Avarice

Publié le par Bidou

Une affaire de cassette, bien sûr, mais qu’y a-t-il dans la cassette ? Le capital[1] de la planète fout le camp, je ne blâmerai pas ceux qui en sont avares, et qui tentent de le conserver.

Voilà une transposition bien complaisante de l’avarice, me direz-vous. Chacun jugera, mais l’important ne serait-il pas de tenir des comptes ? C’est bien triste, vous auriez préféré que l’important fût la rose, mais ça n’empêche pas.

Compter, faire des bilans, accumuler des richesses. Des vertus d’avare, qui ne sont pas à négliger pour autant quand on s’intéresse au développement durable. Il faut capitaliser, accumuler des richesses et les conserver. Il faut aussi les faire fructifier, qu’elles rapportent tout en prenant de la valeur. Il n’est pas interdit à l’avare d’être intelligent. Il n’est pas obligé de tuer la poule aux œufs d’or. S’il est malin, il la chouchoute, comme on aimerait bien que la planète le soit. Il guette les œufs d’or, comme nous devrions nous émerveiller des richesses que la nature nous procure.

Il y évidemment des avares idiots, qui s’assoient sur leur tas d’or et le stérilise. Tout comme, dans la série des péchés capitaux, nous avons vu des orgueilleux qui placent mal leur orgueil[2], et des envieux rongés par leurs envies[3], et donc malheureux comme les pierres.

Il faut reconnaître que l’aspect un peu mesquin de l’avare est agaçant. Ce n’est pas l’orgueilleux magnifique, stupide mais rigolo dans sa superbe. Eteins la lumière ! La barbe, pour ne pas dire la peste en hommage à Molière, que ces avares et ces avaricieux qui nous demandent d’économiser. Il serait tellement plus facile de laisser le robinet couler, la lumière[4] allumée, les fenêtres ouvertes sur le chauffage brulant. L’avare est constant dans son péché capital, il le vit au quotidien, l’applique à la multitude des choses de la vie, jusque dans les détails.

Son souci de l’économie en fait quand même un bon écolo. Il fait de l’auto stop, ça coûte moins cher que d’avoir une voiture ; il récupère les restes, pour ne pas gaspiller. Il achète malin, récupère ce qu’il peut, fait le soldes. Il utilise tous les tuyaux pour ne pas dépenser : non aux emballages tape à l’œil, oui à l’eau du robinet. Il y fait attention, à son robinet : pas de goutte qui goutte, le compteur tourne, ça coûte une fortune ! L’avare se jette sur les ampoules économiques, tant il tient à son bel argent ! Il préserve son pouvoir d’achat en cultivant son jardin et en marchant à pied.

Le développement durable et l’avarice font donc bon ménage, quand il s’agit de lutter contre le gaspillage, de faire attention, tout simplement.

L’avarice se décline aussi collectivement. Les villes sont amenées à faire des économies, surtout en période de crise. Elles se sont aperçues qu’elles pouvaient gagner beaucoup d’argent en modulant leurs dépenses. Une gestion différenciée des espaces verts, de l’éclairage public, par exemple, tout simplement en traitant différemment des espaces différents, fait gager beaucoup d’argent. C’est bon, ça, dit l’avare en se frottant les mains. Et pourquoi donc fallait-il absolument tondre ras les terrains de jeu des enfants, pourquoi donc fallait-il éclairer vivement et toute la nuit des espaces à peine fréquentés ? L’avarice rend malin, manifestement. Au lieu de dépenser son or, l’avare cherche d’autres solutions. Au lieu de dépenser les ressources de la planète, son pétrole comme son patrimoine biologique, nous pourrions aussi nous montrer avares de ces richesses. Ne tirons plus de chèque en blanc sur la planète et ses ressources, laissant à nos descendants le soin de rembourser nos dettes.

Voilà donc notre avare bien sous tous rapports, pour ce qui est du développement durable. Pour peu qu’il soit aussi orgueilleux et envieux, il en sera une vedette !

 

Au cours de ce petit bout de chemin avec l’avarice, péché capital et durable à la fois, nous avons croisé dix mots déjà publiés dans le blog du développement durable, entre le 22 juin 2006 et le 19 août 2008 : Quotidien, auto-stop, restes, soldes, tuyau, robinet, compteur, achat, différent, chèque. Comme pour les autres péchés capitaux, les voici réunis en un bouquet, composé à la gloire du vice et du développement durable. Bouquet-Avarice.pdf Bouquet-Avarice.pdf



Prochaine chronique : Kérosène, en attendant la gourmandise pour la semaine prochaine.

[1] Capital, chronique du 22/02/2007

[2] Orgueil (05/01/2009)

[3] Envie (12/01/2009)

[4] Lumière (14/12/2006 et    n°39 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com )

Publié dans developpement-durable

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