Ligne

Publié le par Bidou

Ligne de conduite, ligne de but, ligne de départ, ligne d’arrivée et bien d’autres que je ne citerai pas : la plus célèbre des lignes est sans doute la ligne Maginot, celle qui ne sert à rien, si ce n’est à rassurer et à empêcher de penser. Les lignes Maginot sont multiples, sortes de défenses d’un autre temps, inadaptées aux agressions modernes, et buttes témoins d’anciennes pratiques. Ce ne sont pas ces lignes qui feront avancer le développement durable, qui doit bien au contraire stimuler l’imagination et la créativité, pour une avancée qui ne peut qu’être partagée.

Un des termes à la mode aujourd’hui est de faire bouger les lignes. On l’emploie pour décrire une remise en marche d’institutions sclérosées, ou les positions des différents protagonistes sont figées et ne permettent donc plus de dialogue constructif. C’est le cas en politique, bien entendu, quand un camp tente d’enrôler des forces originaires de l’autre camp. Manœuvre au parfum de récupération et de trahison, mais qui illustre le caractère artificiel de frontières issues du passé, bien confortables pour tout le monde même si elles passent largement à côté d’enjeux nouveaux, que l’on masque autant que l’on peut pour éviter de tout casser. Ajoutez à cela des épiphénomènes, des situations locales compliquées, des amitiés personnelles, des ambitions qui s’affichent, de vieilles rancœurs et des règlements de compte… Le décor est en place pour faire bouger les lignes.

Le développement durable est un des leviers potentiels pour cette activité de déstabilisation. Changer de regard, introduire de nouvelles données, retenir de nouveaux objectifs, autant d’exigences qui troublent les camps habituels, quelle que soit leur position, gouvernement ou opposition, à l’échelle du pays ou d’une collectivité particulière. Le Grenelle et l’effet de serre ont montré quelques fissures dans les grands partis et les corps constitués, pour reprendre l’expression consacrée, mais les changements qui nous attendent ne pourront que renforcer cette évolution.  Le développement durable ne fera pas bouger les lignes. Il en créera peut-être de nouvelles, à partir de son objectif propre, qui consiste à constituer le cadre « sociétal » pour imaginer et construire un avenir inédit. Si une ligne prend forme, ce sera plutôt comme celle d’un peloton de cyclistes dans l’ascension d’un col, une ligne verticale et non horizontale, traduisant l’étirement et l’inertie qui séparent ceux qui auront compris aux premiers signes, de ceux qui croient encore que tout peut rester comme avant.

L’affrontement, que symbolisent par nature les lignes de front, ne disparaît pas avec le développement durable, il prend une autre forme. C’est une course contre la montre, un appel au dépassement[1] de soi, et en plus en équipe, parce que c’est la seule chance de gagner[2], ou plutôt de ne pas perdre. Nous ne sommes pas dans une mêlée ou chaque camp pousse pour écraser l’adversaire, mais dans une cordée, où chacun est solidaire de ses compagnons, en route vers l’exploit.

Si de nouvelles lignes apparaissaient, elles seraient marquées par les volets comportementaux. Les études sur la manière dont l’opinion publique se structure distingue plusieurs axes dominants, comme l’attitude face au profane et au sacré, ou encore le positionnement entre mouvement et conservatisme. On trouve ensuite des axes tels que grincheux-joyeux, pour faire honneur au sept nains.  Le développement durable mettrait en avant une ligne de distinction traduisant l’appétit pour un engagement vers le futur. Le développement durable séduira les entrepreneurs, ceux qui veulent participer activement à la construction de leur avenir, et laissera à l’écart les attentistes, ceux qui veulent voir avant de s’engager. La ligne de fracture traditionnelle ouverture - repli est également présente, mais le repli n’est pas une mauvaise chose en soi : il contient des valeurs d’identité et de prudence que l’ouverture au monde et à l’avenir ne doit pas négliger. Le repli joue un rôle de modérateur, bien utile s’il ne se transforme pas en un frein permanent. Tous n’ont pas le même rôle, dans la cordée, mais tous font la route ensemble.

C’étaient quelques lignes de conduite pour aller sereinement, voire gaillardement, vers le développement durable.


Prochaine chronique : Sports (comme Winston Churchill, mais dans une autre veine)

[1] Voir Dépasser, chronique du 18/06/2006 et n°19 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)

[2] Voir Gagnant, chronique du 06/06/2006

 

Publié dans developpement-durable

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