Orgueil

Publié le par Bidou

Il ne faut pas manquer d’orgueil pour promouvoir le développement durable. Tant pis si c’est un péché !

L’ambition est grande de prétendre retourner une situation bien compromise. Dans quel état avons-nous mis la planète et ses populations ? Records d’inégalités, crises financières et alimentaires réunies, changement climatique, patrimoine biologique menacé sur terre et dans les mers, etc. Pour corriger le tir, nous ne disposons pas de marge[1], pas d’une ressource cachée, d’une réserve que l’on pourrait jeter sur la balance pour rééquilibrer les plateaux des prélèvements et des créations de richesses. Ce serait plutôt le contraire, puisque nous consommons plus que ce que la terre ne produit, et cela depuis une vingtaine d’années, et que ça ne s’améliore pas. L’arrivée dans la société de consommation de populations considérables, celles des pays émergents, complique encore la tâche, et ajoute au niveau d’orgueil dont il faut faire preuve pour affirmer que l’on fera vivre convenablement 9 milliards d’humains d’ici 2050, alors que l’on arrive difficilement à en faire vivre 6 aujourd’hui.

Notre seul joker est nous-mêmes, l’humanité, l’intelligence humaine. Le talent[2]. Et nous y croyons, nous affirmons que le développement durable est la réponse à ce défi formidable que nous devons relever. Si ce n’est pas de l’orgueil, je ne sais plus ce que ce mot veut dire. Voilà donc un des péchés capitaux au service du développement durable.

Il est vrai que l’orgueil a souvent joué dans le camp adverse, et qu’il y joue encore de temps en temps. Le sentiment de pouvoir mettre le monde entier à sa merci, de pouvoir l’exploiter sans rendre de compte, de prétendre maîtriser les lois de la nature et de refaire le monde à sa convenance, est toujours présent. L’orgueil a de mauvais côtés. Il a surement le don d’aveugler les dirigeants. Le besoin d’exprimer sa puissance a été à l’origine de la dégringolade, comme on a pu le voir dans ce blog au sujet des statues de l’Ile de Pâques. Changeons d’orthographe et de sens du mot, le statut social, ou le statut politique des états est bien souvent à l’origine de dérapages, d’exigences de d’envies démesurées. Le statut est aussi un signe de reconnaissance en réponse à des prises de responsabilités ou à des exploits. L’exploit est à la mode, mais souvent vide de sens et réalisé au détriment d’autres protagonistes, dans des compétitions. La bonne compétition, celle qui justifie les exploits et procure un orgueil légitime est celle du progrès collectif qui permettra de donner aux 9 milliards d’humain des conditions de vie durables. Elle ne s’engage pas contre des adversaires, mais avec des partenaires, pour un exploit partagé.

De même, les records à rechercher ne consistent pas à aller plus vite que l’autre, mais à mieux tirer partie des ressources de la planète. Le tour du monde à la voile et en solitaire, ça crée de l’émotion et tant mieux, mais quel sens donner aux records ainsi établis s’ils ne sont pas converti en utilités, en économies d’énergie pour la pêche et le trafic maritime par exemple.

Le besoin de briller, bien normal, est un levier dont le développement durable peut et doit se servir. Devenir un maître dans une discipline est un objectif plein d’orgueil, mais soyons exigeants sur les conditions d’accès à ce niveau, tirons vers le haut les compétences[3] de ces maîtres. L’amour du bel ouvrage en est une des prémisses, et l’ambition du développement durable est bien qu’il se généralise, que le niveau général de qualité[4] progresse. Ce sont des réponses de masse qu’il faut trouver, et non une gloire personnelle pour une opération formidable, spectaculaire, mais sans conséquences sur le reste de la production. L’orgueil est encore bien présent, dans cet objectif d’une mobilisation générale, de ne laisser personne sur le bord de la route. Nous voilà en face d’une des contradictions dont le développement durable nous invite à sortir par le haut. Comment se distinguer et briller en société, si l’on doit aussi s’inscrire dans un mouvement de mase ? C’est que la recherche des effets de masse ne doit pas se faire au détriment des individus, les échelles doivent s’emboiter de manière à ce que chacun puisse s’exprimer pleinement. Small est beautifull s’il participe à une action collective dont les effets sont à la mesure des défis à relever. Rassembler toutes les énergies et les talents est une grande ambition. Elle ne se réalisera pas en un jour, et la précipitation que certains manifestent, fille d’une légitime impatience, est aussi provoquée par la crainte d’un délitement de la volonté, d’un découragement qui nous guette. Une dernière manifestation d’orgueil que je vous propose est la détermination, pour ne pas dire l’obstination, pour se donner les moyens de la réussite.


L’orgueil n’est donc en soi ni bon ni mauvais dans la perspective du développement durable. Il y a un bon usage de l’orgueil, comme moteur de l’action, un stimulant. Il convient juste de bien le placer.

 

Chemin faisant, dix mots sont apparus, déjà publiés (du 22 juin 2006 au 3 novembre 2008) dans le blog du développement durable, qui déclinent l’orgueil dans l’univers du développement durable. Un bouquet de mots réunis dans le document ci-attaché : statue, statut, exploit, record, maître, ouvrage, masse, échelle, défi, détermination. Bouquet-orgueil.pdf Bouquet-orgueil.pdf


Prochain péché capital : l'envie. Ce sera la semaine prochaine. Jeudi prochain, Pressing

[1] Marge (02/06/2008)

[2] Talent (15/12/2008

[3] Compétence (19/06/2008)

·       [4] Qualité (02/04/2006                                          n°60

Publié dans developpement-durable

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ED_blog DCE 05/01/2009 12:34

Voilà bien un article très talentueux et stimulant ... qui tombe à pic au moment où nous publions nous-même un article modeste et "délicat" sur environnement et commerce de proximité à Clohars-Carnoët ... dont les commentaires montrent le travail restant à faire. Alors merci à vous (pour ce texte et d'autres).Oui, soyez "orgueilleux-ses" ! Evelyne Dumont - blog doelan-clohars-environnement.over-blog.com