Convergence

Publié le par Bidou

Pas de développement durable sans recherche d’efficacité. Il faut sans cesse rappeler, au risque de décourager les romantiques. Ce sera bien une performance d’offrir à 9 milliards de terriens un mode de vie agréable, qu’ils pourront transmettre à leurs enfants. Notre siècle, le 21e, verra la fin de la croissance démographique de l’humanité, la plus sensible peut-être car il faudra répondre en quelques années à une augmentation réelle des besoins, la plus forte que la planète aura du enregistrer depuis sa création. On nous dit déjà qu’il faudrait plusieurs planètes pour satisfaire les appétits des humains, s’ils vivaient trous sur le standard européen, et nous serons moitié plus nombreux d’ici une quarantaine d’années, le temps d’une génération[1]. L’approche idéalisée du développement durable doit être relayée par un solide pragmatisme. La recherche de l’efficacité se fait de multiples manières. L’une d’elle est d’exploiter la convergence de deux besoins, et de faire d’une pierre deux coups. En voici deux illustrations.

 

Les déplacements doux. La marche, le vélo[2], sont deux modes bien intéressants pour le développement durable. En premier lieu, une frugalité énergétique remarquable, et une manière très efficace d’économiser l’espace public en ville. Ne comptons pas sur les modes doux pour assurer la liaison entre des points éloignés, notamment dans les grandes agglomérations, il y a pour cela d’autres solutions, comme les transports en commun et la voiture, quand elle peut rendre réellement service. Mais une part importante de nos mouvements en ville se situe dans un périmètre restreint, pour des utilités quotidiennes et répétitives. Les parcours de plus de cinq kilomètres, un quart d’heure – vingt minutes en vélo, ne sont pas si fréquents. Une bonne partie de nos problèmes de transports en ville serait résolus si les modes doux se développaient et occupaient toute la place qui leur revient. Nous pouvons y ajouter qu’il y aurait moins d’accidents, et nous entrons ainsi dans une autre sphère, celle de la santé publique. C’est là qu’il y a une convergence à exploiter. Bouger fait du bien, c’est même nécessaire à la santé[3]. Les travaux scientifiques en attestent, comme en témoigne la présentation qui a été faite au 3ème Congrès pluridisciplinaire Route et Médecine 2008[4]. Selon la communication de Jean-Michel Oppert et Hélène Charreire, L’activité de marche, même chez les sujets qui ne pratiquent pas d’activité physique d’intensité élevée, est ainsi associée à une réduction du risque de maladie cardiovasculaire et de diabète de type 2. Le fait de se rendre à pied ou en vélo au travail est également associé à une moindre prise de poids sur plusieurs années de suivi. Dans une étude scandinave, une diminution de 30-35% de la mortalité totale a été relevée chez les sujets se rendant au travail en vélo par rapport à ceux utilisant d’autres modes. Voilà une belle convergence, entre économies d’énergie et santé publique !

 

Passons des villes à la planète. Nous voilà avec deux problèmes majeurs à traiter, la lutte contre l’effet de serre, et cette perspective des 9 milliards d’humains en 2050. Nous aurons bien besoin d’une croissance, pour accueillir tout ce monde, mais besoin d’une croissance qui n’épuise pas notre planète. Une croissance plus sobre, plus efficace, puisqu’elle devra répondre à plus de besoins tout en économisant les ressources. Ajoutons que la population d’une partie du monde vieillira inexorablement, ce qui affectera ses capacités de production. L’effet de serre est une approche de maîtrise des rejets, et non d’économie de ressources, mais c’est une formidable pression pour améliorer nos rendements. Les rejets sont des indicateurs de déperditions de toutes natures. La lutte contre les pollutions des industries s’est traduite le plus souvent par une meilleure maîtrise des process, et un gain de productivité. Les polluants évités sont autant de matières premières épargnées. La lutte contre le réchauffement climatique représente incontestablement un effort, mais aussi une formidable source de progrès en tous genres. De nombreux exemples en attestent[5]. L’effet de serre et la croissance ne sont pas ennemis, bien au contraire. L’effet de serre permet d’orienter la croissance, de lui donner le cadre rigoureux dont elle a besoin pour ne pas divaguer et s’orienter vers les besoins auxquels elle doit faire face en priorité.

 

Le double dividende[6] est une des marques du développement durable. La recherche de convergences est une manière d’y parvenir efficacement. On en trouve à toutes les échelles[7] !


Prochaine chronique : Résolutions, les bonnes, bien sûr, pour la nouvelle année. 



[1] Générations, chronique du 23/10/2008

[2] Vélo (10/04/2006)

[3] Santé (11/03/2006 et n°66 dans Coup de shampoing sur le développement durable, www.ibispress.com )

[4] Paris, 27 et 28 novembre 2008, organisé par l’Automobile-Club médical de France, www.acmf.asso.fr

[5] Sur ce point, voir notamment l’article que j’ai publié dans la revue politique et parlementaire (n° hors série Grenelle de l’Environnement, avril 2008) Le développement durable, une logique de dépassement.

[6] Dividende (20/11/2008)

[7] Echelle (03/11/2008)

Publié dans developpement-durable

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article