Cravate

Publié le par Bidou

Une chronique plus légère, en ces temps de crises, pour penser à autre chose tout en restant durable ! Eliminons donc d’entrée de jeu le volet torture de la cravate, et même son côté décoration, décoration non pas pour l’habillement, mais démonstrative des honneurs de la République. La cravate, aujourd’hui, ne sera que vestimentaire.

Quel changement en quelques dizaines d’années ! Peut-être depuis mai 68, ça ferait 40 ans que le virage a été pris. Avant, le port de la cravate était une quasi-obligation dans de nombreuses circonstances. Il était impoli de se présenter à un examen sans cravate, et qui aurait imaginé un présentateur de journal télévisé le col ouvert ?

La cravate est une pièce inutile, qui n’apporte rien au confort de celui ou celle qui la porte, parfois même l’étouffe, le serre, lui comprime le cou avec les effets désagréables que cela entraîne. Ce serait un reste, une butte témoin, de pièces anciennes, comme le foulard. On dit que ce sont des mercenaires croates au XVIe siècle qui en portaient, et auraient ainsi donné le nom à cette touche de coquetterie. Mais la cravate a bien pris son indépendance, puisqu’il est fréquent d’allier foulard et cravate. Elle semble malgré tout sur une pente déclinante. Il n’y a sans doute que pour pénétrer sur les gradins de l’Assemblée nationale qu’elle soit vraiment obligatoire (pour les hommes, les femmes sont libres sur ce point). Soyons écolos jusqu’au bout : puisqu’elle ne remplit plus de mission de confort ou de santé, pourquoi la conserver ? Sa production consomme des ressources en pure perte, elle crée des contraintes gratuites, elle est rétrograde avec ses relents d’ancien régime et de dandysme, sous le signe du jabot et de la lavallière. Aucun intérêt écologique, social ou économique. Sus à la cravate !

Grave décision, qui mérite attention. A quoi sert donc la cravate aujourd’hui ? A se distinguer. A montrer un pan de sa personnalité, son goût pour telle ou telle couleur, telle ou telle matière. C’est un signe d’appartenance à un club, à un groupe social. La cravate fait parfois partie de l’uniforme, que ce soit de militaires ou encore de sportifs comme ceux qui défilent aux jeux olympiques. Même le non port de la cravate est une option, une manière de s’exprimer. L’important est de dépasser la contrainte[1], que ce soit celle du port obligatoire, ou au contraire de son absence tout aussi obligatoire. La nouvelle attitude face à la cravate doit être un signe d’une liberté accrue, d’une ouverture du champ des possibles.

Nous avons grand besoin d’occasions de se différencier. La compétition[2] dans laquelle nous sommes trop souvent conduit à l’inverse à tendre vers le même modèle, que chacun essaye d’incarner au mieux. Le conformisme est foncièrement anti développement durable, lequel exige d’explorer des champs nouveaux, de sortir des sentiers battus. On objectera que l’habillement est une affaire bien futile, face à la faim dans le monde, à la montée des extrémismes, au réchauffement climatique. Ce n’est pas sur ce terrain qu’il faut innover, mais plutôt dans les sciences, la politique[3], la culture. Bien sûr, mais pas seulement. Il faut que les groupes sociaux se retrouvent, avec leurs marques, leurs signes de reconnaissance. L’habillement a souvent été une manière d’afficher ses idées ou son appartenance, comme en témoignent les costumes des anciennes corporations, sans parler des sans culottes de la Révolution, des incroyables et des merveilleuses du Directoire, ou encore du costume Mao. Il est bon qu’il en soit ainsi, dès lors que la pression sociale n’impose pas une mode[4] unique, uniformisant à la fois les vêtements et les pensées.

Pourquoi pas la cravate, dans ces conditions ? Oui, mais attention quand même à son empreinte écologique. D’accord pour se différencier, d’accord pour la coquetterie, à condition de ne pas trop peser sur les grands équilibres, de ne pas polluer, de ne pas faire travailler des enfants, etc. La cravate est un bien comme un autre, même si son impact sur l’environnement est bien moindre que la bouffe, le logement et les transports. Il n’empêche qu’elle ne doit pas s’exonérer des exigences qu’il est normal de demander à tous les biens de consommation aujourd’hui.

La cravate, oui, si vous le souhaitez, mais la cravate bio, équitable, carbone zéro, occasion, quand vous l’achetez pour vous faire plaisir, de contribuer à une chaine de production vertueuse et durable. Un peu de superflu[5], c’est quand même pas mal, et ça met de bonne humeur pour aller de l’avant et construire le monde nouveau du développement durable.


Prochaine chronique : Générations, pour revenir dans le discours classique du DD

[1] Contrainte, chronique du 08/02/2007

[2] Compétition (03/05/2007)

[3] Politique (25/10/2007)

 

[4] Mode (03/07/2008)

[5] Superflu (03/01/2008)

 

Publié dans developpement-durable

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