Voile

Publié le par Bidou

Prenons la voile au féminin, pour cette chronique. La voile et la marine à voile illustrent parfaitement le côté dépassement[1] du développement durable. Certaines techniques traditionnelles, comme la voile, ont été abandonnées, justement parce qu’elles étaient traditionnelles, et ne permettaient pas de répondre à de nouvelles exigences. D’autres techniques les ont supplantées, et on n’a plus cherché à les améliorer. Il en est parfois resté des traces pour des usages secondaires, ou parallèles, comme la plaisance dans le domaine de la marine à voile. Pour le commerce et la pêche, sûr que la vapeur apporte plus de puissance et de régularité. Le charbon puis le fuel ont permis de profondes mutations dans ces activités, taille et vitesse des navires, matériel embarqué plus lourd, par exemple les filets pour la pêche, toujours plus longs. L’énergie gratuite qu’est le vent[2] s’est envolée, une autre, pas chère et régulière, venant prendre sa place. C’est comme dans la construction. Les maisons traditionnelles étaient par nécessité bien orientées et agencées en fonction de la lumière, du chauffage et de la fraîcheur des maisons, paramètres dont on a cru pouvoir s’affranchir avec les techniques modernes et l’énergie pas chère.

Il est clair aujourd’hui que le gratuit[3], notamment l’énergie gratuite, ne peut être négligé comme nous l’avons fait pendant quelques dizaines d’années. Il faut redevenir économe, et intégrer dans les projets toutes les opportunités de bénéficier d’apports gratuits, et non polluants qui plus est.

L’erreur serait de vouloir revenir au passé. Il n’est pas question ici de nostalgie, ni de sentimentalisme, mais de recherche d’efficacité. Comment ces ressources d’énergie, vieilles comme le monde, peuvent être remise en activité ? Certainement pas en faisant comme nos aïeux, malgré tout le respect et l’affection que nous leur devons. Il faut trouver de nouvelles techniques de valorisation de ces énergies, pour dépasser les performances anciennes bien sûr, mais aussi pour pouvoir combiner les apports gratuits à ceux obtenus avec les sources dites conventionnelles d’énergie.

Nous l’avons vu dans la chronique vent, la marine à voile refait surface. Des tentatives ont eu lieu il y a quelques années au Danemark a vec l’opération Modern Windship, mais l’énergie économisée, de 10% au départ, mais avec des perspectives d’augmenter fortement ce taux avec de plus gros navires, n’était pas suffisante pour justifier de telles recherches.


Aujourd’hui, le contexte a changé, et de nombreux projets voient le jour. Certains emploient des formules classiques, avec des voiles traditionnelles, comme le projet Grand largue, lancé par de nombreux partenaires professionnels et scientifiques sous
l’égide du pôle de compétitivité Mer Bretagne[4]. Il s’agit de réintroduire la voile sur les bateaux de pêche (de 10 à 20m de long) pour réduire la consommation de carburant. Voiles traditionnelles, mais équipement sophistiqué, pour ne pas exiger de travail supplémentaire aux équipages : Tout sera automatisé. Les promoteurs du projet en attendent de 20 à 30% d’économie de carburant, et un amortissement en deux ans.

Pour la marine marchande, l’expérience la plus spectaculaire semble celle lancée par une société allemande et présentée dans le dernier numéro de la revue systèmes solaires[5], dont la couverture illustre cette chronique. Adieu la voile à laquelle nous sommes habitués, bonjour le cerf volant, ou la voile de kitesurf à bonne échelle. Il s’agit ici de cargos imposants, en commençant par le Beluga Skysails, prototype de 133 mètres de long dont le nom associe la compagnie maritime, Beluga shipping, et l’entreprise qui a inventé le dispositif, Skysails. Là encore, 20% d’économies de carburant constatées au premier voyage, et des espérances d’aller beaucoup plus loin avec des voiles plus grandes, dont l’intérêt est d’aller capter le vent en altitude, là où il est plus puissant et plus régulier. Des installations sophistiquées accompagnent le lancement et le repli de la voile, pour ne pas compliquer la vie des marins. L’amortissement est prévu entre 3 et 5 ans.

Dans les deux cas, comme pour les bateaux équipés de panneaux solaires, l’habileté est de ne pas tout attendre de l’énergie renouvelable, mais de lui demander un appoint substantiel, au moins pour commencer. C’est en combinant les énergies que les performances s’améliorent, beaucoup plus qu’en jouant l’une ou l’autre d’entre elles. Le développement durable, c’est cultiver les complémentarités.

Prochaine chronique : Valeur


[1] Dépasser, chronique du 18/06/2006 et n°19 dans Coup de shampoing sur le développepment durable (www.ibispress.com )

[2] Vent chronique du 25/08/2008

[3] Gratuit 3 chronique du 0/04/2007

[5] N° 186, juillet-août 2008, www.énergies-renouvelables.org .

Publié dans developpement-durable

Commenter cet article