Neige

Publié le par Bidou


On en parle beaucoup au moment des vacances du même nom, ou bien quand elle fait un come back d'arrière saison. Le tourisme est la première industrie du Monde, et de France ; la neige en est une des matières premières. Les glaciers témoignent avec fidélité du réchauffement climatique : ils se réduisent régulièrement. Mais il n'y a pas qu'en France que ça se réchauffe.

Changeons de latitude. La scène se passe en Finlande1, au delà du cercle polaire, chez les lapons. Un jeune français, originaire du midi de la France, las des excès de la société de consommation, est devenu guide et anime des randonnées en scooter des neiges, dans le grand Nord. Et il se désole, car le réchauffement climatique affecte son nouveau territoire, telle rivière qui devait être gelée et permettre un passage, ne l’est pas. Tout le circuit de découverte est remis en question !


L’histoire ne dit pas tout : cette nouvelle activité touristique n’est possible que par le développement de lignes de transport aérien, avec des vols directs, et dans la foulée des séjours offerts aux riches européens : une semaine en Laponie, quelle aventure ! Transport aérien, mode de vie favorisant des week-end de dépaysement : le réchauffement climatique en est la conséquence directe ! l’avion ne représente qu’une faible partie des gaz à effet de serre, mais en développement très rapide, tant pour les personnes que pour les marchandises. Notre ami, qui fuit la société de consommation, y participe à sa manière, et sa nouvelle vie doit tout à ces nouveaux modes de consommation. Il est d’ailleurs probable que ses clients sont également des personnes éprises, comme lui, de la nature vierge et des grands espaces. Si le développement durable consiste à ne pas détruire le monde dont nous vivons, il y a du travail pour sortir de cette contradiction.


Une amorce de solution très partielle, qui montre que les techniques modernes ne sont pas toujours celles auxquelles on pense spontanément : l’avion à hélice reprend des couleurs ! il consomme 40% de carburant en moins, c’est un atout considérable aujourd’hui. La technique moderne est bien celle qui économise les ressources rares.

1 L’histoire est relatée dans le journal « Le Monde » daté du 18 février 2006

 

Publié dans developpement-durable

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Egal 16/03/2006 21:13

Quand on voyage on ne rencontre plus que des touristes ou des gens qui font profession d'accueillir des touristes.  D'où l'inanité grandissante de ce genre d'activité !
Ah ! Autre chose à propos de langue : plutôt que d'utiliser ce mot anglais de scooter, faisons comme les Canadiens et parlons de motoneiges.

Lenoir 06/03/2006 09:38

Bravo ! Voilà un bel exemple de la courte vue générale concernant cet oxymore s'il en est, le développement durable. Le système de représentation symbolique de ce qu'il faut avoir vécu pour remplir sa vie, en gros consommer le maximum du monde (expériences réservées, visites privilégiées, voyages inédits, rencontres exceptionnelles, achats de souvenirs anciens, accumulation de prises de vue de sites inviolés etc) suppose un monde durablement vide, durablement figé dans un passé fantasmé et donc durablement "authentique" pour les magazines de tourisme, que je serai le seul à pouvoir parcourir, vite car la vie est courte et il faut aussi arriver avant les autres pour que ça soit vraiment fun et me permette de frimer, à bas prix (démocratie oblige). Dans ces conditions on n'a que ce qu'on mérite, au mieux un "trecking" à la va vite d'une semaine dans le Hoggar ou sur les contreforts d l'Hymalaya entre deux vols éreintants dans un avion bondé de ploucs qui semblent mes clones.
Tout cela n'est qu'imposture et ne peut aboutir qu'à la destruction d'une diversité culturelle vivante avec au mieux la muséification de réserves pour l'industrie du tourisme et du folklore (y incluses les réserves "naturelles" avec leurs animaux bagués, vaccinés, sélectionnés, contrôlés etc).
Il n'y a qu'une alternative : découvrir le monde par les relations qu'en ont faites ceux qui y ont mis le temps, qui y ont consacré leur vie, et non le consommer en croyant les singer ; le "rendement" culturel d'une telle démarche est infiniment supérieur à celui de l'agitation "brownienne" compulsive prônée par les tour operators. Réserver les voyages aux occasions de la vie professionnelle, des rencontres familiales, des échanges amicaux et des travaux de recherche.

Cela dit, revenons à la neige et au Grand-Nord. Certes on y observe une certaine tendance récente au réchauffement, en gros depuis la fin du XVIIe siècle, avec des fluctuations décennales ou pluri-décennales d'amplitudes variables. Penser que le réchauffement actuel est extrême est tout simplement faux. Plusieurs données historiques le prouvent sans conteste :

1°) les colonies Vickings du Grœnland vivaient essentiellement de l'élevage de moutons paissant durant la saison chaude les herbages prospérant à l'époque (Grœnland veut dire pays vert) entre la côte et l'inlandsis, et rentrés en hiver avec les réserves de fourrage dans les habitations mêmes des colons. Les cartes établies par les Vickings montrent qu'ils avaient effectué le tour du propriétaire et révèlent effectivement une large bande côtière habitable. La situation actuelle est encore bien loin de celle de cette époque où le niveau de la mer, soit dit en passant, n'était guère différent de celui d'aujourd'hui.

2°) Chacun sait que depuis les expéditions de Barentz à la fin du XVIe siècle, la recherche d'un passage navigable au travers de l'Océan arctique n'a pas abouti avant la mise en service de puissants brises-glace et encore, n'est-elle possible qu'en été. Les tentatives récentes avec des voiliers spécialement aménagés ne sont que coûteuses pitreries médiatisées avec fractionnement du trajet sur plusieurs étés et assistance par hélicoptères.

Eh bien, on vient de découvrir grâce aux travaux de recherche d'un marin anglais retraité, Menzies, qu'entre 1421 et 1423 une flotte d'exploration chinoise considérable avait été envoyée par l'Empereur pour découvrir l'intégralité des terres émergées et en profiter pour obtenir l'allégeance de leurs souverains en échange de cadeaux précieux. Pour des raisons politiqco-économiques (le coût exorbitant de telles entreprises prestigieuses de politique étrangère), les empereurs suivants (dynastie des Ming) interdirent la poursuite de telles pratiques (sous peine de mort) et firent détruire l'intégralité des documents et éléments tangibles concernant les résultats de cette expédition, y compris ceux rappelant qu'elle avait été préparée et avait eu lieu.
Se basant sur son expérience de sous-marinier à l'ancienne, capable de faire le point aux étoiles et donc de comprendre les annotations des cartes anciennes, Menzies a réussi à montrer que cette immense flotte s'était scindée en trois, l'une partant vers le sud faire une exploration trans-pacifique et découvrant au passage le continent antarctique, la seconde contournant l'Afrique et poursuivant jusqu'au continent américain et la troisième se séparant de la seconde pour aller explorer l'Atlantique nord, faire le tour du Grœnland (les colonies Vickings avaient déjà disparu, exterminées par quelques hivers trop rudes) et retourner en Chine via l'Océan arctique et le détroit dit de Behring.
Un tel exploit n'était possible qu'à trois conditions.
La première : des navires hauturiers rapides, remontant bien au vent et assez gros pour résister aux tempêtes océaniques. Les grandes jonques chinoises de cette époque remplissaient ces conditions (jusqu'à 140 m de long, avec jusqu'à 9 mâts et leur grément simple et très facile à manœuvrer, leur gouvernail d'étambot et leurs hauts bords).
La seconde, une science de la navigation accomplie. Ce que les navigateurs traditionnels hawaïens savaient faire depuis la préhistoire, le point au jugé aux étoiles, qu'ils conjuguaient avec une connaissance fine des vents et des courants, les navigateurs chinois l'avaient développé avec des instruments de mesure précis et des méthodes de calcul élaborées. Les cartes anciennes précolombiennes étudiées et interprétées par Menzies révèlent que, plus de trois siècles avant que la disposition de gardes-temps de marine fiables le permette de façon simple, les chinois avaient résolu le problème de la mesure de la longitude par la méthode astronomique.
La troisième, que l'océan arctique soit libre de glace durant l'été boréal, ou du moins assez longtemps durant l'été pour qu'un navire à voile ancien le traverse d'ouest en est, c'est à dire plusieurs mois car les vents sont très faibles en été dans le nord comme le montrent par exemple les facteurs de charge saisonniers des éoliennes modernes.

Aujourd'hui une telle expédition trans-arctique reste impossible. Il y a donc eu récemment (sa fin remonte à moins de six siècles) une période plus chaude sous les hautes latitudes. Ce que des exploitants de l'or blanc déplorent et croient inédits était la règle de la Nature au Moyen-Age. Les ours blancs y avaient survécu, les pingouins boréaux aussi etc. La disparition des seconds a été le fait des hommes (extermination délibérée). Celle que l'on craint des premiers ne résulterait-elle pas plutôt de l'empoisonnement de leur biotope, de la destruction de leurs ressources alimentaires et des implantations humaines venant fractionner et péjorer leurs territoires de chasse et de reproduction ??

Ce n'est pas le nez sur le guidon que l'on découvre la perspective…