Reine

Publié le par Bidou

Il ne s’agit pas ici de la reine de Saba, ou de têtes couronnées. Encore moins de pizzas, ni d’abeilles, encore qu’il y aurait à dire sur le développement durable  dans tous les cas… Parlons aujourd’hui de la petite reine, du vélo[1], dans une version originale, celle de la livraison[2] de marchandises.

On le sait, le vélo est d’une efficacité redoutable. Une magnifique machine à démultiplier la puissance de vos mollets, et en plus ça fait du sport, ça ne pollue pas notre air[3] quotidien ni la haute atmosphère, ça ne fait pas de bruit, ça ne consomme pas de pétrole. Tout bon pour les personnes, avec des vélos individuels ou partagés comme il se fait depuis quelques années dans nos grandes villes.  Pour les marchandises, ça commence par le coursier. Il va peut-être moins vite en vélo qu’en moto, mais n’est-ce pas satisfaisant de voir vos plis acheminés sans émission de gaz à effet de serre ? Et le plus souvent, ce n’est pas à un quart d’heure près, vous le savez bien. Pour les gros colis, le souvenir des triporteurs d’antan fait frémir, tant il fallait être musclé pour les faire avancer. L’assistance électrique qui leur est apportée aujourd’hui en fait des engins beaucoup plus souples, qui vous trimballent sans problème 400 litres de paquets. Mais on peut faire bien mieux. La société La Petite Reine[4], créée en 2001, a inventé un cargocycle, le cycle des marchandises. Vous pouvez les voir à Paris, à Bordeaux, à Rouen et à Dijon, où cette entreprise s’est développée. Elle relaie de grands opérateurs tels que Chronopost, DHL et autre TNT dans le tissu urbain des centres, où la voiture n’a pas vraiment sa place.


Double avantage, double dividende pourrait-on dire.


D’une part, les flux de différents transporteurs sont regroupés, ce qui permet une mutualisation et une efficacité accrue. Important, quand on sait que le développement durable nous incite à mieux valoriser les ressources, naturelles, mais aussi le travail humain et l’espace, rare dans nos centres anciens. D’autre part, ces engins sont malins, ils se faufilent, se garent aisément, tout près des lieux de destination : les tournées sont plus rapides. A Paris, on a observé que l’on pouvait réduire d’un tiers le nombre des tournées en passant de la camionnette au cargocycle. Le cercle vertueux est engagé : la diffusion fine mutualisée et avec des engins performants à tous égards, l’environnement et l’économie convergent sans effort, car ça coute moins cher et c’est économe en ressources, ça ne pollue pas. Et le volet social, direz-vous ? Bien sûr on ne l’oublie pas : La Petite Reine participe à l’insertion, forme ses personnels qui, sans qualification au départ, apprennent à s’organiser et gérer leur stock. Et ce n’est pas si facile de monter une tournée, de charger les colis dans le bon ordre, de les enregistrer à chaque étape selon les protocoles des grands opérateurs.


Rien que des avantages, la seule condition étant d’accepter de pédaler par tous les temps. Une formule qui ne peut que se développer, quand il s’agit de dynamiser les centres anciens dont la voiture est progressivement exclue. Le rayon d’action est assez important, quelques kilomètres, l’assistance électrique permet de monter quelques côtes : c’est un système
[5] adapté aux conditions urbaines, et non un système qui exige que les villes s’y adaptent. De l’intelligence et du mollet, la tête et les jambes pour reprendre avec nostalgie le titre d’une ancienne émission à succès. Le développement durable s’appuie parfois sur des technologies de pointe, mais aussi sur une bonne exploitation de savoir faire bien classiques, d’une utilisation originale de techniques traditionnelles, juste modernisées à la marge pour s’adapter aux conditions de vie et de travail de maintenant. Le vélo se trouve ainsi couplé à des techniques très sophistiquées de suivi de chaque colis, mais on le voit bien, c’est plutôt une organisation nouvelle qui est ici le facteur déterminant du progrès, le groupage des petits flux. Rien de révolutionnaire, hormis l’acceptation que le vélo et la force humaine peuvent être aussi efficaces que des matériels lourds avec lesquels des combinaisons, des complémentarités doivent être recherchées : ce sont bien des camionnettes qui apportent les colis dans les centre ville, mais ce sont de vélos qui les distribuent. Le développement durable c’est prendre chaque outil pour ce qu’il peut donner de mieux, au lieu de l’utiliser uniformément, sans souci de la réelle adaptation aux conditions d’usage. Pas besoin d’être riche pour être durable, il suffit d’être malin.


Prochaine chronique : Partage 



[1] Vélo, chronique du10/04/2006

[2] Livraison (09/07/2007)

[3] Air (06/08/2007)

[5] Système (02/04/2007)

Publié dans developpement-durable

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