Aide

Publié le par Bidou

Les emplois[1] aidés sont de retour. Une occasion pour s’interroger sur le sens du mot aide. Qui aide-t-on ? Les collectivités qui ont recours à ce type de personnel, ou les personnes recrutées sur ces emplois ?

Le terme même d’aide présente un aspect moral. On aide pour faire le bien, par  générosité, ou pour compenser des déséquilibres que l’on ne souhaite pas voir. Quand il s’agit de partager les revenus, chaque groupe tente de ramasser le plus possible, rien à dire là-dessus, sauf que le résultat des partages entre capital, travail, investissement, consommation, etc. n’est pas toujours l’idéal. Il y a des laissés pour compte, des poches d’exclus. Il faut bien aider ces gens là, mais est-ce d’un cadeau dont il s’agit, ou bien d’un ajustement, nécessaire dans un système qui ne peut tout comprendre ?

L’aide ne relève pas de la logique du don, mais de la recherche d’un équilibre d’ensemble, dans les situations où les processus ordinaires sont défaillants.

La question délicate n’est pas celle du principe de l’aide, mais le risque qu’elle ne puisse pas s’arrêter. Un nouvel équilibre est vite obtenu, avec les aides, qui quittent le domaine conjoncturel, pour faire face à un déséquilibre passager, et s’installent à titre permanent pour compenser des défauts[2] auxquels on a renoncé de s’attaquer.

Des aides pour favoriser le développement des énergies renouvelables ne sont pas des actes de charité, mais un soutien au développement de filières qui ne peuvent trouver leur équilibre sans une période d’apprentissage. A terme, elles doivent être abandonnées, quand les économies qu’elles apporteront seront supérieures aux investissements qu’elles demandent. En réalité, les énergies fossiles ne payant pas tous les dégâts qu’elles provoquent, ce sont elles qui sont subventionnées dans les faits, et  la subvention aux renouvelables n’est qu’un rééquilibrage.

Revenons aux emplois aidés, réponse immédiate à un problème grave d’emploi, souvent accusée de se prolonger sans fin. Les emplois dits verts sont affectés à des travaux d’environnement, non solvables sans aide : récupération de déchets diffus, entretien du milieu, accompagnement de politiques d’économies d’énergie, etc.  L’aide apportée est souvent d’ordre social, et le bilan qui en est fait reste, lui aussi, social. Combien sont revenus à un emploi ordinaire, combien d’échecs dans la réinsertion. C’est faire peu de cas de la valeur[3] réelle de la production de ces emplois. Les comptes ne montrent que le passif, la dépense, ils ignorent l’actif, la richesse produite par les travaux effectués. Cette richesse est en général collective, elle ne fait pas l’objet d’une transaction, elle n’est pas comptabilisée, mais elle existe néanmoins. C’est comme la santé[4], ses dépenses sont suivies de près, sa valeur, la valeur de la bonne santé d’une population, est ignorée. La valeur de la bonne santé de l’environnement est aussi ignorée. La productivité d’un milieu, d’un marais par exemple, est diffuse et récoltée par de nombreuses professions, sans lien direct avec l’entretien qui en est fait. Ce sont des investissements en général non solvables, mais bien rentables pour la collectivité, qui sont effectués par des emplois aidés. On parle souvent de besoins sociaux non solvables, comme de logements pour certaines catégories de personnes, il s’agit là de besoin de consommation. Il faudrait aussi identifier des besoins en investissements hautement rentables, mais non solvables, que la collectivité serait coupable de ne pas assurer. Ce serait une faute non pas morale, mais économique. Les aides ne sont alors que de la bonne gestion, des ajustements là où les mécanismes ordinaires du marché ou de l’intervention publique ne fonctionnent pas. Les oublier, ou les mépriser au motif que ce sont des aides, donc des interventions artificielles, constitue une erreur de jugement qui coûte très cher. Les travaux pour l’environnement coûtent peut-être cher, mais ils rapportent, et la dégradation de l’environnement coûte beaucoup plus cher. Rappelons que la ville de Munich ne traite pas son eau, à la suite d’une politique d’aide aux agriculteurs de la zone de captage, ce qui lui permet de faire d’énormes économies. La valeur des biens créés gratuitement par les écosystèmes de la planète est au minimum du même ordre que le PIB mondial[5], et la dégradation des milieux font perdre chaque année entre 2 et 5 000 milliards de dollars en termes de services rendus à l’humanité[6]. Il y a des aides qui valent de l’or.


Prochaine chronique: Rêve

[1] Emploi, chronique du 04/06/2007

[2] Défaut (03/04/2008)

[3] Valeur (11/09/2008)

[4] Santé (11/03/2006) et n°66 dans Coup de shampoing sur le développement durable, Ibis Press

 

[5] Voir à ce sujet la chronique Gratuit (30/04/2007)

[6] Voir la chronique Générations (23/10/2008)

 

Publié dans developpement-durable

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