Morale

Publié le par Bidou

L’examen des 7 péchés capitaux au filtre du développement durable nous a permis de pendre du recul par rapport à la morale traditionnelle[1]. Ce n’est ni la gourmandise ni l’envie qui ne sont pas durable, encore moins la luxure et la colère, mais la bêtise, c'est-à-dire un usage irréfléchi de ces péchés capitaux. L’avare intelligent chouchoute sa poule aux œufs d’or, la planète en l’occurrence, alors que son homologue stupide se retrouve gros-Jean comme devant.

L’entreprise de dé-moralisation du développement durable, lancée en bonne résolution au l’aube de l’année 2009, se trouve ainsi illustrée. On pourrait continuer, car il y a de nombreux autres péchés, comme l’égoïsme et la méchanceté, mais nous nous en tiendrons là pour l’instant.

Le billet Résolution[2] qui accompagnait mes vœux a provoqué quelques réactions qui méritent d’être reprises. Pour certains, il s’agirait plutôt de changer de morale. A celle du sacrifice et de la souffrance rédemptrice, portée depuis des siècles par les religions dominantes chez nous, substituons celle du plaisir, que d’anciennes religions ont jadis portées tout aussi bien. Pour d’autres, la morale est la traduction concrète d’un accord sur le mode de vie et des règles de comportement partagées au sein d’une communauté.

Et bien d’accord. Le mot morale a plusieurs significations, et la dé-moralisation engagée n’en concerne qu’une seule, celle de la flagellation salvatrice. Il est possible, et même recommandé, de prendre du plaisir à  la vie tout en préservant la planète et l’avenir de nos enfants.

Il faut pour cela des lois et un consensus sur des grandes orientations. C’est le fameux contrat social, négocié entre les hommes pour une vie commune qui favorise l’épanouissement de chacun. Le développement durable est alors au cœur de cette définition de la morale. Ce n’est pas  une apologie de la privation, et il faut le dire clairement à nos concitoyens intéressés par le développement durable mais inquiets de la discipline qui semble l’accompagner. La société d'abondance est un concept tout récent, et même encore une chimère pour beaucoup. Elle constitue le modèle d’une quantité de gens qui croient y accéder juste maintenant. Leur dire qu'ils se sont trompés, ou qu'on les a trompés, est une révélation insupportable, qui sera rejetée sans analyse par une large part d’entre eux, une part largement majoritaire de la population de notre pays.

L'idée est donc de chercher ensemble une autre forme de richesse, plus immatérielle évidemment, d'ordre culturel notamment, pour substituer un modèle non prédateur au modèle actuel. Pas de privation, mais une évolution dans les modèles de référence, par rapport auxquels chacun mesure ses progrès[3] et son évolution personnelle dans la société. Faites l'amour, pas la guerre[4] n’est-elle pas une bonne image de la substitution d'une pulsion « douce » à une pulsion prédatrice d'hommes et de nature.

 

L’idée du bien et du mal, de la faute, de la peine, et de la rédemption, donne une vision de la morale bien trop répandue dans l'argumentaire sur le développement durable. Pour décider chacun d’entre nous à bouger, il faut lui proposer un avenir enrichissant (moralement parlant si l'on ose dire, c'est-à-dire socialement, dans les relations que chacun développe avec son entourage) et non la perspective d’un châtiment que nous aurions d’ailleurs bien mérité.

Le développement durable est porteur d’une morale, mais pas celle que de bons apôtres tentent souvent de nous imposer. Ce n’est pas une question de bien ou de mal, mais une affaire pratique, qui ne verra pas sa conclusion dans un autre monde, mais dans l’avenir de ce monde où nous vivons.

 

Prochaine chronique : circulaire 

 

 



[1] Voir les chroniques Orgueil (05/01/2009), Envie (12/01/2009), Avarice (19/01/2009), Gourmandise (26/01/2009), Luxure (02/02/2009), Colère (09/02/2009), Paresse (16/02/2009)

[2] Résolutions (01/01/2009

[3] Progrès (02/10/2006)

[4] Voir la chronique Luxure (02/02/2009)

 

Publié dans developpement-durable

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Laurent Samuel 21/04/2009 16:31

je suppose qu'il s'agit de prendre (et non  de pendre)  du recul !faute de frappe et blague à part, je suis d'accord avec cette analyse...Laurent