Statut

Publié le par Bidou

Satisfaire nos besoins, les nôtres et ceux de nos descendants, tel est l’ambition du développement durable. La question est de bien définir les besoins, et c’est plus compliqué que ça en a l’air. Certains sont vitaux, comme le manger et le boire, le logement ou encore l’éducation ou la santé. Ces mots n’ont pas le même sens pour tout le monde, ils sont connotés par la société, le milieu où nous vivons et le type de réponse qui ont toujours été apportés. Et ils dépendent de notre situation dans notre environnement, dans notre groupe social : Une bonne partie de nos besoins sont culturels et relèvent plus du statut que nous revendiquons dans la société que de la physiologie. Certains y verront peut-être une dérive, un épiphénomène qui ne doit pas nous faire oublier les besoins élémentaires, mais ce serait nier la réalité telle que nous la constatons chaque jour, et le poids des personnalités dans la définition des besoins. Ça n’est pas qu’un bol de riz ou un morceau de pain, assorti de quelques protéines, c’est forcément aussi une place dans la société, un mode de relation avec son entourage.

On le constate tous les jours, certaines consommations ne sont que la revendication d’un statut social. C’est typiquement le cas du tabac pour les jeunes, qui doivent  s’affirmer. Une grosse voiture sera le signe de la réussite sociale, même si une petite ferait très bien l’affaire d’un point de vue fonctionnel, ou même pas du tout de voiture. Le moment viendra peut-être où il sera gratifiant de pouvoir enfin se passer de voiture. Il est sans doute déjà arrivé dans certains groupes sociaux. Les besoins, même les besoins essentiels, dont des besoins psychologiques, évoluent sans cesse, et il vaudrait mieux que ce soit vers une plus grande frugalité, érigée en modèle supérieur, qu’en consommation effrénée. La sélectivité comme valeur sociale de référence, plutôt que la boulimie.

La frugalité souvent évoquée, avec une toile de fond de moines bouddhistes, n’est pas spontanément enthousiasmante. On ne convainc pas grand monde en affirmant qu’il suffit de ne rien vouloir pour être riche. Surtout quand on voit de vrais riches se pavaner à côté ! Il n’est pas possible de faire abstraction des besoins d’ordre psychologique ou sociétal, bien réels et obéissant à des lois incontournables. Le culte de la vitesse, par exemple, ne traduit pas un besoin, sauf dans quelques cas d’urgence, mais un besoin de s’affirmer. Dommage que ce besoin ne prenne pas la forme d’une mâle assurance, celle de Zorro qui prend tout son temps pour arriver, sans se presser, le grand Zorro, qui méprise souverainement la vitesse. Cette consommation, ces genres de vie, ne sont pas des données intangibles, elles peuvent changer, mais pas en se contentant de condamnations ou d’exhortations morales et bien pensantes. Il faut entrer dans l’épaisseur du phénomène, comprendre pourquoi telle ou telle consommation, ou tel ou tel comportement, apparemment inutile, s’impose malgré tout. Nous sommes en  présence de phénomènes de dépendance[1], d’addiction pour reprendre un mot savant utilisé récemment pour parler du jeu, dont pas mal de gens ne peuvent se passer malgré qu’il détruise leur vie.

Il en est de même pour les pays, qui aspirent à renforcer leur statut dans leur région et dans le monde. Il leur faut parfois s’affirmer sur un plan intérieur, pour souder des populations disparates, il faut montrer à son voisin que l’on pèse sur la scène internationale, ou au moins que l’on compte sur l’échiquier régional. Même pauvre, le prestige est nécessaire, ne serait-ce que pour faire illusion.

Comment revendiquer un statut flatteur ? Parfois par des conquêtes territoriales, montrant ainsi une continuité avec des empires anciens, mythiques même s’ils sont déchus depuis longtemps. Parfois par la possession d’un joyau, ou la maîtrise d’une ressource rare, qui permet de tenir la dragée haute à ceux qui en ont besoin. La maîtrise d’une technique moderne, sophistiquée donne aussi la preuve que l’on fait patrie des grands. Et dans ce registre, le nucléaire occupe un rôle privilégié. Comment expliquer, sinon, l’attraction qu’exercent les centrales nucléaires pour des pays gorgés de soleil, souvent pourvus de grands espaces inoccupés, pour lesquels des technologies solaires seraient bien plus adaptées, rapides de mise en place, et créatrice d’emplois locaux en grande quantité ? Le prestige, bien plus puissant que la simple recherche d’une efficacité industrielle. Les grands équipements comme des barrages sont dans la même veine. L’amélioration des réseaux et des techniques d’irrigation seraient 4 fois plus efficaces, à coût constant, que la création de nouveaux équipements, mais c’est un travail de fourmi, au long cours, sans inaugurations ni grand spectacle. Avec la centrale nucléaire pour dessaler l’eau de mer au bord d’un désert inondé d’un soleil[2] quasi permanent, on parvient au nirvana.

Ce n’est qu’une étape[3]. Que faire ensuite, notamment quand on prend conscience que l’on a bien l’usine, mais qu’on est complètement lié pour le combustible, et que finalement on est sous contrôle ? Affirmer encore une fois son statut de grande puissance régionale en franchissant l’étape suivante, celle de la maîtrise des approvisionnements. C’est la suite logique, et ceux qui s’en montrent surpris sont des naïfs ou des hypocrites. Interrogé sur le sujet à l’Assemblée par un député, Al Gore, qui venait d’y présenter son film Une vérité[4] qui dérange, l’a dit très clairement : toutes les affaires de prolifération nucléaire auxquelles il a été confronté en tant que vice-président des Etats-Unis avaient toutes pour origine le nucléaire civil. Comment être reconnu parmi les grands, aujourd’hui, si vous n’avez pas la bombe ? C’est une affaire de statut. Le problème est qu’ensuite, il faut bien gérer aussi bien la gestion au quotidien des installations nucléaires, que les risques d’un usage qui serait toujours dramatique pour l’humanité.

Comment donc éviter cet engrenage ? Tout d’abord en arrêtant de faire une promotion inconsidérée du nucléaire civil, première étape d’une marche implacable vers le militaire ; et ensuite offrir d’autres perspectives valorisantes, d’autres formes de prestige qui permette d’atteindre un statut à la fois élevé et durable. Ce n’est pas une affaire simple, mais c’est incontournable.


Prochaine chronique : Exploit. Normal, à la veille des JO !

[1] Dépendance, chronique du 04/10/2007

 

[2] Soleil, chronique du 17/08/2006 et n°70 dans Coup de shampoing sur le développement durable, www.ibispress.com

[3] Etape, chronique du 06/11/2006 et n°25 dans Coup de shampoing

[4] Vérité, chronique du  10/10/2006 et n°79 dans Coup de shampoing

 

Satisfaire nos besoins, les nôtres et ceux de nos descendants, tel est l’ambition du développement durable. La question est de bien définir les besoins, et c’est plus compliqué que ça en a l’air. Certains sont vitaux, comme le manger et le boire, le logement ou encore l’éducation ou la santé. Ces mots n’ont pas le même sens pour tout le monde, ils sont connotés par la société, le milieu où nous vivons et le type de réponse qui ont toujours été apportés. Et ils dépendent de notre situation dans notre environnement, dans notre groupe social : Une bonne partie de nos besoins sont culturels et relèvent plus du statut que nous revendiquons dans la société que de la physiologie. Certains y verront peut-être une dérive, un épiphénomène qui ne doit pas nous faire oublier les besoins élémentaires, mais ce serait nier la réalité telle que nous la constatons chaque jour, et le poids des personnalités dans la définition des besoins. Ça n’est pas qu’un bol de riz ou un morceau de pain, assorti de quelques protéines, c’est forcément aussi une place dans la société, un mode de relation avec son entourage. On le constate tous les jours, certaines consommations ne sont que la revendication d’un statut social. C’est typiquement le cas du tabac pour les jeunes, qui doivent s’affirmer. Une grosse voiture sera le signe de la réussite sociale, même si une petite ferait très bien l’affaire d’un point de vue fonctionnel, ou même pas du tout de voiture. Le moment viendra peut-être où il sera gratifiant de pouvoir enfin se passer de voiture. Il est sans doute déjà arrivé dans certains groupes sociaux. Les besoins, même les besoins essentiels, dont des besoins psychologiques, évoluent sans cesse, et il vaudrait mieux que ce soit vers une plus grande frugalité, érigée en modèle supérieur, qu’en consommation effrénée. La sélectivité comme valeur sociale de référence, plutôt que la boulimie. La frugalité souvent évoquée, avec une toile de fond de moines bouddhistes, n’est pas spontanément enthousiasmante. On ne convainc pas grand monde en affirmant qu’il suffit de ne rien vouloir pour être riche. Surtout quand on voit de vrais riches se pavaner à côté ! Il n’est pas possible de faire abstraction des besoins d’ordre psychologique ou sociétal, bien réels et obéissant à des lois incontournables. Le culte de la vitesse, par exemple, ne traduit pas un besoin, sauf dans quelques cas d’urgence, mais un besoin de s’affirmer. Dommage que ce besoin ne prenne pas la forme d’une mâle assurance, celle de Zorro qui prend tout son temps pour arriver, sans se presser, le grand Zorro, qui méprise souverainement la vitesse. Cette consommation, ces genres de vie, ne sont pas des données intangibles, elles peuvent changer, mais pas en se contentant de condamnations ou d’exhortations morales et bien pensantes. Il faut entrer dans l’épaisseur du phénomène, comprendre pourquoi telle ou telle consommation, ou tel ou tel comportement, apparemment inutile, s’impose malgré tout. Nous sommes en présence de phénomènes de dépendance , d’addiction pour reprendre un mot savant utilisé récemment pour parler du jeu, dont pas mal de gens ne peuvent se passer malgré qu’il détruise leur vie. Il en est de même pour les pays, qui aspirent à renforcer leur statut dans leur région et dans le monde. Il leur faut parfois s’affirmer sur un plan intérieur, pour souder des populations disparates, il faut montrer à son voisin que l’on pèse sur la scène internationale, ou au moins que l’on compte sur l’échiquier régional. Même pauvre, le prestige est nécessaire, ne serait-ce que pour faire illusion. Comment revendiquer un statut flatteur ? Parfois par des conquêtes territoriales, montrant ainsi une continuité avec des empires anciens, mythiques même s’ils sont déchus depuis longtemps. Parfois par la possession d’un joyau, ou la maîtrise d’une ressource rare, qui permet de tenir la dragée haute à ceux qui en ont besoin. La maîtrise d’une technique moderne, sophistiquée donne aussi la preuve que l’on fait patrie des grands. Et dans ce registre, le nucléaire occupe un rôle privilégié. Comment expliquer, sinon, l’attraction qu’exercent les centrales nucléaires pour des pays gorgés de soleil, souvent pourvus de grands espaces inoccupés, pour lesquels des technologies solaires seraient bien plus adaptées, rapides de mise en place, et créatrice d’emplois locaux en grande quantité ? Le prestige, bien plus puissant que la simple recherche d’une efficacité industrielle. Les grands équipements comme des barrages sont dans la même veine. L’amélioration des réseaux et des techniques d’irrigation seraient 4 fois plus efficaces, à coût constant, que la création de nouveaux équipements, mais c’est un travail de fourmi, au long cours, sans inaugurations ni grand spectacle. Avec la centrale nucléaire pour dessaler l’eau de mer au bord d’un désert inondé d’un soleil quasi permanent, on parvient au nirvana. Ce n’est qu’une étape . Que faire ensuite, notamment quand on prend conscience que l’on a bien l’usine, mais qu’on est complètement lié pour le combustible, et que finalement on est sous contrôle ? Affirmer encore une fois son statut de grande puissance régionale en franchissant l’étape suivante, celle de la maîtrise des approvisionnements. C’est la suite logique, et ceux qui s’en montrent surpris sont des naïfs ou des hypocrites. Interrogé sur le sujet à l’Assemblée par un député, Al Gore, qui venait d’y présenter son film Une vérité qui dérange, l’a dit très clairement : toutes les affaires de prolifération nucléaire auxquelles il a été confronté en tant que vice-président des Etats-Unis avaient toutes pour origine le nucléaire civil. Comment être reconnu parmi les grands, aujourd’hui, si vous n’avez pas la bombe ? C’est une affaire de statut. Le problème est qu’ensuite, il faut bien gérer aussi bien la gestion au quotidien des installations nucléaires, que les risques d’un usage qui serait toujours dramatique pour l’humanité. Comment donc éviter cet engrenage ? Tout d’abord en arrêtant de faire une promotion inconsidérée du nucléaire civil, première étape d’une marche implacable vers le militaire ; et ensuite offrir d’autres perspectives valorisantes, d’autres formes de prestige qui permette d’atteindre un statut à la fois élevé et durable. Ce n’est pas une affaire simple, mais c’est incontournable.






























Publié dans developpement-durable

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jo 05/08/2008 07:32

Des associations d’écolo qui ne servent à rien.
Cela fait 3 ans que l’on pollue notre znieff, du fioul, des ordures, javel, poubelles etc. directement déversés dans les cours d’eau. Personne pas même la préfecture ne s’inquiète.
J’ai contacté plein d’écolo même cap21 tous s’en foutent, les ornitho tournent la tête, alors que les oiseaux crèvent par la pollution. Les plantes protégées ‘Nivéoles’, sont cramées sur place, les fossés ont dans le fond la pollution de 4 ans de j’menfoutisme.   
Merci M Borloo pour notre parc. Vous êtes vraiment formidable en matière d’écologie.
Un parc d’attractions entièrement gratuit
C’est en Normandie, c’est à Cabourg.
http://anarchiland.ifrance.com/
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Signé : Un mec écœuré par tant d’hypocrisie.