TERRASSE

Publié le par Bidou

Paysages[1] de terrasses. Une expression qui évoque le ciel bleu, les grillons et les vacances, mais aussi une économie de dur labeur et de rigueur[2]. Chaque mètre carré mis en culture est important, et mérite des soins intensifs. Les villages sont compacts, aussi bien pour se protéger du soleil et des vents que pour réduire leur emprise au sol : l’étalement[3] est proscrit.

C’était une autre époque. Aujourd’hui, ce ne sont plus les villages qui sont concentrés, mais la production. Les territoires difficiles à cultiver sont abandonnés à leur sort, au profit des plus riches. Phénomène régional, mais aussi mondial : les pays les plus riches inondent les plus pauvres de leurs produits. Un habile système de subvention, traditionnel chez les riches mais prohibé chez les pauvres, assure aux premiers la domination du marché. L’agriculture[4] modeste, familiale, nourricière, est marginalisée[5], ce qui provoque misère, famine, et urbanisation incontrôlée, avec le cortège de conséquences sociales qui en découle. La dépendance[6] des pauvres par rapport aux riches s’établit ainsi. Pardon de reprendre de vieilles litanies, le déséquilibres des « termes de l’échange » est un marronnier, mais le phénomène est toujours là. A l’heure du facteur 4, de la nécessité de nourrir très prochainement 9 milliards d’êtres humains, et de leur fournir énergie et matières premières, il faut s’interroger sur l’impact de cet abandon de millions de kilomètres carrés. Un potentiel, même ingrat, laissé en friches, un capital nature qui ne produit pas, et qui se dégrade, un capital humain aussi, qui reste inexploité et disparait progressivement. Cette agriculture difficile a engendré au fil des siècles des savoirs faire originaux, une connaissance très fine du milieu et de la manière d’en tirer le meilleur. Il y a bien eu des erreurs, la salinisation des sols et l’avancée des déserts en témoignent, mais aussi des exploits d’intelligence et de volonté pour survivre dans des conditions impossibles. Peut-on se passer de ces patrimoines humain et naturel ? Comment les réintroduire dans le monde moderne, dans une économie d’échanges internationaux ?

La terrasse, c’est aussi le café[7] pris au soleil, l’agitation des garçons si agiles avec leur plateau, l’amorce ou le complément de bronzage. Le plaisir d’être dehors, au soleil ou à l’ombre selon les gouts. La terrasse des restaurants et autres bistros est une merveilleuse invention urbaine. Tellement bonne qu’elle en abuse. Avec les beaux jours qui sont arrivés, elles ne sont plus chauffées. Ouf, mais quel gâchis pendant tout l’hiver! C’est l’inverse de ce qui se passe dans les pays chauds, ou les rues commerçantes sont réfrigérées par la climatisation des magasins dont les portes sont grandes ouvertes. Le Parlement européen s’en est inquiété, et a voté un avis non contraignant pour freiner ce mouvement qui prend de l’ampleur. En France 3000 parasols chauffants sont vendus chaque année. Une proposition de loi a été déposée en, France, sans succès apparemment à ce jour. Il va devenir difficile de concilier un engagement contre le réchauffement climatique et l’amour d’une blonde, car c’est bien pour le plaisir d’une cigarette que l’on fréquente les terrasses en plein hiver. C’est bien au moment où les interdictions de fumer dans les cafés se répandent en Europe que cette invention, diabolique pour l’effet de serre, voit le jour. Depuis toujours, les terrasses des pays froids et de nos stations de sports d’hiver vivaient sans, pour le meilleur et pour le pire. Certains cafés fournissaient même des plaids  à leurs clients. La simple protection d’une tenture ne suffit-elle pas ? Sans doute, à condition d’accepter de vivre aves les saisons. Cette affaire a un goût de haricots verts en hiver. Les saisons apparaissent comme une contrainte, une atteinte insupportable aux droits de l’Homme : manger les produits d’été en plein hiver, s’asseoir à une terrasse par moins 5, tels seraient, à en croire les défenseurs des parasols chauffants,  les dernières avancées sociales ! Permettez que je leur préfère le rythme des saisons, le renouvellement de sensations chaque année redécouvertes et ravivées.

Avec le printemps, les terrasses redeviennent un lieu de plaisir écologique, tant mieux. Après le bœuf en daube et les potées, voilà les grillades et les salades. Une dernière recommandation aux terrasses : n’envahissez pas les trottoirs. C’est agréable de s’asseoir prendre un verre, mais c’est aussi pas mal de pouvoir circuler tranquillement, à pied, sur des trottoirs dégagés.

Prochaine chronique : Effervescence 
 



[2] Rigueur (11/01/2007)

[3] Étalement (21/01/2008)

[4] Agriculture (08/05/2008)

[5] Se reporter à Marge (02/06/2008)

[6] Dépendance (04/10/2007)

[7] Café (31/01/2006 et n°8 dans Coup de shampoing sur le développement durable, www.ibispress.com

Publié dans developpement-durable

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