Rebond

Publié le par Bidou

La crise peut-elle engendrer une ère nouvelle, sur d’autres bases, plus saines et plus durables ? C’est ce qui s’appelle rebondir, après avoir touché un fond. Le risque[1] est grand que l’angoisse qui accompagne toute crise ne provoque un repli, un retour en arrière, sur des valeurs « sures », justement celles qui nous ont menés là où nous en sommes. Pas de chance ! Le rebond ne s’improvise pas, il faut des alternatives qui fassent envie[2], des modèles de société et de développement qui présentent une perspective crédible, à la fois rassurante et alléchante. La crise est une injonction à changer. L’avenir n’est pas écrit, et tout changement comporte des risques. C’est un saut dans l’inconnu qu’il faut faire, en choisissant quelques principes d’action et quelques orientations que le développement durable permet de définir. Mais ce n’est surement pas un long fleuve tranquille. Les aventuriers pourront être intéressés, les entrepreneurs aussi, mais ce n’est pas suffisant. Il faut entraîner le plus grand nombre, si l’on veut un véritable rebond. Arrêtons de présenter le développement durable comme imposé par des évènements que l’on ne contrôle pas, mais comme une occasion de découvrir de nouveaux espaces, espaces d’expression, de rencontres, de création. Les adhésions seront alors plus sincères, plus enthousiastes, et de ce fait plus efficaces. N’allons pas vers le développement durable à reculons.

Le rebond est parfois négatif. On parle d’effet rebond quand les progrès[3] provoquent des effets pervers, qui en anéantissent le bénéfice. On en parle beaucoup à propos de l’énergie. Les moteurs des voitures sont plus performants ? Et bien, ça me permet d’en acheter une plus grosse, mieux équipée donc plus lourde, avec la clim et un super radio. Au final, je consomme plus qu’avant, malgré le progrès, certains dénoncent à cause du progrès. Celui-ci semble nous libérer de certaines contraintes, et poussent alors à des excès impensables avant, ou qui étaient bien trop cher pour le commun des mortels.

Nous l’avons vu dans ce blog avec les écrans[4] de télévision. Les écrans plats consomment moins à surface égale, mais quel plaisir de pouvoir s’offrir enfin de grands écrans sans s’imposer un monstre qui pèse trois tonnes et occupe une place folle ! Le gain d’efficacité est immédiatement repris et dépassé. Voilà de quoi nous décourager. A quoi bon se décarcasser pour trouver des solutions astucieuses, si elles sont retournées et continuent à alourdir notre empreinte sur la planète. C’est une sorte de course[5] poursuite qui est engagée, comme celle qui oppose les voleurs et les monte-en-l’air d’une part, aux serruriers et autres spécialistes de la sécurité d’autre part. Une course qui serait sans fin si le monde était infini, mais nous savons que ce n’’est pas le cas. Une course qui ne peut que nous conduire dans une impasse si elle n’est pas infléchie.

L’exemple de la sécurité routière montre que le pire n’arrive pas toujours. Malgré un nombre bien plus élevé de kilomètres[6] parcourus, le nombre des victimes d’accidents à bien baissé. Dans un premier temps, on a parlé du risque constant : au fur et à mesure que les voitures devenaient plus sures, les routes mieux conçues et entretenues, les automobilistes se sentaient plus en sécurité et prenaient de fait plus de risques. Les progrès étaient ainsi réduits à néant par la perception qu’ils donnaient. Il fallait les accompagner d’une action complémentaire sur les comportements, en associant un effort de communication à la peur du gendarme.

Il faut toutefois une détermination durable et sans faille pour parvenir à de tels résultats. Le spectacle très violent des accidents de la route a permis la mobilisation, et l’on peut craindre que des phénomènes plus progressifs, tels que la perte de biodiversité, aient plus de mal à déclencher la même détermination.

Reste le nerf de la guerre, le prix[7] des choses. Le levier le plus efficace pour réduire la consommation de carburant a été la hausse du prix du pétrole, hausse significative et brutale, même si elle est suivie d’une baisse. L’opinion a pris conscience du danger qu’il y a à rester dépendant d’une ressource dont le prix n’est pas maîtrisé. Voilà un bon moteur de progrès, car il n’est pas question pour autant de se priver. Il faut donc des techniques plus sobres, une efficacité fortement accrue pour disposer d’une qualité de service équivalente. Avec le même argent, j’achèterai moins de ressources, mais je me débrouille pour ne pas réduire pour autant ma qualité[8] de vie. Moins de pression sur la planète pour le même plaisir : nous voilà sur le bon chemin. L’effet rebond est jugulé.

Le progrès, comme toute dynamique, s’emballe vite s’il n’est pas pourvu d’une courroie de rappel. Des réactions en chaine s’installent, et poussent au crime de proche en proche. Le réinvestissement automatique des gains nous entraine dans une spirale non durable par nature. L’effet rebond doit-il condamner le progrès ? Non, il nous incite juste à accompagner le progrès, par toutes sortes de moyens, communication, réglementation et sanctions, levier des prix, sans doute bien d’autres et souvent un mix de tous ces moyens. C’est en maîtrisant l’effet rebond que l’on parviendra à rebondir pour sortir ressourcés de la crise.



Prochaine chronique : Luxure, dans la série des péchés capitaux.

·         [1] Risque, chronique du 26/06/2006 et n°64 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com )

·         [3] Progrès (02/10/2006)

·         [6] Kilomètres (23/03/2006 et n°36 dans Coup de shampoing)

·         [7] Prix (26/02/2007)

·         [8] Qualité (02/04/2006 et n°60 dans Coup de shampoing)

Publié dans developpement-durable

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