Course

Publié le par Bidou

Nos équipements sont de plus en plus performants. Ils sont de plus en plus efficaces, et consomment moins d’énergie. Que ce soit les voitures ou les machines à laver, les progrès sont considérables. Le problème est qu’on ne voit pas pour autant les courbes de consommation baisser, ou alors très légèrement. Comment se fait-il que ces avancées spectaculaires ne se traduisent pas dans notre bilan, et que le fameux facteur 4 ne se rapproche-t-il pas de nous ? C’est qu’il y a une course entre le progrès et les besoins. Les moteurs de nos voitures sont plus économes, mais il faut plus de sécurité, plus de confort. Les voitures sont plus lourdes, et patatras, tout le bénéfice sur les moteurs est repris par ces à-côtés. On peut en dire autant de bien des matériels courants, comme les écrans LCD, toujours bien plus grands que leurs prédécesseurs cathodiques, ou les frigos, dont le volume moyen s’est accru de près de moitié en 10 ans notamment. Ces dérives sont connues, de même que certaines parades. Pourquoi construire des voitures capables d’atteindre les 200 km/h, alors qu’elles roulent à 50 km la plupart du temps, et que de toute façon, elles ne doivent pas dépasser le 130 ? Cet attrait de la vitesse, qui doit rester platonique, alourdit considérablement les voitures, et plombe leurs performances énergétiques réelles. Une étude récente réalisée pour la Commission européenne montre, dans un autre domaine, que les bureaux sont trop éclairés, que les personnels s’en plaignent. La réglementation exige de hauts niveaux d’intensité lumineuse, qui fatiguent l’organisme, et consomment de l’énergie. Plus de lumière du jour, plus la liberté d’ouvrir les fenêtres et de régler son environnement personnel, voilà des pistes pour lutter contre cette dérive. Les économies sont aussi compensées par de nouvelles habitudes de consommation, comme rester plus longtemps devant sa télévision, mais aussi utiliser de nouveaux matériels comme les jeux électroniques : La puissance électrique appelée par les consoles de jeu serait multipliée par 10 tous les 5 ans selon l'étude européenne REMODECE . Les performances des matériels vont continuer à s’améliorer. L’Union européenne y travaille, avec l’établissement de nouvelles normes, de plus en plus exigeantes. Par exemple, les veilles , déjà évoquées dans ce blog, connaissent des progrès réels, mais encore bien insuffisants. Les matériels en veille devront se situer dans une fourchette de 1 à 2W d’ici 2010, et de 0,5 à 1W en 2013. Une série d'appareils électriques devront respecter des normes minimales de consommation : dans un premier temps, les ampoules électriques, l’éclairage urbain et de bureau, les alimentations électriques et les récepteurs numériques pour télévision, et puis ensuite les chaudières, les chauffe-eau et les postes de télévision. Ajoutons l’étiquetage informatif, de plus en plus répandu, pour que les consommateurs portent leurs choix sur les appareils les plus efficaces, et nous voilà en présence d’un dispositif complet pour influencer la conception même des équipements. Voilà pour la course menée par le progrès technique. Mais il est talonné sans cesse par les incitations à consommer plus, et à renouveler prématurément un matériel. Les gains unitaires ne sont pas assez grands pour compenser cette frénésie de consommation, ce besoin d’acheter le tout nouvel appareil. Il faut dire que les pressions commerciales ne manquent pas, et que les campagnes sur les comportements ne peuvent les compenser totalement. La course ne peut être gagnée que si les comportements évoluent. Pas de solution technique pure. Mais il faudrait aussi que les grandes firmes soient soumises, comme les marchands d’énergie, à une logique d’efficacité, avec des certificats d’économies ou tout autre procédé, pour les faire participer activement à cet évolution des comportements. La conception même de leurs produits peut faciliter, ou non, cette nécessaire transformation. D’autres mécanismes, comme la location, ou la propriété collective, doivent être mis à contribution pour rendre la vertu facile. La panoplie des moyens d’action sur les comportements reste à compléter, et doit influencer celle des obligations techniques. Les deux doivent se conjuguer dans une bonne opération de packaging !

Publié dans developpement-durable

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