Miracle

Publié le par Bidou

Pour faire plaisir aux ligues anti alcooliques, je ne vous parlerai pas d’eau changée en vin, mais de sacs en plastique qui se subliment en routes. Ça se passe au Niger : Les sacs en polyéthylène sont déposés dans un fourneau à ciel ouvert et mélangés à du sable. La pâte obtenue est ensuite déposée dans des moules et refroidie avec de l'eau. Une fois durcie, cette pâte devient pavés qui selon le ministère des travaux publics nigérien sont plus solides que les pavés traditionnels à base de ciment. Telle est la recette de ce miracle, présentée dans Le Moniteur.fr[1] alchimie de la transmutation du plomb en or, réussie cette fois-ci. Vous vous inquiétez pour la santé des travailleurs qui respirent les émanations de la cuisson de la pâte ? Une analyse menée en Suisse, dans une école d’ingénieurs à Fribourg, vous rassurera. Le miracle n’as pas d’effet négatif[2], il permet juste de trouver un débouché pour les milliers de sacs qui polluent la ville, les champs, et les décharges. 600 tonnes ont été ramassées dans un seul quartier de Niamey, par le réseau d’artisan à l’origine du miracle.

Un autre miracle mérite d’être signalé, en Alsace cette fois-ci. L’intensité[3] est en marche, la multiplication non pas des pains mais des utilités pour un même objet. Les églises ont des toits[4] immenses, et bien orientés pour la moitié d’entre eux. Les nefs tournées vers Jérusalem, plein Est, offrent des toits plein Sud, sans ombre compte-tenu de leur hauteur, idéal pour collecter de l’énergie solaire. Une première vient d’être réalisée, à Leutenheim, dans le Bas-Rhin[5], après la constatation de la précarité qui caractérisait à la fois le toit et les finances communales. Comment faire les travaux et préserver le patrimoine de ce village de 900 habitants, sans mettre en péril son équilibre budgétaire ? Au lieu de refaire le toit en tuiles, une face a été couverte de capteurs photovoltaïques, 260m² exactement. L’électricité vendue au prix de 55c/kWh permet de rembourser en 15 ans l’emprunt nécessaire à cet investissement supplémentaire. L’exemple est venu de haut, de très haut même : Le toit de la salle Paul VI au Vatican, de 5000 m², a lui-même été couvert de 2400 panneaux photovoltaïques, capables de chauffer, rafraichir, éclairer la salle, et ses 6 300 places. Le Dieu Soleil à l’honneur à Rome, un vrai miracle œcuménique !

Le miracle pourrait faire des petits. Le Moniteur a calculé que si toutes les églises de France, converties subitement à la lutte contre le réchauffement climatique, s’équipaient de capteurs, la puissance du parc photovoltaïque français passerai de 175 MWc à son objectif de 5400 en 2020.

Ce serait bien exagéré, et bien dommage de voir tous les toits de toutes les églises adopter la même allure. Non à la solution unique[6] ! Il faut trouver d’autres réponses. Le blanc. Un autre miracle en perspective. Si tous les toits du monde étaient blancs, comme dans les iles grecques, nous gagnerons deux ans de répit sur l’effet de serre. Des chercheurs ont calculé que ces surfaces réfléchissantes renvoyaient des calories vers le ciel, par rayonnement. Chacun sait que le blanc n’absorbe pas la chaleur. Et bien, si tous les toits du monde s’y mettaient, ils feraient descendre la température moyenne de la planète de l’équivalent de 2 ou 3 années de  réchauffement. Ce n’est pas rien, quand on est engagé dans une course[7] contre la montre pour maîtriser le réchauffement. Là encore, quelle tristesse de voir nos tuiles, plates ou romaines, peintes en blanc, ainsi que nos toits d’ardoise. Sans parler du chaume et des toitures végétalisées qui n’auraient plus droit de cité. Encore une solution intéressante, mais qui restera partielle.

Il faut encore trouver autre chose. Pourquoi s’arrêter aux toits ? Il y a aussi les murs ! Il est possible de transformer les façades des immeubles de grande hauteur existants en composants actifs, producteurs d’énergie renouvelable. C’est un pari que prend l’Europe, qui vient de lancer un programme d’envergure sous le nom de Cost-Effective. 26 partenaires, 4 années de travail, et 11 millions d’euros pour faire de chaque immeuble une centrale d’énergie. On l’a imaginé pour les maisons neuves, à énergie positive[8], et voilà qu’on nous le promet pour les bâtiments anciens. On va finir par croire au miracle !


Prochaine chronique : Paresse, pour en finir avec les péchés capitaux.

[1] Daté du 3 février 2009

[2] Négatif, chronique du 14/04/2008

[3] Intensité (08/05/2007)

[4] Toit (05/10/2006)

[5] Source : toujours le Moniteur.fr

[6] Unique (06/12/2007)

[7] Course (14/08/2008)

[8] Positif (17/05/2007)

Publié dans developpement-durable

Commenter cet article