Sexe

Publié le par Bidou

Ce n’est pas du sexe des anges dont je vais vous parler, mais de celui de la carpocapse, Cydia pomonella pour les intimes. Cet animal doit aimer les pommes, car il lui arrive de détruire des vergers entiers. C’est ce que l’on appelle un ravageur.

La première idée, pour s’en débarrasser a été la chimie. Traitons, toujours plus fort, car ces salles bêtes deviennent de plus en plus résistantes[1]. Jusqu’au jour où on est au bout, on ne peut plus aller plus loin. Les dégâts provoqués par les produits épandus sont redoutables sur la faune sympa, les auxiliaires des cultures, sans parler des sols et des eaux qui sont le dernier réceptacle de ces molécules féroces. Adieu la biodiversité et ses apports gratuits[2]. Bonjour la pollution, et les dépenses pour disposer d’une eau potable décontaminée.

Alors on a eu l’idée non pas de les tuer, mais de les empêcher de se reproduire. Comme pour les pigeons des villes. Malin, n’est-ce pas ? mais comment faire, il y en a tellement…  La phéromone, voilà la solution. Il s’agit d’une odeur, produite par la femelle papillon pour attirer les mâles. Nous allons brouiller ce message. Tout simplement en le diffusant partout, ce qui le banalisera et lui ôtera toute signification. Les pauvres mâles seront bien déçus, quand ils s’apercevront que l’odeur tant désirée les conduit nulle part, et les femelles en seront pour leurs frais : tout ce qu’elles émettront sera dilué, et elles resteront célibataires. Il faut juste produire l’odeur, et là encore c’est de la chimie, et ensuite la transmettre grâce à des diffuseurs habilement répartis sur les champs. 100 grammes par hectare. Fini les épandages en masse, fini le marteau pilon. Place à la finesse et à la mesure. De la chimie intelligente, mais dont on ne peut pas pour autant faire un usage inconsidéré.

On appelle cette technique la confusion sexuelle. On perturbe les amours des papillons, pauvres bêtes, pour le plus grand bien du maïs, de la vigne, ou des pommes.

C’est un autre phénomène qui se passe pour les humains. Pas question pour eux de réduire leur activité sexuelle, par la confusion ou toute autre formule. La fécondité des mâles est en régression. Un phénomène observé depuis une cinquantaine d’années. Le nombre de vaillants spermatozoïdes serait en baisse de près de moitié. Parmi les causes souvent évoquées, on retrouve la chimie. Celle-ci produit et diffuse des molécules œstrogèniques, plus puissantes que les œstrogènes naturels, secrétés par nos organismes, et présentes dans de nombreux produits courants qui se dispersent dans la nature. L’Homme n’est pas le seul touché. Des animaux, notamment des poissons sont touchés, et en viennent à changer de sexe. L’équilibre mâle/femelle en est affecté, en plus de la fécondité des mâles.

La présence de résidus chimiques à des milliers de kilomètres du lieu où ils ont été produits et utilisés est un phénomène inquiétant, mais hélas bien connu. Vous avez tous vu à la télévision des émissions sur les analyses des graisses des ours polaires, un classique du genre. Ce grand prédateur, au sommet de la pyramide alimentaire, concentre les pollutions en tous genres. Une directive européenne a lancé un grand chantier d’étude des composés chimiques présents dans les biens mis en circulation, mais la prise de conscience est récente, et le phénomène se caractérise par une forte inertie. Il faudra bien des dizaines d’années pour que les résidus, dont certains sont très stables comme le fameux DDT, finissent par disparaitre.

Les formes de la confusion sexuelle se diversifient. Comme il faut arrêter la prolifération des Hommes à la surface de la planète, on pourrait croire que c’est une bonne chose que notre espèce en soit elle-même victime. Juste retour à l’envoyeur, l’arroseur arrosé ! Bien sûr, cette situation est dangereuse, et ne peut être prolongée. Il n’y a pas que la fécondité qui soit touchée, et pas que les Hommes. C’est un équilibre naturel à grande échelle qui est concerné.

La chimie rend des services, en médecine notamment. Elle nous a séduits, et nous l’avons suivie sans précaution. Ce temps est révolu, et la chimie doit à présent faire la preuve de son innocuité. Le développement durable, c’est à la fois avancer résolument, car le monde a un formidable besoin d’innovations techniques et sociales, mais en regardant où nous mettons les pieds.


Prochaine chronique : Riche 

 


[1] Voir Résistance, chronique du 24/05/2006 et n°62 dans Coup de  shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com )

[2] Gratuit (30/04/2007)

Publié dans developpement-durable

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