Tapis

Publié le par Bidou

Nous parlerons évidemment de marchands de tapis. Un style qui semble dominer le monde aujourd’hui, alors que les enjeux devraient nous conduire, bien au contraire, à dépasser l’intérêt de chaque acteur. Chacun y gagnera[1] bien plus, et largement, à jouer collectif plutôt que perso.

 

Le réchauffement climatique offre une bonne illustration de cette constatation. Tant que la lutte contre l’effet de serre apparaîtra comme un effort, voire un sacrifice, une bonne action, on aura du mal à progresser. Chacun mesurera sa contribution à l’aune de celle des autres, les marchands de tapis seront au zénith, et notre avenir au fond du trou. Les avancées se feront toujours au forceps, et a minima.

 

Nicholas Stern et bien d’autres économistes nous l’on pourtant bien dit : la lutte contre le réchauffement climatique est une bonne affaire. Non seulement le fil de l’eau, le BAU (business as usual), l’inaction coute très cher, mais l’action, constituée essentiellement de R&D, est rentable en elle-même. L’intérêt des acteurs et celui de la planète ne sont pas antagonistes. Mais attention : l’action doit faire l’objet d’une décision, alors que l’inaction, même si elle coûte très cher, n’en a pas besoin.

Il faut tout faire pour déclencher la décision.

Tout est bon pour ne rien faire : les doutes scientifiques, comme le sentiment d’impuissance face à l’immensité des besoins. A l’époque Bush, à quoi bon faire des efforts alors que les Américains refusent de mettre en question l’American way of life ? Et maintenant, à quoi bon puisque l’Amérique d’Obama a décidé de prendre le leadership de la lutte contre l’effet de serre ?
C’est un des drames du développement durable : il est le plus souvent présenté comme une obligation morale
[2], du Nord vis-à-vis du Sud, et de la génération[3] actuelle vis-à-vis des générations futures. Bien sûr, cette obligation morale existe, mais elle ne suffit pas à déclencher le passage à l’acte. La morale et le business ne cohabitent pas toujours très bien. Tant que la perception « moralisante » du développement durable sera dominante, les gens « sérieux », les décideurs, les financiers, ne le prendront que comme une contrainte, au lieu d’en faire une opportunité.

La lecture de la presse sur la conférence de Bonn, préparatoire à la conférence de Copenhague qui fixera les objectifs pour l’après Kyoto, présente une approche de type marchandage. Les efforts des uns ne peuvent qu’être la contrepartie des efforts des autres, forcément jugés insuffisants.

Une autre vision serait que ces efforts sont des investissements rentables. Ils traduisent une étape dans la modernisation des économies, dans une recherche d’une meilleure efficacité dans l’utilisation des ressources de la planète. La lutte contre l’effet de serre est donc un moteur du changement, une pression qui nous oblige à nous dépasser
[4], dans l’intérêt de tous. L’essentiel est donc d’organiser le mouvement, pour que chacun profite équitablement de ce progrès. Le pari, qui semble bien raisonnable, est que l’investissement à consentir sera bien plus rentable si on y va tous ensemble, bien coordonnés, plutôt qu’en ordre dispersé, chacun pour soi.

Une coordination planétaire, sur la base de situations très différentes, de ressentiments et de dissensions anciennes, de responsabilités des uns et des autres vis-à-vis de la dégradation de l’atmosphère, n’est évidemment pas une affaire simple. Le contexte semble néanmoins assez favorable. La période de rodage des instruments anti effet de serre n’est pas terminée, mais nous les maîtrisons bien mieux qu’à Kyoto. Les négociations
[5] portent sur les rejets, mais elle n’est pas indifférente à la question de la ressource, marquée par des tensions fortes et des hausses de prix spectaculaires, et avec un effet de yoyo qui n’arrange rien.

La perception par les acteurs du caractère rentable de l’investissement, et rentable à terme assez proche, progresse régulièrement. Il faudra dépasser l’aspect inévitable « marchand de tapis » pour aller résolument vers « l’investisseur avisé ». On ne mettra pas tout le monde d’accord, mais si les acteurs les plus réactifs s’y mettent, une nouvelle dynamique
[6] sera lancée.

 

Cette chronique reprend largement une contribution au débat sur la préparation de Copenhague que vous trouverez sur le blog http://energie.lexpansion.com

prochaine chronique : Culture



[1] Voir la chronique Gagnant, du 06/06/2006

[2] Morale (19/02/2009)

[3] Générations (23/10/2008

[4] Voir la chronique Dépasser (18/06/2006, et n°19 dans Coup de shampoing sur le développement durable, www.ibispress.com )

[5] Négociation (18/09/2006 et n°45 dans Coup de shampoing)

[6] Dynamique (21/07/2006 n°22 dans Coup de shampoing)

Publié dans developpement-durable

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