Pressing

Publié le par Bidou

Peut-on avoir un pressing écologique ? La mode est aux vêtements bio. Coton, laine, les fibres animales ou végétales sont issues de l’agriculture biologique. Si les producteurs en vivent bien, et si les consommateurs sont contents, pourquoi pas ? Mais tout fout le camp quand vous portez votre manteau au pressing. La fibre si bien cajolée par la chaine de fabrication se trouve jetée en pâture au perchloréthylène (perchlo pour les intimes), et autres solvants. Il en restera toujours un peu qui restera dans la texture de votre vêtement, que vous respirez doucement en continu. Patatras ! Tout est à refaire. Il ne serait pas très écolo de profiter des soldes[1] pour jeter votre manteau sali pour le remplacer par un autre, quel gâchis ce serait ! Il faut donc trouver une solution. Voilà pour le côté consommateur.

Côté teinturerie, et personnel des ces magasins, ce n’est pas mieux. Les effluves de solvants ne sont pas bons pour la santé. Le client ne fait que passer dans les boutiques, mais le personnel y passe huit heures par jour. Il faut donc ventiler, capter les émanations que l’on n’a pas pu éviter et les envoyer ailleurs. L’usage de produits dangereux ou toxiques est réglementé. Les établissements qui les emploient sont classés au titre de l’environnement, et doivent satisfaire des exigences précises. Une campagne de contrôles a eu lieu courant 2008[2]. Au menu, l’étanchéité des machines, les rejets de perchlo dans les locaux, ventilation et rejet d’air vicié. Le résultat est consternant. Plus des deux tiers des teintureries visitées ont été mises en demeure de se mettre en conformité. Un plan d’action a été mis sur pied pour réagir durablement : Plus de contrôle, formation et information des professionnels, évolution de la réglementation pour mieux encadrer les émissions de polluants. Ajoutons un peu de R&D pour accompagner le mouvement. En perspective, le remplacement du perchlo par d’autres produits moins polluants. C’est que le perchlo n’est pas une substance anodine. D’accord, il est efficace pour dissoudre les tâches, mais il est du genre toxique : Cancérigène « probable », il est mauvais pour le système nerveux, les reins, les voies respiratoires et les yeux. Il peut donner des vertiges, des nausées et une somnolence pouvant aller jusqu'à des évanouissements. Ce serait pas mal de pouvoir s’en passer.

Certains n’ont pas attendu les contrôles de l’an dernier pour le faire. Des techniques alternatives ont vu le jour au début des années 2000, et commencent à se développer en France. Le C02 trouve là un débouché surprenant. Sous forme liquide, il est incorporé à un détergent efficace et non toxique. Ça été la première piste, remplacée depuis par celle de la silicone, produit issu de la pétrochimie. General Electric et Procter et Gamble sont partenaires de cette technique, qui a adopté un nom de marque Clean Earth, et se développe dans des magasins sous enseigne Sequoia. Une autre piste est un lavage à l’eau, très doux avec des détergents biodégradables. Selon les industriels qui les produisent, les techniques s’appellent wet cleaning, ou aqua cleaning et sans doute bien d’autres encore. Les prix restent du même ordre de grandeur que ceux des pressings traditionnels. Il faut un peu plus de main d’œuvre, mais qui s’en plaindra en ces temps de chômage ?

Reste que ces formules nouvelles sont controversées. Le procédé à la silicone présenterait d’autres dangers pour la santé, les eaux usées des procédés à l’eau viendraient encombrer les stations d’épuration, non prévues pour ce type d’effluents. Bref, rien n’est simple, et il ne faut pas croire que l’on parvient du premier coup à LA bonne technique. L’important est de se bouger, de chercher à sortir de la dictature d’un produit unique[3], le perchlo, quand on connaît les défauts. Ces nouvelles techniques doivent faire leurs preuves, les défauts qui seront identifiés devront être pris en compte, et il y aura peut-être une mortalité dans ces techniques. Toutes ne sont pas appelées à un avenir radieux, mais toutes méritent d’être explorées et expérimentées. Le nettoyage est une activité triviale, mais vitale, et les enjeux sont considérables. Le développement durable s’invite partout, même chez votre teinturier !

 

 Prochaine chronique, sur la piste des péchés capitaux : l'envie



[1] Soldes, chronique du 17/01/2008

[2] On trouvera les résultats de ces contrôles sur www.actu-environnement.com du 12 décembre 2008.

[3] Unique (06/12/2007)

Publié dans developpement-durable

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