Pyramide

Publié le par Bidou

L’organisation sociale en pyramide n’est-elle pas totalement dépassée ? La pyramide a donné des formes architecturales de toute beauté, elle est bien utile pour les démographes et tous ceux qui veulent, d’un coup d’œil, découvrir la structure d’un groupe, mais comme principe d’organisation, elle semble bien archaïque.

Nous sommes à l’heure de l’informatique, de la circulation de l’information, des réseaux[1]. Et par suite de l’initiative décentralisée, qui allie à la fois la créativité personnelle et l’ouverture sur le monde. Appartenir à une communauté sans être inféodé à un système hiérarchisé, voilà la clé de l’innovation au XXIe siècle. XXL est dépassé[2].

C’est une chance pour la France. Fini l’époque d’une domination par le nombre, comme au temps de la révolution de 1789 où la population de la France lui permettait de dominer l’Europe, ou par la technique et l’organisation, qui a permis à l’Europe occidentale de coloniser une bonne partie du monde. Nous ne pesons qu’à peine 1% de la population mondiale, et notre technologie n’a plus le même rayonnement qu’aux siècles de Pasteur, Lesseps et d’Eiffel, pour ne prendre que quelques exemples. Si le génie français est proportionnel à la taille de la communauté France, il est bien compromis. Il nous reste un héritage que l’on fera prospérer vaille que vaille, comme un siège au conseil de sécurité des Nations Unies, des villes historiques et des paysages[3] qui font de notre pays une destination touristique de première importance. Pour combien de temps encore ? Il nous faut donc innover, jouer la carte de la qualité, de la fluidité et de la créativité, et non celle des grandes machines ou des dinosaures.

La logique XXL ne nous est pas favorable, à moins que l’on ne soit un adepte du pour vivre heureux, vivons cachés, car nous serons effectivement de moins en moins visibles à l’aune volumétrique. C’est pourtant cette logique qui semble privilégiée aujourd’hui. Sans doute faute d’une meilleure idée, peut-on craindre. XXL, avec les économies d’échelles qui doivent aller avec, tel est le principe qui semble gouverner la réforme de notre administration, comme celle de nos territoires. Toujours plus grand, avec des structures en pyramides ramenant les décisions à leur sommet, où siège le chef. L’émiettement, les découpages historiques, constituent effectivement des obstacles à l’innovation. Rompre les cloisonnements, faire éclater les isolats, bien sûr. Pour construire de grandes citadelles, réputées mieux armées, rien n’est moins sûr. Cela ressemble à un modèle qui aurait pu être le nôtre au XXe siècle, mais surement pas à un idéal pour le XXIe. Il n’y a pas que la taille pour ouvrir le jeu, pour démultiplier les échanges, pour croiser les cultures et les expériences. La société que certains appellent « de la connaissance », fonctionne sur d’autres principes.

La multiplicité des centres de décision peut être un obstacle à la bonne gestion de domaines ou de territoires, à la diffusion du progrès. Mais elles témoignent d’engagements de nombreuses personnes, très proches des territoires, et il serait bien dommage de s’en priver. Faut-il des pyramides, avec un pouvoir centralisé, ou bien une organisation plus horizontale, avec une circulation de l’information et des procédures adaptées de prise de décision ? La question doit être débattue en se reportant aux modes de communication de demain, et non ceux d’hier. La pyramide n’est pas forcément la bonne solution pour bénéficier du maximum d’engagement et de créativité, tout en assurant une cohérence d’ensemble et une résonnance, au sens physique du terme, entre les forces présentes sur un territoire ou dans une collectivité d’intérêt.

 

La répartition des compétences entre Paris, sa région et les départements qui la composent, les communes limitrophes, les syndicats spécialisés (eau, déchets, énergie, transports), et l’Etat sous toutes ses formes, présente assurément une difficulté majeure à surmonter pour assurer une bonne dynamique de notre capitale. La concurrence internationale est rude, Paris et l’Ile-de-France perdent des points. Faut-il pour autant un Grand Paris, toujours XXL, ou une région communicante, de la connaissance et du dialogue. Un bassin de vie où l’on se parle, où la résolution des problèmes communs prenne le dessus face aux conflits politiciens et à l’affirmation d’égos, ou des structures de dialogue et de résolution de conflits soient mises en place. Faut-il un grand projet, ou une multitude d’innovations portées par une multitude d’acteurs reliés entre eux ? François-Hélène Jourda en appelle à l’urgence du doute[4], et préconise de ne jamais penser définitif. Les défis du développement durable ne trouveront pas de réponse imposée, mais d’une adhésion de tous à de nouveaux modèles de développement. De grandes perspectives aident à se figurer l’avenir, et permettent de réagir. L’initiative du Grand Paris est formidable à ce titre. Mais elle ne fait qu’ouvrir le débat, elle ne le clôt pas.


prochaine chronique : Villes

[1] Réseau, chronique du 26/05/2008

[2] On pourra se reporter sur ce point aux chroniques Masse (21/02/2008) Petit (25/12/2006 et n°52 dans Coup de shampoing sur le développement durable, www.ibispress.com )

[3] Paysage (16/04/2007)

[4] L’urgence du doute, de Françoise-Hélène Jourda, dans les Cahiers de l’observatoire de la ville, n° 3, décembre 2008, Peut-on faire du développement durable un levier d’attractivité pour la région capitale ?

Publié dans developpement-durable

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