Lisbeth

Publié le par Bidou

Nous allons parler ici le Lisbeth Salander, héroïne du best seller Millenium[1] de Stieg Larsson. Voilà un caractère bien trempé. Il trouve sa place dans ce blog parce qu’il illustre parfaitement ce que peut être un héros durable, et que le voyage au pays des mots rencontre inévitablement des noms de personnage.

Ce billet prolonge aussi ceux consacrés à la morale et aux péchés capitaux. Lisbeth est en effet indifférente à la morale. Ce n’est pas son affaire, comme en témoignent sa vie sentimentale, son rapport à l’argent et au travail. Cela ne l’empêche pas de se montrer totalement durable par son comportement, avec ses 42 kg et son mètre cinquante.

Revue des qualités qui font de Lisbeth un héros durable.

Elle sait ce qu’elle veut, et décide elle-même de son avenir. Indifférente aux sirènes de la société de consommation, elle choisit son mode de vie et détermine ses besoins, d’ailleurs frugaux en général. Elle est autonome, qualité au double bénéfice au pays du développement durable : elle assume l’entière responsabilité de ses décisions, et ne se sent pas liée par des conventions, des usages hérités de circonstances bien différentes de celles de la vie moderne.

Elle est pragmatique. Pas de dogme dans sa pensée, elle est ouverte sans préjugé aux choses de la vie, tout en préservant quelques valeurs qui structurent son comportement.

L’amoralité ne signifie pas absence de valeurs. Elle en a deux qui dominent, pour lesquelles elle se bat depuis son enfance, et qui lui ont coûté très cher : la lutte contre l’injustice, et le droit des femmes. Le sort de sa mère l’a fortement marquée, et tout de suite elle a décidé de réagir, contrairement à sa sœur, bien sage, qui se voilait la face. Elle a appris à affronter des adversaires bien plus forts qu’elle, ce qui accroît sa durabilité.

Elle joue avec les forces des autres. Elle ne compte pas sur eux, elle s’entraîne et se forme au combat, à la boxe notamment. Mais elle sait qu’il faut aussi se servir de sa tête, et qu’il est vain de tenter de tout faire soi-même, en force, alors qu’il est possible d’exploiter les évènements, les forces des hommes qui en font un usage immodéré.

La connaissance. Elle accorde une grande importance à la connaissance des personnes qu’elle fréquente. Elle emploie pour cela des moyens parfois répréhensibles, il faut le reconnaître, mais elle est comme Zorro ou Robin des Bois, elle n’en profite qu’avec les méchants. Ceux-là n’ont qu’à bien se tenir, les autres n’ont rien à craindre.

Pour fouiller dans les affaires des autres, elle est remarquable de technicité. L’informatique, Internet, et les moyens de se promener tranquillement dans les univers des autres, dans leurs secrets, elle maitrise parfaitement, seule ou avec quelques complices. Elle a compris que son indépendance d’esprit et de mode de vie passe par la technique. Il faut être au top, connaître les dernières innovations, si l’on veut ne compter que sur soi-même. Vous pourriez objecter que le bilan carbone de toutes ses connexions informatiques n’est pas fameux, c’est sans doute vrai, mais il faut mettre en balance la puissance du système qui s’est attaqué à elle et auquel elle est confrontée.

Ses armes sont surtout immatérielles. Une mémoire et une agilité d’esprit phénoménales, qui lui permettent d’anticiper, de comprendre ce qui se passe, d’envisager toutes les situations.

Analyse les conséquences. Tel est son mot d’ordre quand elle doit prendre une décision difficile. On est dans un avatar de l’étude d’impact : avant de décider, j’envisage les effets de mon projet, directs et indirects, et j’en tire les enseignements. Résumons : fortes capacités physiques et mentales, détermination[2] à toute épreuve, ouverture d’esprit et indépendance, tout ça avec une réelle générosité et une grande exigence sur la dignité humaine, voilà un beau cocktail, aussi loin de la trilogie habituelle du développement durable que de la morale traditionnelle. Et pourtant tous les ingrédients sont là pour bâtir le monde de demain, avec la mémoire du passé mais pas de nostalgie, ni d’attache qui empêcherait de concevoir une vie différente de ce que nous avons connu, fondée sur des valeurs d’humanisme, une grande sensibilité et une intelligence hors du commun. Une véritable héroïne moderne, du 21e siècle.

Bravo Lisbeth, tu es bien dans la ligne du développement durable.

 

Prochaine chronique : Adolescence

[1] Actes Sud, 2006, pour l’édition française.

[2] Détermination, chronique du 13/03/2008)

Publié dans developpement-durable

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