Cabine.

Publié le par Bidou

Trop tôt pour la cabine de bain, du moins sous nos latitudes. Parlons des cabines de bronzage, qui fonctionnent déjà à plein régime. Pas de chance, elles sont dangereuses. Tous ces rayons ne font pas que du bien. Dans un récent congrès de dermato, les américains ont mis en évidence ce dont on se doutait, les lampes à bronzer provoquent des cancers de la peau. Résultat, une interdiction en Amérique, qui entraîne instantanément, non pas le retrait de ces matériels, mais un effort commercial à l’export. Nos amis Britanniques semblent être une cible privilégiée, le soleil est sans doute trop chiche outre manche ! La conclusion de cette petite anecdote est claire : mon produit est mauvais, il est destiné à être interdit, vite inondons le marché avant qu’il ne soit trop tard. Une conclusion trop banale, mais qui mérite qu’on s’y arrête un instant.

L’affaire des cabines de bronzage n’est qu’un avatar d’une manière de faire bien établie, et de longue date, même si elle n’est pas durable. Quand un problème se manifeste, je préfère trouver une réponse en allant plus loin, ailleurs, plutôt que de résoudre le problème au fond. La fuite[1] en avant. Plus de ressource, comme l’énergie fossile ou l’eau potable ? Je vais en chercher plus loin, je prends le contrôle de nouveaux gisements, je creuse plus profond. Je ne remets pas en cause mon mode de production, ça serait beaucoup trop pénible ! Pareil pour les débouchés et pour les rejets. Mon produit est indésirable ici ? Je le fourgue là !

Les applications de ce principe antidurable sont multiples, et donnent parfois de bons résultats, par contagion[2], d’une certaine manière. On lui doit, par exemple, le contrôle technique des véhicules en France. Il a été crée d’abord en Allemagne. Tous les rebuts de ces contrôles ont passé la frontière pour envahir le marché français de l’occasion. Déséquilibres en chaine, l’occasion et le neuf étant fortement liés. Alors vite fait, on instaure le contrôle technique en France. Ouf !

Ce n’est donc pas la vertu[3], le souci de sécurité ou d’environnement, qui a dicté cette mesure, mais la nécessité économique. Dommage que les maisons ne circulent pas : le contrôle technique de la qualité des constructions aurait aussi été mis en place, ce qui nous aurait évité bien des problèmes. Le coût de l’énergie et l’effet de serre conduisent aujourd’hui à ce genre de contrôle, mais bien tardif : l’amélioration du parc immobilier construit antérieurement aux premiers chocs pétroliers constitue aujourd’hui un problème majeur, en termes de qualité de vie, d’environnement et d’argent.

Les écarts entre pays dans les exigences réglementaires et les contrôles sont à l’origine de bien des scandales. Rappelez-vous les cargos bourrés de déchets toxiques, souvent de vieux rafiots, d’ailleurs, prêts à sombrer à la première tempête, qui erraient à la recherche d’une destination. L’opération devait se faire discrètement, sans témoins, dans les décharges de grandes villes Africaines par exemple, entraînant de graves problèmes de santé pour les populations locales. Une alerte lancée par une ONG, et voilà le beau schéma qui s’écroule. Le principe du bon débarras est enrayé, et c’est très difficile de l’appliquer quand les projecteurs de l’actualité sont braqués sur vous.

Les différences de réglementation peuvent être aussi mises à profit. C’est même un moteur de progrès[4]. Je prends une avance technologique et je tente de la rendre obligatoire, en droit ou dans les faits. Je me trouve ainsi en position très avantageuse. Je construis des voitures très peu polluantes, très économes, et je fais pression pour que les règlements se durcissent, éliminant ainsi mes concurrents, ou les mettant en difficulté. C’est le bon côté de la concurrence, celle qui fait progresser la qualité, à condition que ladite qualité soit bien définie, que les autorités publiques nationales ou supranationales (Union européennes, OIT, OMS, etc.) jouent pleinement leur rôle d’intégration de ces progrès dans les références et les corpus réglementaires.

L’opinion et les démarches volontaires d’entreprises peuvent aussi jouer un rôle déterminant. Réduire l’empreinte écologique d’un produit, un ordinateur par exemple, peut devenir un argument de vente bien avant que telle ou telle loi nationale ne vienne interdire l’usage d’un composant jugé trop pénalisant pour l’environnement.

Revenons aux cabines, aux cabines de pilotage cette fois-ci. Elles doivent permettre de voir loin, et sur tout l’horizon, 360°. Trop souvent le regard du pilote, fixé sur un cap, est enfermé dans des œillères. Son champ de vision est trop étroit pour qu’il puisse avoir un jugement sûr et qu’il trouve le bon chenal par où progresser. Le développement durable a besoin de vigie !

 

Prochaine chronique : Patron

[1] Fuite, chronique du 01/03/2007

[2] Contagion (10/09/2007)

[3] Vertu (15/03/200)

[4] Progrès (02/10/2006)

Publié dans developpement-durable

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