Reconversion

Publié le par Bidou

Entrer dans le développement durable, c’est tout simplement décider de contribuer à construire ce monde de demain, qui assurera le bien-être de 9 milliards d’êtres humains, moitié plus qu’aujourd’hui, d’ici une quarantaine d’années. Cette ambition va provoquer de nombreux changements, des abandons d’activités ici, et la croissance de nouveaux secteurs d’activité ailleurs. Nos modes de vie vont changer, comme ils ont souvent changé au cours de l’histoire, et la question est de savoir comment faire, comment accompagner le changement pour que ces transformations qui nous attendent soient voulues et non subies, qu’il n’y ait pas de victimes, ni de retards qui obligent à des rattrapages brutaux. En matière d’économie, le développement durable entraînera la reconversion de nombreuses activités. Nous avons vu que les compétences[1] acquises dans les anciennes activités pouvaient être utilement recyclées, et que le concept de bilan de compétences est justement apparu pour cela. Non seulement ces bilans sont l’occasion pour chacun d’y voir clair sur son savoir faire traditionnel, mais ils sont l’occasion de découvrir un potentiel masqué et parfois même inconnu, dont nous n’avons pas pris conscience.

La reconversion d’activités lourdes sera un enjeu majeur pour les prochaines décennies. La redistribution des activités à la surface de la planète en est un des aspects. Fait-il continuer à concentrer les unités de production industrielle, compte-tenu de l’impact des transports sur l’effet de serre, faut-il continuer les concentrations dans la production agricole, avec leurs conséquences dramatiques sur les équilibres alimentaires de milliards d’humains et les équilibres écologiques de régions entières de la planète ? De nouvelles formes de production vont voir le jour, de nouvelles organisations dans les échanges, de nouvelles habitudes de consommation, de nouvelles affectations des territoires. Nous allons par exemple retrouver plaisir à redécouvrir chaque année les produits et les plats de saison.

La reconversion est à l’ordre du jour, car il faut faire vite, les technologies évoluent à toute vitesse, et il vaut mieux anticiper à l’occasion de ces transformations que de se laisser surprendre et s’apercevoir que l’on a investi à contre emploi.

Le secteur de l’automobile illustre brillamment cette question de la reconversion. Il y a les firmes qui tentent de faire durer la situation passée. Nous ne savons faire que des voitures, et il n’est pas d’avenir pour nous hors de cette activité. Nous consentons à étudier, et le plus souvent à regret, de nouvelles sources d’énergie pour nos moteurs, comme l’électricité. On conserve néanmoins nos vieux modèles, avec leurs performances fondées sur l’épate et la vitesse[2]. Ce n’est pas notre faute, c’est ce que les clients[3] demandent ! Nos voitures qui roulent pour 95% de leur temps en ville ne peuvent être bridées ni  dimensionnées pour de petites vitesses, car nous n’en vendrions plus ! Nous allons dans le mur, mais ce sont nos clients qui nous y conduisent, malgré les 10% de publicité que nous devons dépenser sur notre chiffre d’affaire pour éviter que celui-ci ne baisse.

Une reconversion impossible, manifestement, au-delà de quelques efforts sur les performances des moteurs et des transmissions, qui nous permettront au passage d’engranger quelques bonus[4]. Là, on sait faire. Continuons à inonder la Terre de nos engins, faisons en sorte que leurs services, indéniables en certaines circonstances, soient incontournables et deviennent la règle dans les pays émergents. Il ne faudrait surtout pas que l’on s’aperçoive que l’on peut vivre sans une automobile omniprésente.  Rendons notre activité éternelle, même si elle porte en elle-même les causes de sa perte, comme la hausse du prix des carburants que la multiplication des voitures ne peut qu’engendrer.

Tableau bien sévère, et qui ne traduit pas totalement la réalité. Certains constructeurs ont engagé leur reconversion. Sans doute en faisant leur bilan de compétences. L’un des constructeurs les plus emblématiques mérite attention : Toyota. Après avoir lancé la première voiture hybride de grande diffusion, la Prius, la firme japonaise a décidé d’aller plus loin, et de diversifier sa production. Quand on sait faire une voiture, on maîtrise de nombreuses techniques. Toyota s’est rendu compte qu’il était champion pour fabriquer des robots. Des robots pour monter des voitures, au départ, mais ensuite des robots pour toute autre activité, comme jouer de la musique ou des services domestiques. Les robots, c’est bien commode pour ne nombreuses tâches peu valorisantes, et comme notre population vieillit, ils pourraient suppléer le manque de bras pour ces tâches. C’est un marché d’avenir. Evidemment, il faudra veiller au grain, il y aura bien des abus dans les usages des robots, des combats de robots comme il y a des combats de coqs par exemple. Il faudra surveiller les débordements de ces robots, mais ils constituent une activité qui pourrait, d’ici quelques années, représenter une bonne part de l’activité de Toyota.

Les équipementiers automobiles se reconvertissent également. La presse nous apprend que l’un des plus gros d’entre eux, Bosch, a décidé d’investir dans les capteurs solaires photovoltaïques. Quand on est le roi de l’électronique, on doit pouvoir diversifier ses activités.

Les exigences du développement durable offrent de nombreuses opportunités, à saisir bien sûr. Le Grenelle de l’environnement en a pointé quelques unes, notamment la modernisation de notre parc immobilier quoi doit permettre la création de 100 000 emplois. Encore faut-il que les entrepreneurs, les industriels et les investisseurs se mobilisent, s’inscrivent dans la dynamique[5] du développement durable auquel ils doivent contribuer, pour leur plus grand profit comme pour celui de l’humanité.


Prochaine chronique : Mer (la grande bleue !)

[1] Compétence, chronique du 19/06/2008

[2] Vitesse , chronique du 16/11/2006 et n°80 dans Coup de shampooing sur le développement durable (www.ibispress.com)

[3] Client, chronique du 02/11/2006 et n°14 dans Coup de shampooing

 

[4] Bonus, chronique du  5/02/2008

[5] Dynamique, chronique du 1/07/2006 et n°22 dans Coup de shampooing

 

Publié dans developpement-durable

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