chiffre d’affaire. Dans le domaine de l’automobile, par exemple, les trois « meilleures »  entreprises sont Renault, Fiat et PSA. Compte tenu de l’ensemble du cycle de vie de leurs voitures, elles génèrent environ 2 kg de CO² par euro de vente. En queue de classement, on trouve Ford, General Motors et Porsche, ce dernier fabricant générant plus de 4kg de CO² par euro. Dans une perspective de « décarbonisation » de l’économie, tout le monde n’est pas égal[2]. Le banquier est aussi concerné, comme le montre une étude récente de l’association Les Amis de la Terre, qui observe les politiques climatiques et énergétiques au sein des banques françaises[3], et qui en déduit un guide « Comment choisir ma banque ? ». Le point de départ de cette analyse est la constatation que les banques sont responsables d’émissions de CO² par leur propre activité (transports, bâtiments, etc.) mais aussi et surtout par leurs choix de financements et les conseils qu’ils prodiguent à leurs clients. Les émissions indirectes des banques françaises représentent ainsi 5% des émissions mondiales, soit plus de trois fois les émissions totales de la France. Peu de banques sont sensibles, aujourd’hui, aux enjeux environnementaux, aucune d’elle n’obtenant la moyenne dans le classement établi par les Amis de la Terre, mais il est clair que les enjeux environnementaux pèseront de plus en plus sur l’activité des banques et les compétences de leurs employés. La banque HSBC l’a bien compris, qui, au-delà d’une aide spectaculaire aux ONG, lance un plan de formation de ses 312 000 salariés[4].

On pourrait poursuivre cette présentation des activités et de leurs emplois directement liés à l’environnement, celles dont le développement dépend de la maîtrise de ressources ou de rejets sensibles, comme celles qui exploitent des richesses environnementales, et notamment le tourisme, qui constitue aujourd’hui la première activité au monde. Il faudrait aussi parler de l’attractivité des territoires, dans la compétition mondiale pour l’implantation des entreprises, et sur ce point l’environnement pèse lourd, à côté des services publics. La « qualité de la vie » est un facteur de production.

L’environnement va donc être de plus en plus présent dans l’activité des entreprises de toutes natures, et par suite va influencer la nature des emplois, des compétences à mobiliser pour rester « dans la course ».

Parfois, l'environnement est considéré comme l'ennemi de l'emploi, ce qui peut être vrai localement, et à un moment donné, mais qui s’avère faux pour peu que l’on observe les phénomènes économiques dans la durée. La prise en compte de l’environnement est, au contraire, la seule manière de sauvegarder des emplois, et en plus très souvent de les enrichir et de créer dans l’entreprise un climat favorable à la performance. Les nombreuses sociétés qui ont adopté un mode de management environnemental témoignent de l’efficacité de la démarche bien au-delà de son intérêt environnemental au sens strict.

Il n’en reste pas moins que ces conflits environnement / emploi, bien que locaux, ne doivent pas être oubliés. Ils sont très souvent le résultat d'un calcul économique tronqué, avec des « coûts externes » masqués qui finissent par se révéler. Une politique active de transition doit être animée parles branches professionnels et les pouvoirs publics pour sortir de ces contradictions « par le haut », pour que les trois sphères, économique, sociale et environnementale, se superposent « naturellement ». C’est ça, le développement durable.

 

 Prochaine chronique : Inactif



[1]   Chroniques des 1er mai 2006, 9 et 19 juillet 2006

[2] Pour en savoir plus sur cette notation, reportez-vous sur le site www.LaRevueDurable.com

[3] Voir sur ce point  l’étude Banque françaises, banques fossiles  téléchargeable sur  www.amisdelaterre.org

[4] D’après le Monde du 1er juin 2007, Et si la finance sauvait la planète ? article d’Anne Michel dans la rubrique Ecofrictions

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