Disco

Publié le par Bidou

On en parlait depuis quelque temps : la première discothèque autoproclamée durable vient d’ouvrir ses portes à Rotterdam. Bois labellisé, et récupération d’eau de pluie, mais aussi récupération de l’énergie des danseurs pour l’éclairage. Il est vrai que l’on en dégage, de l’énergie, quand on se déhanche sur la piste de danse, et que si on pouvait la récupérer, ce ne serait pas mal. C’est donc fait, avec des dalles sur ressort et un système de poulies qui actionne un générateur. Les ampoules sont des LED, particulièrement sobres. Cette discothèque porte le nom de Watt, du nom de l’homme de la machine à vapeur. Curieuse coïncidence ! Reste à savoir si cette discothèque ne rend pas ses danseurs sourds, et ne gêne pas les voisins. En tous cas, elle fait des petits, un projet est annoncé à Londres.

A la surface de la planète, l’énergie est abondante[1], il y en a beaucoup plus que ce dont nous avons besoin. Le problème est bien de la capter, de la domestiquer, d’en faire un bon usage. Elle est parfois trop concentrée, comme on le voit avec les orages et les ouragans ; elle est souvent diffuse, et c’est alors trop compliqué ou trop coûteux d’aller la recueillir. Le progrès a changé la donne, il est des cas où l’on sait, aujourd’hui, utiliser de petites sources d’énergie, comme on le voit dans cette discothèque. Il y a aussi la chaleur humaine, que l’on va récupérer pour chauffer des maisons, plutôt que de la voir s’échapper en pure perte. L’opération est en cours à Stockholm, précisément à la gare centrale, traversée chaque jour par 250 000 personnes qui respirent et dégagent de la chaleur. Celle-ci est récupérée dans le système de ventilation, et sert à chauffer de l’eau, renvoyée sur des bâtiments voisins pour réduire leurs consommations pour le chauffage. Economie attendue : 20%, pour un coût très modique.

Au-delà de la chaleur humaine et de la frénésie des danseurs, il y a plein de petites sources inexploitées. Le 8 août dernier, a été inaugurée une centrale pico électrique. Pico ? Oui, bien mieux que le nano, le préfixe pico signifie un millionième de millionième. On est dans le vraiment tout petit[2]. Il s’agit en fait d’installer une turbine sur une conduite d’eau, qui existait avant, et que personne n’avait pensé exploiter. Ça se passe dans les Alpes-Maritimes, entre  Saint-Etienne-de-Tinée et Auron, dont l'altitude diffère de 600 mètres. Cette Pico-Centrale permet de réduire la pression de l’eau à la place des réducteurs, par une turbine de 200 kW avec alternateur fournissant de l’énergie électrique. Il fallait juste y penser, et le développement durable est un bon stimulant.

Plus compliquée est la captation de l’énergie de la houle, des vagues. Beaucoup d’initiatives ont été prises. Retenons en une originale. Ce sont des écossais qui ont eu l’idée d’aller chercher des serpents de mer ! Le monstre du Loch Ness est une source inépuisable d’inspiration. La société Ocean Power Delivery a inventé un serpent en acier dont la mission est de transformer la houle de la mer en électricité. L’animal mesure 150 mètres de long, et pèse 750 tonnes. Il s’appelle Pelamis[3]. Trois de ces serpents ont été inaugurés récemment au large d'Aguçadoura, dans le Nord du Portugal. Ils fournissent l’énergie équivalente à la consommation de 1 500 foyers, et doit se développer pour une centaine d’individus qui produiraient 500 MW. Pour l’instant, ces installations coûtent chers, avec leurs pistons et leurs générateurs, mais si la démographie des serpents est dynamique, leurs concepteurs nourrissent l’espoir de se rapprocher du prix de l’électricité éolienne d’ici une dizaine d’années. Nous voici avec un nouveau concept, les fermes à vagues, la houle n’a qu’à bien se tenir. Plusieurs projets se montent actuellement, en Ecosse, mais aussi en France, celle de l’hémisphère Sud, la Réunion : le projet pourrait aboutir, d'ici 2020,  à une production de10% de la production électrique de l'Ile.

Le développement durable se révèle dans ces opérations. Les énergies fossiles ne sont plus exploitables pour cause d’effet de serre ? Et bien substituons-leur d’autres sources, qui sont sous nos yeux, mais qu’il n’avait pas semblé nécessaire de mobiliser jusqu’à présent. Un peu d’imagination, d’audace, et beaucoup de travail, de recherche pour trouver la bonne manière de maîtriser ces nouvelles énergies. Du corps humain au serpent en acier, voilà des sources d’énergie encore sous exploitées, et il y en a bien d’autres. Il ne reste plus qu’à installer un générateur sur la queue des chiens : leur joie permettra de lutter contre l’effet de serre !


Prochaine chronique : Ecoute.



[1] Voir à ce sujet la chronique Abondance du 19/03/2007

[2] Petit, chronique du 25/12/2006 et n°52 dans Coup de shampoing sur le développement durable (Editions Ibis Press)

[3] La société Ocean Power Delivrery a d’ailleurs changé de nom et s’appelle aujourd’hui Pelamis wave power, www.pelamiswave.com

 

 

 

Publié dans developpement-durable

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