Homéopathie

Publié le par Bidou

Ne prenons pas le terme à la lettre, avec le cortège de théories et de polémiques qu’il entraîne, mais donnons-lui plutôt le sens qu’on lui prête communément, de la plus petite intervention possible pour guérir un mal. Le contraire du marteau-pilon, également dans l’image populaire de la mouche écrasée.

Le développement durable réside dans la bonne performance. Nous l’avons souvent illustré dans ce blog. En langage techno, c’est la recherche du meilleur ratio entre un résultat attendu et les ressources mobilisées pour l’atteindre. C’est dans cette efficacité que se trouve le salut, à savoir une offre de vie non seulement décente mais qui vaut le coup d’être vécue, pour 9 milliards d’êtres humains d’ici une génération, en 2050. L’action minimum, homéopathique, apparaît ainsi comme une ligne de conduite, quel rêve de piloter du petit doigt le superpétrolier de l’humanité en route vers son destin.

Cette perspective ne plaira sans doute pas aux adeptes de la démonstration de force, aux amoureux des biceps gonflés, mais quel délice pour les gourmets, les rusés et les paresseux ! Eliminons tout de suite la confusion entre minimum et zéro. L’homéopathie n’est pas synonyme de zéro intervention, une sorte d’ultralibéralisme faisant une confiance aveugle soit à un Dieu qui réglerait tout, soit au jeu spontané des acteurs. L’objectif est bien d’orienter ledit jeu des acteurs, de le rendre vertueux. La performance du développement durable n’est pas obtenue avec le laisser faire. Il reste à trouver quelle est la meilleure intervention des pouvoirs publics, la plus efficace, entre la massive et l’homéopathique.

Choisir entre la force et l’intelligence, pour dire les choses en forçant le trait : poser la question en ces termes, c’est y répondre, tellement elle est orientée. Ce n’’est pas si simple, vous l’aurez compris. L’intelligence ne se décrète pas, elle se construit et doit être partagée. C’est un point sensible pour bien comprendre le développement durable. Celui-ci ne peut être l’apanage d’une élite visionnaire, comme les monarques éclairés du XVIIIe siècle qui pouvaient appuyer leurs lumières[1] par un pouvoir qui était encore absolu.

Le jeu des acteurs, en démocratie comme dans les autres régimes politiques, reste au centre de la gouvernance. Pas d’homéopathie médicale sans excellente connaissance du corps humain et de son fonctionnement, pas d’acupuncture sans maîtrise des flux qui le parcourent, et pas d’intervention minimum sur une société sans une connaissance approfondie de sa culture, de ses envies, de ses phobies et de ses fantasmes, de ses ressorts de toutes sortes, des rapports des forces qui s’y affrontent ou qui y coopèrent. Pas de développement durable sans prise en compte de la complexité des relations humaines, et des relations entre l’Homme et son environnement.

Les approches linéaires sont donc à proscrire. Pas de vision simpliste, qui s’apparente, dans notre allégorie médicale, à une opération lourde, à une intervention massive, pour ne pas dire bête et méchante (mais qui ne fait pas rire, comme feu Hara-kiri). Nous ne sommes pas dans un univers[2] à une seule dimension, avec un couple action-réaction facile à faire fonctionner, mais dans un système[3] complexe peuplé d’effets indirects, en retour, d’interférences et de résonnances à bien comprendre si l’on veut progresser. Les slogans politiques, ultra simplificateurs par nature, genre Travailler plus pour gagner plus, ou encore Prendre aux riches pour donner aux pauvres n’ont aucune chance de succès si ils sont transposés à la lettre. Il faut se montrer plus malin.

Ce ne sont pas des directives externes qui feront bouger le corps social, mais des ressorts internes. Nous avons vu dans ce blog que la folie des Hommes les conduisait à vouloir se substituer aux forces de la nature, plutôt que de se mettre en situation d’en profiter pleinement par un pilotage judicieux. Même logique que l’intervention massive, celle de l’impatience et du refus de perdre son temps à comprendre, alors que l’on se croit assez puissant pour tout faire soi-même. Pourquoi composer, alors que l’on peut dominer ? Les interventions sur le corps social sont souvent de même nature. Les experts (les Diafoirus ?) savent ce qui est bon, et ils administrent la potion avec sérénité puisque c’est forcément bon. Une autre politique est de faire réagir ce corps social, de le stimuler, de le piquer au vif pour qu’il se reprenne et trouve dans ses profondeurs les ressources pour guérir de ses maux. C’est une autre forme d’intervention, alliant les sciences, politiques, économiques, écologiques, et autres, aux approches sensibles, émotionnelles, qui savent aller au plus profond de nous-mêmes.

L’homéopathie, l’intervention minimum, est sans doute une bonne voie de progrès quand l’Etat est désargenté. Le manque de moyens est un véritable handicap pour les adeptes des interventions massives, lesquelles restent sans doute inévitables dans certaines circonstances. Pourquoi ne pas en faire une chance, une obligation de fait à trouver de nouveaux modes d’intervention, plus légers, plus participatifs, plus créatifs du fait même de l’ouverture qu’ils représentent ? Le développement durable est souvent évoqué pour sortir de la crise actuelle, comme secteur d’investissements, et ne négligeons pas cette approche. Mais c’est aussi et surtout un état d’esprit d’ouverture et d’innovation sociétale. L’homéopathie pour mieux mobiliser le corps social, c’est une des clés du développement tout court, qui sera alors durable pas construction.

Prochaine chronique : Absolu

 



[1] Lumière, chronique du14/12/2006, et n°39 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)

[2] Univers (11/05/2007)

[3] Système (02/04/2007)

Publié dans developpement-durable

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