Mer

Publié le par Bidou

Ne parlons pas aujourd’hui de la mer de glace, qui fond chaque année un peu plus, mais de celle qu’on voit danser le long des golfs clairs[1].

La mer est généreuse. Elle offre à l’humanité une quantité extraordinaire de ressources, et en plus une infrastructure de transport particulièrement efficace. Des cadeaux dont l’humanité a bien pris conscience, car la moitié d’entre elle vit sur les côtes. Cette générosité s’exprime parfois avec excès, tant la mer regorge d’énergie. Elle se montre capricieuse, et manque de régularité. Ce sont des défauts dont il faut prendre son parti, si on veut profiter de ses richesses, et ils ne doivent pas faire oublier la régularité des marées, des courants, sa capacité à « tamponner » les températures, à amortir des variations climatiques, des bienfaits dont on ne parle guère, sauf quand s’exprime la crainte d’un dérèglement, comme ceux du Nino dans le Pacifique Sud ou du Gulf Stream plus près de chez nous. Tout comme les bienfaits du soleil que l’on ramasse passivement, comme la chaleur derrière une vitre, les dons gratuits[2] de la mer, dont nous disposons sans lever le petit doigt, sont vite oubliés. Ils peuvent ainsi être mis en péril sans qu’on n’y prenne garde. Le réchauffement climatique pourrait affecter demain les grands équilibres qui s’établissent chaque saison sur les océans, avec comme conséquences des cyclones aggravés et plus fréquents, des contrastes exacerbés entre tempêtes et calmes plats. Les mouvements des immenses masses d’eau entre océans constituent une donnée structurante du fonctionnement de la planète. Il serait surement possible de s’adapter à un nouvel ordre des choses, mais à quel prix, humain et financier ? Ces équilibres sont dynamiques, ils s’ajustent en permanence, ce qu’il y a de nouveau, c’est la rapidité avec laquelle les changements s’opèrent, ce qui ne laisse pas le temps de s’adapter en douceur.

Les bienfaits de la mer sont multiples : les poissons[3], coquillages et autres crustacés, en un mot les fruits de mer ; les algues[4], encore peu utilisées mais source de nombreux produits, alimentaires, pharmaceutiques ou cosmétiques ; l’énergie, sous diverses formes, des courants à la houle[5] ; les matières premières issues des fonds marins, sédiments ou minerais, sable ou nodules, et bien sûr le pétrole off shore. N’oublions pas l’immense capacité de transport, qui ne nécessite pas de pose de rail ni de construction de route : il n’y a que le terminal à construire ; imaginez que les trains n’aient besoin que des gares : quelle économie !  Il faut y ajouter un capital plaisir, valorisé par le tourisme[6], les randonnées sur les chemins des douaniers, les bains de mer et la navigation de plaisance. Je n’aurai garde d’oublier le volet santé[7], avec un volet épuration des eaux et de l’air, dont tout le monde profite, et la thalassothérapie pour ses adeptes. Merci la mer.

Ces bienfaits sont gratuits, l’action de l’Homme permet de les valoriser, de les concrétiser et de les traduire en profits de toute nature pour notre plaisir, notre activité économique et notre santé. Avec un apport marginal, ce potentiel tombe dans notre escarcelle.  Il y a toutefois pour cela des règles à respecter. Il faut savoir ménager la mer, le littoral, les fleuves qui charrient des tonnes de sédiments souvent chargés de polluants, comme le mercure ou des métaux lourds. Sa productivité n’est pas infinie, et dépend de nombreux paramètres sur lesquels les hommes ont une influence. La mer est sans doute une bonne usine d’épuration des eaux, mais pas d’excès, elle ne traite pas tout, et pas en quantité excessive : halte aux marées noires, aux vidanges de cuves et aux égouts déversés directement dans la mer. Pareil pour les déchets, facilement rejetés et oubliés dans des fosses, comme jadis les déchets nucléaires, les boues qu’elles soient jaunes ou rouges, et encore souvent des produits de dragage, à la composition suspecte. La mer accueille volontiers des carcasses, qu’elle digère et colonise rapidement grâce à sa diversité d’espèces animales et végétales, mais débarrassées préalablement des équipements contenant plomb et amiante.

Les rejets en mer, directement ou par les fleuves, peuvent aussi être favorables, et il faut conserver une relation forte entre la terre et la mer, une perméabilité qui nous gêne souvent, mise à mal par l’artificialisation des côtes, les barrages le long des fleuves, même si des échelles à poisson recrée une part de continuité. Certaines formes de littoral comme les mangroves et les récifs coralliens sont à préserver avec détermination, mais aussi les marais côtiers et leurs eaux saumâtres.

L’exploitation minière des fonds ou des sous-sols marins doit aussi être prudente, les pollutions accidentelles étant bien nombreuses et parfois lourdes de conséquences dans les milieux fragiles. Nous sommes là dans un domaine aussi sensible que la conquête spatiale, où le zéro défaut doit être recherché avec toute la rigueur que cela exige dans les modes opératoires.

Et puis il y a la pêche, la mise en cause d’équilibres biologiques comme la chute brutale du nombre de requins[8], prédateurs et régulateurs millénaires des pyramides d’espèces maritimes, végétales et animales. Les navires usines et les procédés industriels de la pêche moderne, dans des océans sans contrôles, les filets longs de plusieurs kilomètres et bien peu sélectifs, sont-ils compatibles avec le maintien d’une richesse biologique et d’une capacité de production à la hauteur des besoins de l’humanité ?

La mer est une poule aux œufs d’or. Un capital [9]à entourer des plus grands soins.


Prochaine chronique : Péage

[1] Charles Trenet, 1945

[2] Gratuit, chronique du 30/04/2007

[3] Voir à ce sujet la chronique Grenadier (09/11/2006) et n°29 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com )

[4] Algues,  chronique du 17/03/2008

[5] Voir la note Sous-marin du17/04/2008

[6] Tourisme, chronique du 05/02/2006 et n°76 dans Coup de shampoing

[7] Santé, chronique du 11/03/2006 et   n°66 dans Coup de shampoing

[8] Requin, chronique du 07/04/2008

[9] Capital, chronique du 22/02/2007

 

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