Europe

Publié le par Bidou

Comment ne pas partir de ce mot au lancement de la présidence française de l'union européenne, et au lendemain de l'Euro de football ?
L'appréciation de l'Europe est contrastée. Pour certains, elle n'est qu'une déclinaison régionale de la mondialisation. Le grand mouvement de l'ouverture sans contrainte des frontières pour le business, les capitaux, les marchandises comme les textiles ou les voitures, trouve son application dans les règles que l'Europe impose à chaque pays membre, avec en plus une fermeture des frontières de l'Union pour les populations du Sud, deux fois victimes du phénomène. Une Europe impuissante ou peut-être même complice d'une machine infernale qui brise les hommes au profit de groupes multinationaux qui ne songent qu'à faire le maximum de bénéfices. Une Europe des délocalisations et de la perte des avantages acquis durement à l'issue de luttes âprement menées depuis la révolution industrielle, et même avant avec les réformes agraires et les révoltes paysannes.
Une vision bien sombre, à la fois de la mondialisation et de l'Europe, mais portée par une actualité où apparaissent régulièrement de nouvelles fermetures d'usines et la hausse des prix des denrées de base, alimentaires notamment, dont sont victimes les plus démunis, dans un monde où les écarts de revenus entre les plus riches et les plus pauvres ne cessent de s'aggraver. Peut-on changer les règles du jeu de la mondialisation, peut-on en prendre le bon côté en évitant les mauvais ? Les échanges de toutes natures ont assurément du bon, encore faut-il qu'ils s'établissent sur des bases saines, sans domination des uns sur les autres, et dans le respect des diversités. Pas facile, mais l'absence de règles est souvent la pire des situations, les plus forts imposant ainsi leur loi, sans que l'on puisse incriminer une institution particulière, comme il est de bon ton de le faire de nos jours avec l'OMC. Le développement durable est la recherche d'une sortie par le haut de ces contradictions, bénéficier des vertus d'un système très ouvert d'échanges sans mettre en danger les équilibres locaux, sociaux, économiques et environnementaux. Un défi ambitieux qui ne peut être relevé sans lieux de débat, sans organismes où les différents points de vue se confrontent.
La réaction développée par Nicolas Sarkozy à la veille de la présidence française, est de donner à l'Europe un rôle de protection de ses citoyens. L'Europe devient un bouclier, une ligne de défense contre les méfaits de la mondialisation. Grâce à l'Europe, nous pouvons résister à la pression du grand large. Le marché intérieur est substantiel, nous sommes plus puissants dans les négociations commerciales en étant unis qu'isolés. L'Union est alors un contre feu, un compromis régional qui permet de fixer les limites à la logique de la mondialisation. L'ouverture de l'Europe à de nouveaux pays fortement influencés par les modèles américains compromet cette vision aux yeux de nombreux européens, qui ont l'impression de perdre tout contrôle sur les orientations du nouvel ensemble. La machine s'emballe. Les divergences intérieures, entre états membres, occupent les dirigeants, et les comptes d'épiciers sur le nombre de représentants au Conseil ou au Parlement, les garanties que souhaite obtenir chacun d'entre eux pour sauvegarder ses intérêts forcément vitaux, dominent les débats. L'Europe peine à surmonter cette période de mise à jour de ses institutions, et elle s'y empêtre allégrement. La seule manière de s'en sortir est d'aller au-delà, et de donner à l'Europe la dimension d'un grand projet, non seulement pour elle-même, mais pour la planète. On arrive là au troisième niveau de la réflexion, après l'impuissance voire la complicité, et le bouclier. Il ne s'agit plus de se défendre contre la flambée du prix du pétrole et des matières premières, mais de proposer au monde un nouveau modèle de développement, permettant de relever durablement les défis. Ce modèle ne peut être à adopter clé en main, mais à débattre et à affiner ensemble, mais il faut bien donner une perspective générale, une orientation pour cristalliser les débats, leur permettre de s'organiser. C'est alors une position offensive que l'Europe manifeste, intégrant l'avenir de la planète, au lieu d'une vision purement défensive, centrée sur ses intérêts spécifiques. La meilleure défense est, ici encore, l'attaque. Le développement durable offre le cadre conceptuel de cette offensive, puisque le défi que l'humanité doit relever est de permettre à 9 milliards d'humains, moitié plus qu'aujourd'hui, de vivre convenablement, et cela d'ici 40 ans environ, alors que de larges fractions de l'humanité vivent encore aujourd'hui au dessous des seuils de dignité. Comment vivre plus nombreux et globalement mieux, sans laissés pour compte, dans une planète dont nous avons atteint les limites, et dont nous dégradons encore chaque jour les capacités de production ? Voilà un beau problème de développement durable.
L'Europe, la vieille Europe, n'est pas mal placée pour tenir se rôle, elle a même de sérieux atouts à faire valoir. Elle pourrait représenter une sorte d'avant-garde de l'humanité, pour rester dans un vocabulaire guerrier. De faibles réserves de ressources stockées, non renouvelables comme le pétrole, le gaz, ou encore les métaux ; une bonne capacité de production de ressources renouvelables, à engranger chaque année par l'agriculture, les capteurs d'énergie de toutes sortes, solaire, maritimes, éoliennes, géothermie, etc. ; un potentiel humain et un niveau des sciences et des technique très élevés. Trois caractéristiques qui guident nos politiques, ou devraient le faire de plus en plus : ménager les ressources non renouvelables, accroître au maximum la capacité des milieux à produire des ressources renouvelables, tirer le maximum de services de chaque unité de ressource ainsi rendue disponible, et cela en valorisant au mieux les capacités humaines, les savoir faire, les organisations sociales. Il s'agit bien du développement durable, comme ligne directrice des politiques à conduire, des instruments économiques à constituer pour remplacer ceux mis en place pour accompagner une croissance quantitative fondée sur l'exploitation minière de la planète. L'Europe a un rôle historique à jouer dans la transition que doit connaître l'humanité vers un développement durable. Avec le risque de végéter et de s'étioler si elle ne parvient pas à tenir ce rôle.

Prochaine chronique : TVA 

 

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Dominique Bidou 09/07/2008 10:30

Permettez-moi d'ajouter un commentaire à ce texte.Ca n'arrive pas tous les jours, mais quand des personnalités importantes viennent conforter, le jour même de leur publication, les termes d'un billet, ça fait plaisir. Je lis à la Une du journal Le Monde daté du 8 juillet 2008 les déclarations de l'ingénieur et économiste indien, Rajendra Pachauri, président du GIEC et à ce titre co-prix Nobel de la paix avec Al Gore. Il "exhorte l'Europe à continuer à montrer le chemin dans la lutte contre le réchauffement climatique. Il estime que, sans son exemple, jamais les Etats-Unis et la Chine ne montront dans le train". Précieux renfort à la position présentée dans le billet ci-dessus. En général, je m'efforce de relayer des informations ou des déclarations, en les plongeant dans le bain du développement durable ; cette fois-ci, mon texte a précédé de quelques heures la publication par la grande presse des propos du président du GIEC.