Schtroumpf

Publié le par Bidou

Durable semble être devenu un mot magique. Tout devient durable, la route[1] comme l’architecture, ou bien les quartiers[2], l’agriculture[3] ou encore la mode[4]. Nous n’attendons plus que le schtroumpf durable, formidable expression qui tiendra lieu de laissez-passer universel pour un monde durable. Sans illusion, bien sûr, en attendant que de bons exégètes ne lancent le débat schtroumpf durable ou développement schtroumpf. On se souvient du débat homérique tire-bouchschtroumpf ou schtroumpfe-bouchon, dans Schtroumpf vert et vert Schtroumpf, (Dupuis, 1973). Cette grave question qui mérite qu’on y travaille d’arrache pied, mais ce sera plus tard.

Vous l’aurez compris, schtroumpf durable ne veut rien dire en soi, ce n’est qu’une contraction rapide, laquelle peut devenir réductrice si l’on n’y prend garde. Un quartier durable est un quartier dont les habitants pourront adopter un mode de vie durable, c'est-à-dire conforme à des principes, ceux du développement durable. Jacques Ferrier, architecte concepteur de l’exposition architecture = durable[5] préfère parler d’architecture au service d’une société durable, plutôt que d’architecture durable.[6] Il craint que le terme semble faire du développement durable un sous-genre de l’architecture, alors que le développement durable est une question transversale, pas simplement une problématique d’architectes ou d’ingénieurs.

Gardons-nous d’une lecture trop rapide, quoi ferait d’un objet durable une fin en soi. C‘est son usage, l’appropriation qui en sera faite qui compte, c’est à ce niveau que le bilan doit être tiré. Pour rester un instant dans le champ de la construction, la HQE[7] n’a aucun intérêt si elle ne s’inscrit pas dans une évolution plus large des modes de vie, de travail, de loisirs. On ne construit pas un bâtiment pour le plaisir de construire, mais pour y accueillir des êtres humains, qui doivent s’y épanouir au moindre coût environnemental. Le bâtiment est un cadre offert pour une vie différente, il n’est pas un objectif en soi. Comprendre le mode de vie des futurs occupants, et se mettre d’accord avec eux sur la manière dont elle doit évoluer à l’heure du développement durable, et en y mettant de l’ambition, est l’étape préalable à toute recherche d’architecture durable. Tout commence dès le programme[8].

Il ne saurait non plus y avoir d’agriculture durable sans réflexion sur l’alimentation ou les besoins de matières premières. Ce n’est pas que la manière de produire qui compte, mais l’usage qui est fait des produits et la relation qui se tisse entre le producteur et le consommateur.

Schtroumpf durable permet d’illustrer les nombreux abus de langage autour du développement durable. Le raccourci n’est pas que formel, il traduit souvent une pensée aux perspectives tronquées, restreintes à un univers spécialisé, favorisant la technicité de l’univers du schtroumpf en question.

Il ne faut pas négliger cet aspect, la technique est absolument nécessaire pour atteindre les haut niveaux de performance que le développement durable nous assigne. Mais il faut souligner deux écueils de cette approche : Tout d’abord elle ignore souvent les modes d’appropriation de ces techniques, la manière dont le relais est passé entre les tenants de ces techniques, qui les maîtrisent parfaitement, personne n’en doute, et les ceux qui devront vivre avec et les faire prospérer jour après jour. Ensuite elle tend à isoler le domaine du schtroumpf du reste du monde et des autres aspects de la vie. Il est bien difficile d’accepter que son excellence technique soit contingente, qu’elle dépende d’autres paramètres que ceux que la technique a retenus dans son cahier des charges.

Le schtroumpf durable n’est légitime que s’il introduit la réflexion sur l’intégration du schtroumpf  dans la vie, dans la société, dans un monde complexe dont il n’est qu’une composante. Ce peut être un premier pas, et c’est très important de bien démarrer. Mais qu’il ne substitue pas à une approche véritable du développement durable.


Prochaine chronique : Reconversion

[1] Route, chronique du 31/05/2007

[2] Quartier, chronique du 19/07/2007

[3] Agriculture, chronique du 08/05/2008)

[4] Mode, chronique du 03/07/2008)

[5] Du 24 juin au 19 octobre 2008 à Paris, au Pavillon de l’Arsenal

[6] Interview publié dans Le Moniteur-Expert du 4 juillet 2008

[7],HQE, Haute qualité environnementale, chronique du 08/11/2007)

[8] Programme , chronique du 01/01/2007

 

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