Résolutions

Publié le par Bidou

La dimension morale du développement durable est sans doute un obstacle à sa bonne compréhension. L’adhésion suscitée par des arguments affectifs est souvent fragile, sujette à des revirements ou à un effritement devant l’impuissance et l’absence de résultats immédiats. Bien sûr, la Terre est celle de nos enfants auxquels nous l’empruntons, bien sûr chacun doit faire sa part. Mais ce ne sont que de belles paroles, qui ne disent pas comment faire pour obtenir des améliorations et un retournement de la tendance à la dégradation de la planète.

Le volet moral entretien le sentiment implicite qu’il va falloir souffrir, que l’on a commis des fautes qu’il convient d’expier. Le développement durable est revêtu de bien tristes habits,  et d’attributs peu réjouissants où l’on retrouve pêle-mêle les expressions telles que culpabilité, nécessité, contrainte[1], catastrophe, urgence[2], impasse, peur de l’avenir, et bien d’autres que vous ajouterez de vous-mêmes.

Il n’est pas étonnant dans ces conditions que la mobilisation pour le développement durable ait du mal à prendre corps. L’adhésion, qui progresse malgré tout, relève plutôt de la résignation que de l’enthousiasme, de la prise de conscience d’une obligation que de l’intérêt de la construction d’un monde. La tentation demeure forte de revenir en arrière, pour peu que quelques prophètes sachent nous raconter que l’apocalypse n’est pas pour demain. Pourquoi changer, s’il n’est pas établi que l’on va dans le mur ?

L’adhésion morale au développement durable n’est pas durable. Elle doit être intéressée, épicurienne et même hédoniste, profitable. Le monde qui doit remplacer l’ordre actuel doit être riant, le plaisir y aura toute sa place. Face de carême s’abstenir. Pourquoi ce refus de l’approche morale ? On peut reprocher le côté donneur de leçons, bien insupportable, qui la caractérise le plus souvent, mais ce n’est pas son plus grand défaut. Elle va surtout à l’encontre de la stratégie dite du double dividende[3]. La morale empêche de croire à la logique gagnant-gagnant[4].

Sans nier une responsabilité morale, vis-à-vis des générations[5] futures comme des actuelles, n’en faisons pas l’argument de vente du développement durable. Nous constatons que le monde d’hier n’est plus viable, qu’il faut changer profondément de mode de vie ; il faut trouver un nouveau sens à des mots tels que croissance, civilisation[6], progrès : et bien, considérons que c’est une chance formidable, que l’humanité va vivre une nouvelle étape de son aventure et que c’est passionnant d’y participer. L’innovation est plus enrichissante que la répétition et l’imitation. Si nous n’y étions pas poussés par les évènements, nous nous laisserions facilement aller. L’effet de serre, les formidables inégalités pour l’accès aux ressources, la crise alimentaire, les atteintes répétées à la richesse biologique et notamment à celle des océans, sont autant de stimulants qui nous piquent, et nous obligent au dépassement de soi. Relever des défis[7] est plus enthousiasmant que de se laisser glisser sur un long fleuve tranquille.

En ce début d’année, l’heure est aux bonnes résolutions. Je vous propose celle de promouvoir le développement durable amoral. Dé-moralisons le développement durable ! Pour illustrer cette perspective, je vous propose de poursuivre l’exploration du développement durable à partir des péchés capitaux. Le développement durable aux prismes de l’orgueil, de l’envie, de l’avarice, de la gourmandise, de la luxure, de la colère et de la paresse !

Ce sera ma résolution pour démarrer l’année.

Tous mes vœux pour une année 2009 amorale et durable !


Prochaine chronique : Orgueil

[1] Contrainte, chronique du 08/02/2007

[2] Urgence (14/05/2007)

[3] Dividende (20/11/2008)

[4] Gagnant (06/06/2006)

[5] Générations (23/10/2008)

[6] Civilisation (05/02/2007)

[7] Défis (03/03/2008)

Publié dans developpement-durable

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