Valeur

Publié le par Bidou

Très concrètement, il peut s’agir de valeurs boursières, avec les aléas qui les caractérisent. On pourra leur préférer les valeurs morales, références pour une société, qui sont au contraire très stables. Un mot aux résonnances multiples et contradictoires, que nous aborderons ici sous l’angle des utilités, des richesses créées au profit de la société.

Dans la vie courante, le terme est associé à un autre, ajouté, car ces valeurs s’ajoutent à chaque fois qu’un acteur économique s’en empare pour le transformer ou le transporter, le conditionner, le vendre. La valeur finale apparaît ainsi comme une somme de dépenses qui s’accumulent le long de la filière suivie par un objet ou un service. Ce sont les valeurs ajoutées, célèbres par la taxe qu’elles permettent de calculer[1].

Cette vision est bien imparfaite. Elle ignore la qualité et l’utilité même du service rendu, supposé traduit par les équilibres issus du marché. Puisqu’il y a un échange, la valeur des utilités est bien équivalente à la somme des valeurs ajoutées par la chaine de fabrication et de distribution.

Hypothèse largement fictive. Prenons un exemple : L’école[2]. Dans la colonne des dépenses, des valeurs ajoutées, il y a l’achat du terrain, la construction du bâtiment et ses nombreux raccordements aux réseaux, son entretien et ses consommations ordinaires, le personnel technique et enseignant. On peut y ajouter les fournitures scolaires, payées par les familles, et qui contribuent à l’enseignement. Dans la colonne des valeurs créées, il y a le niveau scolaire atteint par les enfants, leur éducation, leur entrée dans la vie sociale, sans compter la simple prise en charge des enfants pendant que leurs parents travaillent. Vous l’aurez compris, la valeur de l’école est bien supérieure à la somme des dépenses consenties pour construire et faire fonctionner l’école. On parle depuis longtemps de coût global, et c’est un progrès par rapport aux approches séparant les investissements des dépenses de fonctionnement, mais ce n’est que le volet dépenses, et pas un bilan qui devrait mettre en regard la valeur créée.

On pourrait évoquer aussi la santé[3], dans le même ordre d’idées. Sa valeur propre est bien souvent oubliée, obnubilés que nous sommes par les dépenses qu’elle occasionne. Le problème est que la valeur créée est difficile à évaluer, elle est variable, contingente, alors que les dépenses, en argent sonnant et trébuchant, se mesurent aisément.

L’hypothèse selon laquelle on mesure la valeur créée par les dépenses consenties pour les payer est donc bien hasardeuse. Elle vaut sans doute dans certains cas, mais la généraliser est bien abusif. C’est grâce à ce type de raisonnement que l’on considère que tout travail est porteur de richesses, alors qu’il peut en être destructeur, une fois le bilan établi convenablement. La comptabilité nationale traduit bien sûr cette hypothèse contestable, le PIB ne traduisant qu’une somme d’activités, et non pas la valeur des richesses produites, nette bien sûr, c'est-à-dire déduction faite des valeurs détruites, comme des ressources naturelles non renouvelables retirées de la circulation, l’appauvrissement de la capacité à produire des milieux naturels, ou encore la dégradation de liens sociaux, la mise en danger de la santé de personnels. Nous en sommes bien loin, et la marche vers le développement durable sera bien compromise tant que notre système comptable de référence sera biaisé comme il l’est maintenant. Loin d’un simple instrument d’observation, pour éclairer les citoyens et les responsables politiques et économiques, le mode actuel de comptabilité oriente les choix, en présentant une image[4] déformée de la réalité. Les biens essentiels, nécessaires à la vie et à la dignité humaine, comme le manger et le boire, mais aussi l’air que nous respirons, la sociabilité offertes par nos villes ou nos communautés humaines quelle qu’en soit la forme, la capacité pour chacun d’apprendre les choses de la vie, sont bien absentes de cette comptabilité. Certains de ces biens, autrefois abondants comme l’eau et l’air purs, ou les grands espaces, qui étaient restés hors du champ de l’économie, y sont déjà entrés, et y pèseront de plus en plus lourd. C’est au politique qu’il revient d’intégrer toutes ces valeurs, mais il a besoin pour cela de nouveaux instruments économiques. Piloter à vue est bien hasardeux, dans un univers aussi complexe que le monde moderne, avec le défi à relever du commencement du monde fini pour reprendre l’expression de Paul Valéry.


Prochaine chronique : Label

[1] On pourra se reporter à la chronique TVA, du 10/07/2008

[2] Ecole, chronique du12/03/2007

[3] Santé, chronique du 11/03/2006 et n°66 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com )

 [4] Image (05/03/2007)

 

Publié dans developpement-durable

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