Hors-la-loi

Publié le par Bidou

L’aventure du far-West, la découverte de nouveaux espaces et un univers de dure compétition[1], en a conduit plus d’un à se mettre en dehors de la loi, laquelle n’existait même pas dans des territoires fraichement colonisés. Le terme d’hors-la-loi n’a donc pas une très bonne réputation, même s’il provoque parfois un sentiment de sympathie accordée à ceux qui défient les autorités.

En matière de développement durable, nous sommes aussi dans des champs nouveaux, qu’il nous faut défricher. Il faut apprendre, prudemment mais avec détermination, à transgresser des lois traditionnelles. Ce n’est pas par méchanceté ni par un besoin obsessionnel de faire autrement, mais parce que l’innovation suppose que l’on s’interroge sur les lois et les usages courants, élaborés dans une autre époque que la nôtre, et qui ont parfois fait leur temps. Les prolonger au-delà serait une erreur. Le développement durable nous conduit donc souvent hors la loi,  au-delà des lois pourrait-on dire plus judicieusement. Tout le monde convient aujourd’hui que les lois de l’économie classique, reformulées en 1945 pour reconstruire le monde, ne sont adaptées au monde du 21e siècle. La crise financière que nous traversons actuellement semble le révéler, mais la crise écologique est beaucoup plus profonde, car elle touche à des données physiques, la capacité de la planète à produire chaque année les richesses dont nous avons besoin pour vivre, alors que la crise financière concerne avant tout des conventions humaines. La faillite[2] d’un système montre l’importance de ces conventions, car l’organisation de nos sociétés détermine largement notre capacité à exploiter convenablement les ressources disponibles et à en accroître l’efficacité. Les règles du jeu que nous nous sommes données peuvent changer, et assez rapidement, alors que le potentiel biologique de la planète obéit à des lois que nous ne maîtrisons pas, avec des rythmes qui s’imposent à nous. Que la crise financière provoque une réflexion sur le fonctionnement de l’économie est sans doute salutaire, à condition d’intégrer la finitude du monde dans le champ des débats, et de ne pas se cantonner à un univers strictement financier, même touché par la grâce de l’éthique. Soyons donc hors-la-loi-ancienne, inventons de nouvelles lois humaines, mais n’oublions pas celles de la nature, qu’il serait judicieux de garder en tête dans la refondation législative dont la nécessité semble aujourd’hui reconnue.

Les hors-la-loi, ce sont aussi les dissidents, dont certains ont laissé un bon souvenir, comme Robin des Bois, dont le nom a été repris par une association de défense de l’Homme et de l’environnement[3]. De nombreuses sociétés bien organisées ont leur dissidents, porteurs des messages et de valeurs que beaucoup souhaiteraient oublier. Il y en a dans de nombreux pays, et il en a toujours eu, qui ont bousculé l’ordre établi, souvent en payant le prix fort. Ceux de l’ex Union soviétique sont restés célèbres, et le mois d’aout dernier a vu deux d’entre eux d’éteindre. On a beaucoup parlé d’Alexandre Soljenitsyne, disparu le 3 août, mais nettement moins de Vassili Neterensko mort le 22 aout. Ce dernier est un savant atomiste, jadis très bien placé dans l’appareil soviétique, et qui s’est révolté après l’explosion du réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl le 26 avril 1986. La manière dont les autorités Soviétiques et internationales ont réagi l’a conduit à mener tout le reste de sa vie une action continue pour mettre en évidence les effets de la catastrophe. Il a ainsi mis en évidence les conséquences de l’ingestion, dans des aliments notamment, des éléments radio actifs. Fixés dans les organismes, ils irradient le corps en permanence et constitue une cause de cancers qui se manifestent très progressivement.  Bien au-delà des premières victimes, Tchernobyl continue à produire ses effets, et l’establishment de l’industrie nucléaire n’apprécie pas que l’on mette en évidence ce genre de bombe à retardement.

Dans le même registre, il faut signaler ceux que l’on appelle les donneurs d’alerte, ceux qui perçoivent des dangers là où ils travaillent et ne peuvent alerter les autorités et l’opinion sans faire du tort à leur propre boutique. Situation bien délicate, que certains voudrait protéger pour éviter la dissimulation des effets indésirables de telle ou telle innovation, qui ne serait plus, alors, un progrès[4]. Des hors-la-loi d’un nouveau type, que la loi voudrait reconnaître.

Le développement durable s’écrit tous les jours, dans un monde que nous découvrons, avec une bonne dose d’inconnu. Et voilà une nouvelle contradiction qui apparaît : Les lois sont nécessaires, tout comme la transgression. A nous d’en sortir par le haut !


Prochaine chronique : Disco ! 



[1] Compétition, chronique du 03/05/2007)

[2] Faillite (24/09/2007)

[4] Progrès (02/10/2006)

 

Publié dans developpement-durable

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noiretblanc 05/10/2008 13:19






Les DIREN, c'est quoi?
Les directions régional de l'environnement. !!!Environnement?!!!
Donc en Normandie, !!!NORMALEMENT!!! il y a des gens dans des bureaux qui réagissent quant il y a des pollutions?
Et d'autre qui sont sur le terrain pour faire des contrôles?
Haaaaa Booon?! Et ça alors.
http://cabourgeais.ifrance.com/
 
Ou tapez cabourgeais sur le net (une page sur la Normandie)
C'est pourtant en Normandie, c'est dans une !!!soit-disant!!! ZNIEFF
Donc, si je ne me trompe pas, tous ça, c'est du pipo.
Les ZNIEFF ne servent absolument à RIEN sauf à faire des décharges à ciel ouvert
Les DIREN sont totalement, complètement inutiles.
En voilà d'autre http://varaville.ifrance.com/
http://normandie-pollution.ifrance.com/ 4 ans que cela dure.
Que font tous ces gens qui parlent environnement? DRIRE, DIREN, ADEME, AESN, ARENE,
EPE, MEDAD, etc. Etc. Etc.
RIEN, du PIPO voilà, ça cause, ça fait des plans sur la planète (qui en a ras-le-bol elle).
Mais concrètement RIEN, quant on voit une ZNIEFF se remplir de merde et que personne ne se sent concerné je dis BRAVO. Que l'on arrose des plantes protégées avec de l'huile de vidange, je dis BRAVO. Faite respecter les lois les plus élémentaires sur l'environnement, APRES, vous pourrez taxer les gobelets en plastiques. Car votre grenelle c'est n'importe quoi quant on voit ces photos.
Savez vous comment l'état règle ce problème? En mettant celui qui dénonce cette pollution au tribunal. Elle est devenue belle la France!
Nativelle P.
 
 
 
 
 
 
 

Yves Lenoir 02/10/2008 10:01

Juste deux remarques : si Vassily Nesterenko s'était mis hors la loi, il aurait échoué et terminé ses jours en prison. Il a toujours manoeuvré avec beaucoup d'intelligence pour conserver des possibiités d'action maximales.Une des racines des malheurs frappant les populations maintenues dans les régions contaminées par les retombées de la catastrophe de Tchernobyl est l'accord conclu en 1959 entre l'OMS et l'AIEA (Agence internationale pour l'énergie atomique). Une manifestation permanente commencée le 26 avril 2007 se tient jour après jour devant le siège de l'OMS à Genève. Elle demande simplement l'amendement de cet accord en vue de rétablir la pleine indépendance de l'OMS. Pour en savoir plus, consulter le lien http://independentwho.info/  .