Finance

Publié le par Bidou

Une chronique d’un nouveau genre, pour mettre en perspective une dizaine de billets choisis parmi les 300 déjà publiés sur ce blog, autour d’un thème fort de l’actualité, la finance. 10 billets datés, du 29 mars 2006 (Argent) au 11 septembre 2008 (Valeur), et qui constituent un bouquet. Un bouquet de billets qui se recoupent souvent, mais que le rapprochement éclaire et renforce, et qui me donne l’occasion d’un chapeau introductif. La crise financière offre l’opportunité de lancer ce type de chronique, qui viendra dorénavant  interrompre de temps en temps la formule habituelle, et apporter une touche différente à ce blog. Les dix billets ont été réunis en un seul document (pdf) téléchargeable bouquet-finances.pdf bouquet-finances.pdf  , avec en introduction le texte qui suit. Tous les bouquets serons progressivement réunis en colonne de gauche, dans le pavé Les bouquets du DD.

 

La finance, donc, pour commencer. Beau sujet de développement durable, que j’ai choisi d’engager avec le mot Gratuit. Nous verrons plus tard les choses qui fâchent. Le gratuit, c’est la production de la nature, le soleil et le travail des vers de terre qui creusent sans relâche pour notre profit. Une richesse formidable, dont on ne prend conscience que quand elle se dégrade, souvent bien trop tard. Le paradis terrestre, vite perdu par orgueil, par besoin de contrôler la nature, de l’asservir, et finalement de faire soi-même ce qu’elle fait bien mieux, et à moindre frais. Cette richesse ne se compte pas en argent, malgré sa valeur, et la finance tend à l’oublier. L’expression l’économie réelle, surprenante, est souvent employée en ces temps de crise financière. Elle est éloquente sur le décalage entre l’argent et la production effective, mais attention à ne pas réduire ladite économie réelle à la seule production marchande et au PIB. La dérive est  facile. L’économie ne considère que ce qui s’échange, et il lui faut une seule unité pour pouvoir compter, donc un prix exprimé en monnaie. Pas de prix, pas de compte, et pas de finance. Ce qui n’a pas de prix est marginalisé. On n’en a négligé l’importance de la production primaire, des matières premières, réputées abondantes, lesquelles ont été abandonnées à leur sort jusqu’à ce qu’elles deviennent rares et puissent faire l’objet de spéculations. L’air que nous respirons ou qui nous protège dans la haute atmosphère, l’espace, la mer, les paysages, qui ne font pas l’objet de transactions, n’entrent qu’avec bien des difficultés et de nombreux artifices dans l’univers économique, malgré leur importance vitale. Aujourd’hui, ces ressources prennent de la valeur, qu’elles soient ou non dans le champ de l’économie. Cette valeur ne se traduit pas toujours en argent, et ne s’introduit pas en bourse. Leur mise à l’écart pendant des années de croissance insouciante a provoqué des transformations en profondeur des sociétés, parfois fort couteuses en argent et en ressources. L’abandon des campagnes et des cultures vivrières au profit des grandes concentrations urbaines dans les pays du Sud, les extensions urbaines incontrôlées chez nous, et les villes adaptées à l’automobile constituent des handicaps lourds sur la route du développement durable. Les crises de différentes nature qui se succèdent, financières aujourd’hui, alimentaire hier et encore aujourd’hui, et qui affecteront peut-être demain l’économie réelle, reflètent une forme de faillite des modes de croissance élaborés après la guerre, pour la reconstruction et le développement industriel, comme il est courant aujourd’hui de le reconnaître. La finance a trop dominé l’économie, et celle-ci s’est réduite aux échanges marchands, avec une attention extrême portée au bon fonctionnement des marchés, pour éviter tout risque d’inflation. Les capitaux humains et naturels ont ainsi été oubliés, et la loi du profit s’est imposée sans que le moteur que constitue la recherche dudit profit ne soit récupéré par la société : Le développement durable est la réponse à un défi que l’humanité rencontre pour la première fois de son existence à l’échelle de la planète, à savoir poursuivre une croissance forte dans un monde fini. Nous arrivons aux limites de ce que nous pouvons prélever, nous les avons même dépassées, et pourtant, les besoins à satisfaire ne cessent de s’accroître. La population mondiale augmentera de moitié d’ici une génération ; et chacun des êtres humains aspirera à une meilleure qualité de vie, alors que nous ne parvenons pas aujourd’hui à en nourrir convenablement un milliard. Ce défi nous condamne à une performance hors du commun.  Il va falloir se défoncer pour dire les choses simplement, faire preuve d’intelligence et d’habileté.

La réponse vient d’avancées techniques, mais aussi de notre organisation sociale, pour faire référence à la définition complète du développement durable selon le rapport Brundtland[1]. La finance est à l’évidence un élément fort de cette organisation sociale, de même que les lois de l’économie, qui ne sont pas naturelles mais bien forgées par les Hommes. Les évènements récents révèlent le caractère irréel qu’a pris la planète finance, avec des sommes gigantesques dégagées subitement alors qu’il semblait impossible hier de trouver une infime part de cet argent pour lutter contre la faim et le SIDA, ou encore procurer de l’eau potable à une bonne partie de l’humanité. Les réponses données à la crise illustrent avec force le décalage entre la finance et la vie réelle. Le défi du développement durable a besoin d’instruments adaptés au 21e siècle, conçus pour un monde fini et non pour un monde imaginé comme infini. C’est le retour de la vraie économie, fondée sur le principe de rareté des ressources. On nous annonce de grandes réformes, un nouveau système international. La finance devrait y retrouver son rôle de facilitateur de développement, et non de prédateur. Espérons que ce nouvel ordre international ouvrira de nouvelles marges, financières et sociales, pour relever le défi du développement durable. 

 

 

 

Les 10 mots autour du thème de la finance : Gratuit, valeur, argent, bourse, inflation, faillite, capital, prix, profit, marge.


Prochaine chronique : Cravate (pour se détendre)

[1] Le développement soutenable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion : le concept de besoin, et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale imposent sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir.

 

 

Publié dans developpement-durable

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Stella Kyvelou 01/11/2008 16:08

..:et pour confirmer mon dernier commentaire sur la dimension territoriale de la durabilité, je vous transmets une annonce qui me paraît très perspective pour la reaffirmation du rôle du développement durable dans les politiques d'aménagement, tirée par l'allocation du secrétaire d'Etat à l'aménagement du territoire lors de la conférence sur la cohésion territoriale et le futur de la politique de cohésion ( 30-31 Octobre 2008) : "il va de soi que le changement climatique concerne absolument tous nos territoires.C'est pour cette raison precisement que la politique de cohésion économique et sociale me paraît devoir intégrer pleinement cette problématique. Et si j'osais, je vous proposerais que nous puissions parler demain d'une politique de cohésion économique, sociale et environnementale en d'autres termes, une politique de cohésion durable" ( Hubert Falco, 30 Octobre 2008)

Stella Kyvelou 16/10/2008 21:54

Vos propos me provoquent de présenter une réflexion sur les besoins en tant que droits : Parlons, à propos du Livre Vert sur la cohésion territoriale de la CE issue le 6.10.2008, en tant qu’initiative de la Présidence Française , de la cohésion territoriale en tant que la dimension territoriale de la durabilité ( Kyvelou, 1999 et Camagni, 2005) Tant la cohésion territoriale que le modèle européen de société reprennent vie des mêmes convictions : que le marché n'est pas tout … qu'existent des valeurs au-delà de la croissance, donnant ainsi légitimité à l'intervention publique puisque d'ailleurs ni la cohésion territoriale ni le modèle européen de société peuvent s'appuyer sans celle-ci…. Ainsi, tant le modèle européen de société que la cohésion territoriale semblent représenter, une « de-commodification » ( de-marcandisation) de certains secteurs de politique publique. La de-commodification est invoquée par Esping-Andersen (1990) pour déterminer les droits sociaux, c'est-à-dire la répartition de l’état providence sur la base des besoins et non pas selon les critères du marché. La « de-commodification » apparaît lorsqu’ un besoin est offert en tant que droit, et lorsqu'une personne peut être entretenue sans qu'elle dépende du marché. Le principe de la « de- commodification » est traduit par le fait que l'accès du public aux services offerts est lié à la reconnaissance des droits sociaux correspondants ….Voila, alors, une des préoccupations du développement durable pour les régions les plus défavorisées et vulnerables ( la montagne, les iles, les régions côtières etc ) .