Label

Publié le par Bidou

Il est bien difficile de s’y retrouver, quand on a choisi de vivre en accord avec l’écologie. Il y a aujourd’hui un tas d’annonces de type markéting vert, et on sent bien qu’il s’agit d’un bon filon, d’un bon argument de vente, plus que de la défense de la planète. Et pourtant, si les consommateurs orientaient délibérément leurs choix vers des produits bons pour l’environnement, nous disposerions là d’un formidable levier pour le changement. Ce n’est pas en faisant de temps en temps une bonne action pour l’environnement, genre je prends mon vélo[1] pour aller acheter le pain, que les problèmes d’effet de serre et de disparition des requins[2] vont être résolus. La lutte pour l’environnement n’est pas une action à côté des autres, en plus, mais une autre manière de faire tous ses choix, de consommation, de mode de vie et de travail. Quand vous achetez une chemise, elle a été produite à partir de matières premières, elles-mêmes produites en usine, avec des ressources minières, ou à partir de productions agricoles, avec des producteurs qui maltraitent ou non la terre qu’ils cultivent, ou qui sont eux-mêmes maltraités par leurs fournisseurs et leurs acheteurs, etc. C’est toute une chaine, avec des effets sociaux et environnementaux. Le commerce équitable offre une illustration de cette succession d’étapes qui conduisent du producteur au consommateur. Si ce dernier est averti, informé, il module ses choix et influence ainsi, en amont, l’offre de l’appareil de production. Cette logique peut paraître bien optimiste, mais on constate que, quand le message est clair et que l’opinion est préparée, ça marche. L’étiquetage sur les consommations d’énergie a donné d’excellents résultats sur les appareils électro ménagers. Les Bonus[3] écologiques qui semblent vouloir s’étendre à de nombreux domaines entrent dans cette logique de signal donné aux consommateurs.

Pour aider ces derniers à y voir clair, pour qu’il ne soit plus les otages passifs de l’offre, et qu’ils deviennent des consomm-acteurs, les pouvoirs publics ont un rôle à jouer. Et dans un marché ouvert,  c’est aux instances communautaires qu’il revient de stimuler cette prise de conscience sur les modes de production et de consommation. La Commission a ainsi publié le 16 juillet dernier un plan d’action pour une production, une consommation et une politique industrielle responsables. Y figurent diverses mesures, sur l’éco conception et le management environnemental, les marchés publics, et, à l’attention des consommateurs, l’étiquetage énergétique et les éco labels.

Ne nous faisons pas d’illusions : le meilleur label du monde ne se substituera jamais à l’intelligence du consommateur, et à son sens des responsabilités. Tout d’abord parce que le développement durable est multi formes, et qu’il est impossible de tout embrasser en un seul signal. Ensuite parce que le lieu et les conditions d’achat comptent parfois autant que le produit, notamment pour la quantité d’énergie qu’il contient, compte-tenu du poids des transports dans l’équation. Une pizza labélisée bio qui vous serait livrée en mobylette au moteur deux temps mal réglé et au pot d’échappement trafiqué perdrait beaucoup de ses vertus de durabilité ! Et puis parce que l’usage d’un produit ou d’un équipement pèse souvent lourd dans le bilan global, plus que la part liée à la fabrication et à la commercialisation. Il n’empêche que les indications que donnent un label ou une étiquette sont précieuses : elles permettent justement au consommateur d’exercer pleinement sa responsabilité.

Les labels ou autres certificats s’étendent de produits simples à des objets plus complexes, comme des maisons. Certains ne garantissent qu’un type de performance, par exemple l’énergie, d’autres sont multi critères. La difficulté est de trouver à chaque fois l’équilibre entre la simplicité, l’économie, et la faisabilité à grande échelle d’un côté, et de l’autre le sérieux, la fiabilité d’un label. Celui-ci est le résultat d’analyses et de contrôles, avec des coûts et des difficultés propres d’accès à l’information. Un label est toujours réducteur, tout comme un diplôme dans une procédure d’embauche : il donne des indications, qu’il convient de mettre en perspective avec le contexte et la pratique prévisible. Un label n’est pas un blanc-seing.

C’est la culture du consommateur qui reste la clé de l’évolution de son comportement. Sa prise de conscience des enjeux, et la traduction qu’il en fait dans sa vie quotidienne et ses achats. Mais le label alerte et attire l’attention, il amène à se poser des questions, et stimule la curiosité. Malgré trous ses défauts, le label s’avère être un instrument bien utile pour la diffusion d’une culture de consommation responsable, sans laquelle toute perspective de développement durable serait illusoire.


Prochaine chronique : Pique-nique 

 



[1] Vélo, chronique du10/04/2006

[2] Requin (07/04/2008)

[3] Bonus (25/02/2008)

Publié dans developpement-durable

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Jacques 27/09/2008 09:18

Au lieu de se fier à des labels qui ne sont pas toujours très "nets", mieux vaut agir soi-même et démultiplier les actions.Sur le bog ci-dessous, une initiative iiconoclaste mais potentiellement très intéressante !http://www.programme-presidentiel.com/2008/09/27/pour-economiser-lenergie-il-faut-se-couper-les-cheveux/