Protection

Publié le par Bidou

Un mot bien utile, pour évoquer la défense de populations ou de valeurs, victimes de pressions excessives, parfois menacées ou même proches de la disparition. Tantôt il s’agit de groupes sociaux présentant des fragilités, du fait de leur mode de vie, de leur petit nombre, de leur sensibilité à des agressions particulières ; tantôt ce sont des éléments de patrimoine, paysages, musiques, restes archéologiques, ou monuments, qu’il convient de conserver aussi bien pour pouvoir en profiter aujourd’hui que comme trace d’un passé commun.

La protection est donc bien nécessaire, mais attention à ne pas mal l’interpréter. Protection d’un groupe ou d’un patrimoine ne signifie pas abandon à son sort du reste du monde. Il ne faut pas y voir en creux une exposition aux grands vents et à tous les dangers de tout ce qui n’est pas protégé. C’est l’inverse qu’il faut penser : chaque initiative doit trouver sa place dans le territoire où elle s’inscrit, et l’enrichir. Protégé ou non. Et il ne faut pas exclure, dans ces conditions, d’installer des  équipements dans des sites protégés, avec le souci qui doit nous animer que le nouvel équipement apporte un plus. Ce sera plus délicat dans les sites qui ont déjà une très forte personnalité, mais pourquoi l’exclure a priori ?

Tout projet, où qu’il soit, doit être conçu avec l’ambition d’améliorer la situation de départ. Pas seulement de ne pas la dégrader, ou de ne trop la dégrader. La notion d’étude d’impact a été proposée dans ces sens, c’était il y a plus de 30 ans, et il faut aller au-delà pour aller dans le sens du développement durable. Non seulement les effets secondaires, collatéraux, ne doivent pas être défavorables, ils doivent être positifs[1]. Tel est l’ambition à se donner. On n’y arrivera pas toujours, mais si on part battu, on n’y arrivera jamais. La protection relève du filet tendu sous les acrobates. C’est une sécurité à se donner pour réaliser des exploits. Elle ne doit pas interdire de faire, mais fixer des exigences, qui permettront à la fois de tirer profit des qualités[2] du site, et de renforcer son caractère.

Il y a la loi commune, qui fixe un cadre de base qui s’applique partout, mais ce serait une erreur d’y voir l’objectif à atteindre : ce n’est qu’une position de repli, un service minimum. Le développement durable nous incite à la performance, au dialogue, à la prise en charge de toutes les dimensions d’un problème. Une grande ambition qui conduit inéluctablement à l’innovation, à la prise de risque, à la transformation de modes de vie, de paysages. Tout comme le principe de précaution[3] nous guide dans cette avancée, et nous disant la marche à suivre devant des risques[4] lourds et irréversibles, le concept de protection doit nous alerter devant des situations exceptionnelles[5], et nous aider à apporter les bonnes réponses. Le rien faire est rarement la bonne solution, la valeur d’un site entraîne souvent sa fréquentation, avec son cortège d’avantages et d’inconvénients qu’un simple esprit de conservation ne peut intégrer convenablement. C’est une politique pro active qu’il faut engager, la protection ne signifie pas conservatisme.

Dans les contextes ordinaires, dont le caractère ne s’impose pas avec force, les interventions doivent aussi valorisantes. L’attention n’est pas attirée par une protection, et c’est sur le type de qualité recherchée qu’il faut s’interroger. Comment mettre en valeur une plaine d’agriculture[6] intensive, une zone industrielle, les abords d’un échangeur autoroutier, une friche témoin d’une activité révolue ? La qualité doit être le maître mot, mais elle prend des formes bien différentes selon les situations. Ici, un paysage banal trouvera de la personnalité à accueillir un équipement spectaculaire, là un terrain enclavé deviendra une réserve, plus loin, une vieille usine deviendra un lieu de mémoire. Le développement durable est à ce titre surréaliste, il voit de l’art partout, mais il faut savoir l’identifier et le mettre en valeur.

La croissance zéro a marqué nos esprits, cri d’alarme lancé en pleine période de croissance. L’humanité perd le contrôle de sa propre production, des mécanismes qu’elle a créés et qui sont de plus en plus puissants. La machine s’emballe, il faut tout arrêter ! Réflexe bien compréhensible, mais qui ne suffit pas, le monde continue à tourner. On ne le protège pas en arrêtant tout. Le développement durable, concept qui a suivi celui de la croissance zéro, ne propose pas de coup de frein général, mais de changer de direction, et de carburant. La protection ne peut être passive, elle doit s’insérer dans une dynamique[7]. L’enjeu est de provoquer la bonne dynamique, celle qui valorise spontanément le milieu (humain, naturel, économique) où elle se développe, non pas des idées toutes faites reprises et plaquées brutalement, même avec la meilleure intention. La protection durable ne peut être qu’active et imaginative.


prochaine chronique : révèrbère

·       [1] Positif, chronique du 17/05/2007

·       [2] Qualité (02/04/2006) et n°60 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)

·       [3] Précaution (28/02/2006) n°57 dans Coup de shampoing

·       [4] Risque (26/06/2006) n°64 dans Coup de shampoing

·       [7] Dynamique (21/07/2006) et n°22 dans Coup de shampoing

Publié dans developpement-durable

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article