Système

Publié le par Bidou

 Le développement durable, c’est intégrer la complexité et les incertitudes, se doter des outils techniques, économiques, politiques, pour assurer cette prise en charge du « système Terre ». L’environnement nous y a bien habitués.

L’écologie est la science des écosystèmes. Elle nous apprend à comprendre comment tous les éléments se combinent, se renforcent mutuellement ou se neutralisent. Elle nous invite à sortir des approches linéaires ou sectorisées, transcendant ainsi l’esprit cartésien, en vue de nouveaux stades de progrès.

Approche systémique, l’environnement nous permet de revisiter toutes les politiques publiques, les modes de production et de répartition des richesses, les composantes de ce que l’on appelle parfois « la qualité de la vie ». Cette démarche offre à tous ceux qui y sont prêts une opportunité de modernisation de la société, pour peu que l’on sache dépasser une vision étroite et conservatrice de l’ « environnement », que l’on a tôt fait de présenter campé sur des positions exclusives et rigides de protection, au mépris de toute considération des dynamiques qui traversent nos sociétés.

Ces dynamiques sont foisonnantes et porteuses de contradictions, l’archétype le plus célèbre en étant « la ville à la campagne », sans parler du bâtiment élevé en zone « inconstructible » permettant ainsi de disposer d'une « vue imprenable ». L’environnement est au cœur de ces contradictions et nous apprend à les surmonter, à en « sortir par le haut », préparant ainsi une approche plus complète de la vie et des affaires publiques qui pourrait être le « développement durable ».

L’environnement, c’est à la fois de la technique et de la culture. Ces deux dimensions sont inséparables. Une politique de gestion des déchets, par exemple, politique assimilée pendant longtemps à l’enlèvement des ordures ménagères et confiée à ce titre à des entreprises de transports, est aujourd’hui affaire de comportement comme de technique. La collecte sélective, première étape du recyclage et de la valorisation des déchets, nécessite la compréhension et l’adhésion des habitants tout autant que des filières techniques sophistiquées. Il faut y ajouter en amont les habitudes d’achat des consommateurs, le conditionnement des commerciaux, et en aval les débouchés pour les produits recyclés. Dans un autre domaine, les économies d’énergie, si nécessaires pour lutter contre l’effet de serre, font appel à la fois à des techniques fines d’injection dans les moteurs et au comportement du conducteur, à des systèmes de régulation de chauffage et d’éclairage comme au souci de bon entretien des habitations. Toute approche strictement technicienne, comme toute approche strictement comportementale est vouée à l’échec.

En définitive, l’environnement apparaît bien comme un système. Point de salut hors de cette vision qui impose un mode de pensée ouvert et pragmatique. Ce sont des combinaisons d’objectifs qu’il faut prendre en charge, avec leurs doses de contradictions : monter une cheminée d’usine pour mieux diluer la pollution dans l’atmosphère peut avoir des effets sur le paysage, de même que le recours à des capteurs solaires dans des sites où ils seront manifestement des corps étrangers. La collecte des ordures ménagères peut contrecarrer une politique de lutte contre le bruit, et affecter d’autres aspects importants de la vie quotidienne, comme la sécurité routière : l’encombrement des trottoirs par les poubelles aux heures où les enfants vont à l’école peut poser de véritables problèmes. On ne peut non plus ignorer que les produits récupérés dans une bonne politique de réduction des déchets doivent trouver preneurs, et qu’il ne sert à rien, par exemple de recycler tout le papier du monde si les consommateurs exigent du papier bien blanc, tout beau tout neuf. Les politiques d’environnement interfèrent entre elles en permanence, ainsi qu’avec d’autres politiques, en un vaste système qu’il convient de gérer en tant que tel.

Deux citations décrivent mieux que je ne pourrais le faire ces interactions : 

« Le concept d’environnement ne peut se laisser enfermer dans une liste hétéroclite d’objets naturels, même remarquable : forêts ou « zones humides », mètres cubes d’eau, nombre d’espèces, kilomètres de rivières… Il renvoie à de multiples autres dimensions : d’abord disponibilité de certaines ressources, mais aussi qualité de vie quotidienne, identité culturelle de certains lieux et, finalement, fonctionnement de la plupart des systèmes, indissociablement naturels et artificiels, qui assurent notre existence – systèmes urbains, agricoles, productifs… Ces systèmes ont aussi une base physique et leur fonctionnement dépend des régulations qui se font ou ne se font pas à l’échelle de la biosphère »[1].

« Pour résoudre les problèmes liés à l’environnement urbain, il faut aller au-delà d’une approche sectorielle. Même s’il est utile, voire indispensable, de fixer des objectifs de qualité pour l’air, pour l’eau, des niveaux maxima pour le bruit, etc. dans des directives ou des recommandations, il est essentiel de mieux comprendre l’origine des problèmes environnementaux qui menacent nos villes afin de trouver des solutions durables. Cela signifie qu’il faut non seulement examiner les causes immédiates de la dégradation de l’environnement, mais également les options sociales et économiques qui sont à la base de ces problèmes. »[2]

L’environnement apparaît ainsi, par la démarche systémique qu’il suscite, une excellente entrée en matière pour le développement durable, comme l’histoire l’a montré. Mais gageons que des visions économiques intégrant le long terme et la pérennité des ressources seraient parvenues aux mêmes conclusions, de même que des approches sociales prenant en compte la qualité de la vie quotidienne, la solidarité Nord – Sud et avec les générations futures. Peu importe la porte d’entrée dans le système, pourvu que l’on apprécie la richesse dudit système, et que l’on sache en tirer profit.

Prochaine chronique : Analyse



[1] René Passet et Jacques Theys, dans "Héritiers du futur", dirigé par René Passet et Jacques Theys, DATAR Editions de l'Aube, 1995

[2] Commission des communautés européennes, Livre vert sur l’environnement urbain, communication de la commission au conseil et au parlement, Bruxelles, 27 juin 1990.

Publié dans developpement-durable

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