Saisons

Publié le par Bidou

Voici l’automne, vivement l’été indien !  Il semble que l’on veuille de plus en plus s’affranchir des saisons. Haricots verts en plein hiver, et sports d’hiver en été, deux exemples classiques pour illustrer ce besoin de maîtriser les éléments, de ne plus être tributaires de ces cycles qui attentent à notre liberté ! Cette réaction traduit bien le désir de dominer la nature, de lui imposer nos rythmes, ce qui nous empêche dans la pratique de profiter pleinement des différentes saisons qui se succèdent. L’ennui naquit un jour de l’uniformité nous a prévenu Antoine Houdar de la Motte. C’était il y a bientôt 3 siècles, mais le message a toujours du mal à passer, au moins sur ce qui est des saisons. Nous avons du mal à accepter que la Terre bascule sur son axe sans attendre notre permission, qu’elle circule librement sur son orbite autour du soleil. Nous ne sommes plus les rois ? Et bien si, ça coûtera ce que ça coûtera, mais nous allons montrer à la Terre qui est le patron. Pas de problème pour créer du froid en été, pour faire du ski à Metz au mois d’août[1]. Avec des serres, que l’on chauffe sans problème, les saisons chaudes sont avancées et prolongées, et avec des avions, des produits frais changent d’hémisphère à la demande. Il n’y a plus de saisons, dans tous les sens du terme !

C’est bien dommage, l’alternance des saisons est un vrai bonheur, pour ceux qui savent en profiter, en jouir en bon épicurien. Les rythmes de la planète sont source de renouvellement, d’attente, de désirs, et de satisfactions autrement plus riches que la fadeur des légumes à contre saison. C’est aussi meilleur pour votre porte-monnaie, et ça le sera de plus en plus, car le chauffage des serres ou les transports rapides coûteront plus chers, en fonction du  prix de l’énergie.

Le respect des saisons peut apparaître comme une gêne, ou encore comme un recul dans un progrès mythique construit autour de la domestication générale de la planète. En réalité, c’est une source de plaisirs, mais accompagnée d’exigences. Il faut mériter cette récompense, elle ne tombe pas du ciel. C’est la loi du développement durable : le double dividende, d’accord, mais à condition d’aller le chercher, de se mettre en situation de l’obtenir.

Le bénéfice des saisons ne peut être engrangé avec une attente trop étroite, enfermée dans des canons trop stricts. Un modèle de consommation pauvre, ne comportant qu’un nombre restreint de produits ou de pratiques, rend bien illusoire le bénéfice de l’alternance, de la diversité et de la succession d’offres. Prenons un exemple dans notre assiette. La tomate, légume préféré des Français, un légume sur cinq consommés en France est une tomate, est merveilleuse en saison, surtout si elle est cultivée près de chez vous et qu’elle a été fraichement cueillie. Mais faut-il vraiment en manger toute l’année, quand elles n’ont plus de goût, et qu’elles sont produites avec force énergie dans des serres, ou en pompant les rares ressources en eau du sud de l’Espagne[2] ?

L’éclectisme est donc une vertu durable, tout comme savoir varier les plaisirs. L’opportunisme, aussi, est une bonne attitude, savoir tirer profit des bonnes occasions. Le développement durable demande un sens de l’observation, de l’écoute, de l’ouverture d’esprit pour repérer et capter les pépites de bonnes choses qui nous passent sous les yeux, au lieu de se fixer sur des choix prédéterminés, avec des a priori, et de s’y accrocher coûte que coûte. Les œillères, c’est bon pour les chevaux, pas pour le développement durable. Ce n’est pas vrai que pour la bouffe, on pourrait le décliner dans de nombreux domaines, comme les loisirs, l’habillement, etc. Internet et ses ventes flash sont, d’une certaine manière, une illustration de ce sens de l’opportunité, sous réserve bien entendu, d’une analyse des offres d’un point de vue social et environnemental. Le développement durable demande une capacité d’adaptation, laquelle doit être cultivée en permanence, pour que le champ du possible reste large.

La prévoyance est une autre vertu associée au rythme des saisons. Celles-ci sont capricieuses, elles arrivent en retard, passent un tour, se dérèglent. Un peu de stock, des possibilités de substitution, sans doute aussi de privation temporaire, et puis des réseaux pour échanger, compléter, des clignotants pour alerter en cas de difficulté prévisible, voilà quelques manières de faire, pour profiter pleinement et durablement des saisons que la planète nous offre sous nos latitudes tempérées.


Prochaine chronique : Apparences 

 



[1] Voir sur ce point la chronique Journal, du 03/08/2006 et n°35 dans Coup de shampoing sur le développement durable, www.ibispress.com

 

[2] Vous trouverez tout sur la manière d’acheter vos tomates dans Un régime pour la planète, d’Elisabeth Laville et de Marie Balmain, Village mondial, 2007

Publié dans developpement-durable

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