Pique-nique

Publié le par Bidou

Un mot évocateur, avec des souvenirs de vacances ou de week-end, des instants magiques, comme le déjeuner sur l’herbe immortalisé par Edouard Manet, et aussi des replis précipités sous des trombes d’eau, le sable de la plage qui crisse sous les dents…

Les rabat-joie vous parleront de papier gras, de bouteilles et de boites de conserves abandonnées dans les bois, et il serait bien léger d’oublier cet aspect des choses. Il y a même un site canadien qui vous apprend à ne pas laisser de trace[1]. Sans en arriver là, des coins pique-nique sont organisés dans les lieux les plus fréquentés, avec les équipements nécessaires pour ne rien laisser trainer dans la nature, mais ils sont souvent saturés, et il est tellement plus agréable de tenter l’aventure, de s’éloigner des sentiers battus, de goûter à la vie sauvage. Sauvage est une expression, bien sûr, car tout est préparé d’avance, les boites en plastique[2], les nappes en papier, les gobelets, les assiettes et les couverts jetables. Et l’expérience montre que rares sont ceux qui s’éloignent des routes et de leurs voitures de plus de quelques centaines de mètres. Point d’équipement dans ces terres d’aventure, quasi inexplorées, loin de la civilisation. Ni table ni poubelle. Le pique-nique est une forme de retour à la nature, une touche d’écologie pratique. Et voilà qu’on nous parle d’une taxe[3] pique-nique, et c’est même le ministère de l’écologie qui la souhaite. On n’y comprend plus rien. Le raccourci entre taxe et pique-nique passe mal. Taxer un loisir populaire ne peut pas être populaire.

C’est plutôt d’une taxe sur le jetable qu’il conviendrait de parler. Comme pour les appareils électroménagers, il faut penser dès l’achat à ce qui arrivera plus tard. Pour une télévision, plus tard arrive plusieurs années après l’achat, et la reprise de l’ancien appareil donne une occasion de récupérer certains éléments, pour les recycler ou leur donner une deuxième vie. Le cycle de vie d’une assiette en plastique est beaucoup plus court, et c’est beaucoup plus facile à jeter, dans les lieux prévus pour cela ou ailleurs. Il est donc question d’intégrer au prix de vente celui de son élimination après usage.

Mais pourquoi laisser filer le terme taxe pique-nique ? Il y a bien d’autres références possibles. Cela fait longtemps que les taxes sur les emballages sont passées dans les mœurs, et il vaut mieux rapporter le terme au déchet produit qu’à son utilité ou au plaisir qu’il a provoqué. Dans le prolongement du débat sur les sacs[4] de caisse dans les magasins, le renvoi au jetable, au produit qui ne sert qu’une fois, aurait sans aucun doute été plus judicieux. L’objectif est de nous inciter à abandonner le jetable, ce qui ne sert qu’une fois, au profit de couverts et d’emballages pérennes. 

Et puis s’agit-il d’une taxe ? Il ne s’agit pas d’alimenter le budget général de l’Etat, mais d’un prélèvement destiné à payer ce que coûte vraiment l’objet acheté.  La destruction d’une assiette ou d’un gobelet est aujourd’hui payée par la collectivité, avec les ordures ménagères, ou alors en termes de pollution des sols, étalée sur des dizaines d’années, voire plus dans certains cas. N’est-il pas normal de responsabiliser les consommateurs en les faisant participer au financement de l’élimination après usage de ce qu’ils achètent ? En Belgique, pays d’inspiration, dit-on de cette taxe dont l’idée première viendrait du Danemark, elle a eu un effet puissant, puisque les recettes ont été dix fois plus faibles que prévu : 2,5 M€ au lieu de 26. Les pique-niqueurs ont donc préféré des assiettes et gobelets réutilisables plutôt que des jetables. A moins qu’ils ne se soient approvisionnés en France, encore paradis fiscal de ce point de vue : une harmonisation européenne ne serait pas inutile.

Malgré des erreurs de communication ou de positionnement, il faut constater que les signaux financiers fonctionnent plutôt bien. Il y a bien sûr le prix lui-même, comme celui des carburants : nous venons d’apprendre que la consommation a fortement baissé cette année. Le bonus-malus instauré sur les voitures a transformé le marché français de l’automobile bien au-delà des espérances, entraînant d’ailleurs quelques difficultés d’adaptation de la production. Le nerf de la guerre semble donc un bon instrument pour provoquer des changements massifs[5] de comportement. Le développement durable a besoin de tels instruments, pour sortir des bonnes intentions et entrer dans une ère d’efficacité à l’échelle des enjeux.

Alors, vous avez bien compris : dimanche prochain, mettez votre vélo dans le train,  quand vous irez au bois pour pique-niquer, c’est encore mieux que de prendre votre voiture, même si elle bénéficie d’un bonus. Et puis dans votre sac, fini les assiettes en carton et les gobelets en plastique, fini les films en aluminium. La mode revient aux couverts métalliques, à la gourde ou à l’outre remplie d’eau du robinet, ou de vin bio.

Bon week-end !


Prochaine chronique, avec l'arrivée de l'automne : Saisons 

 



[2] Plastique, chronique du 11/12/2006

[3] Taxe (20/11/2006) et n°72 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)

[4] Sac (23/06/2008)

[5] Voir la chronique Masse (21/02/2008)

 

Publié dans developpement-durable

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